Eugène Labiche

Eugène Labiche

Résumé

Portrait de Eugène Labiche Eugène Labiche Un Jeune homme pressé

Colardeau. Hein ?
Pontbichet. Je t’ai donné ma parole, mais je la reprends, comme tout galant homme doit le faire.
Colardeau. Allons donc ! c’est impossible... j’aime votre fille... je l’idole... (À part.) Et elle donc !... (Haut.) Si vous saviez... (À part.) Pauvre cher homme !... je ne peux pas lui dire...
Pontbichet. Tu parles à un morceau de granit ; mais continue.
Colardeau. Ah çà ! à qui voulez-vous donc la marier ?
Pontbichet. À qui ! à M. Dardard, un jeune homme pressé qui vient de Bordeaux pour m’acheter quarante mille paires de gants.
Colardeau. Dardard ! ah ! j’y suis ! ah !
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Dardard. Eh bien, moi, je les rachète... au tas ! le prix que je veux... cinq francs le mille... des gants dépareillés, ça n’a pas de valeur. Je ne crains pas la concurrence.
Pontbichet. Cependant...
Dardard. À moins que la ville d’Edimbourg ne renferme quarante mille manchots... de la main gauche, ce qui est inadmissible. À Liverpool, même jeu, je rapproche les deux mains et le tour est fait.
Pontbichet, au comble de l’admiration. Oh ! oh, oh ! tenez, je m’agenouille, je me prosterne... vous êtes le génie de l’industrie !
Dardard. Eh ! non ! je suis de Bordeaux.
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Pontbichet, courant après lui Mais, monsieur, monsieur !... Le tapissier, le trousseau... il me fascine, il m’étourdit, il jongle avec mon intelligence. (S’avançant vers le public.) Après ça, c’est un excellent parti... et un commerçant !... Il vent de tout, c’est un petit bazar, ma fille épouserait un petit bazar... Tandis qu’avec ce Colardeau, un imbécile qui ne vend rien et qui rit de tout... Enfin, l’autre jour, c’était pourtant pas bien drôle, je lui dis : "Colardeau, je vais à l’enterr..."
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