“Quels avantages résoltent pour son Eglise d'un commerce si agréable ? La douceur de ses paroles insinue son zèle dans ceux qui l'approchent : on sent, en l'écoutant, augmenter son courage ; on conçoit un nouvel amour de ses devoirs.”
“C'est de son sein qu'il a fait naître celui qui dissipera les ténèbres que Terreur a répandues fur ses Villes. Représentez-vous une assemblée d'Hommes vénérables par leur science & par leurs années. Dans de rels Hommes, on respecte tout, on encense jusqu'à leurs préjugés. Admis parmi eux, M. de Marca se croit établi pour les éclairer; il entreprend d'instruire ceux qui jugent les peuples, & il réussit. Les vérités combattues empruntent de son éloquence douce & insinuante des attraits qui touchent, qui períûadent ces Hommes que leurs lumières n'avoiem pu défendre des charmes de la nouveauté.”
“La gloire est tardive pour la plupart des grands Hommes, & leur réputation ne commence souvent qu'après leur mort. L'envie fait expirer fur les lèvres de leurs Concitoyens des éloges que le vrai mérite forme, malgré eux , dans leurs coeurs. M. de Marca plus heureux , quoique dans un temps où les talens déja moins rares pouvoient lui susciter des envieux plus à craindre, reçoit même pendant fa vie un tribut de louanges d'autant plus flatteur , que la reconnoiffance pour le lui payer emploie des bouches consacrées à la vérité.”
“Il n'appartient qu'aux âmes vulgaires d'arriver en rampant au faîte des honneurs. Les grandes âmes, parce qu'elles connoiffent mieux leurs devoirs, ne se croient jamais au-deffus des emplois qu'elles remplissent, & ne pensent pas à s'élever. M. de Marca, loin de la Cour , n'étoit occupé que des fonctions de fa Charge qu'il honoroit par ses vertus , quand ce Ministre immortel * , qui connoifloit à fond les hommes, & dont Testime tenoit lieu du plus bel éloge , crut qu'il ne pouvoit mieux servir son Maître qu'en appellant dans le Conseil d'Etat le Magistrat que je loue.”
“Nous avons beau, en célébrant les grands Hommes, imiter dans leurs louanges la variété de leurs actions, nos éloges se ressemblent tous par un eivdroit, & notre dernier coup de pinceau n'exprime jamais que les triomphes de la mort.”
“Paris depuis long-temps admiroit les talens de M. de Marca , souvent il avóit retenti de ses louanges : la joie s'y répand de toutes parts, on s'attend à voir reparoître fous soli Gouvernement les plus beaux jours de l'Eglise. Hélas ! troupeau malheureux, vous ne ferez qu'entrevoir votre Pasteur : une pompe funèbre va prendre la place des fêtes que vous lui préparez, & l'Eternel ne l'élcve si haut que pour immoler à fa puiffance une plus grande victime. Le jour le plus brillant difíparoît, & la plus belle vie a son terme.”
“Si les talens de M. de Marca Tavoient rendu moins nécessaire au Gouvernement de l'Etat, Peuples confiés à ses foins, vous auriez joui plus constamment du spectacle de ses vertus pastorales. Du moins fcait-il profiter des intervalles que les affaires lui laissent , pour aller se livrer parmi vous aux douceurs d'un repos honorable, ou plutôt y varier ses travaux. Le premier soin d'un Evêque doit être d'éloigner de son troupeau le poison des doctrines étrangères. Quelle fut la vigilance de M. de Marca! quelles bornes mit-il Archevêque de Paris.”
“Il ne peut que gagner en se communiquant. On trouve à toutes les heures auprès de lui un accès facile. Il écoute toutes les plaintes, il entre dans tous les détails. Chacun en rapprochant sent naître dans son ame je ne seai quel sentiment de vénération & d'amour, qu'il se hâte d'inspirer à ses Concitoyens. Bientôt ce sentiment enchaîne tous les coeurs , & lui envoie les hommages de toute la Province.”
“Quels plaisirs purs des applaudissernens si mérités, si sincères, ne doivent-ils pas exciter dans une ame telle que la sienne ! Ces plaisirs ne sont pas pour vous, tyrans de vos semblables , dont la félicité barbare n'a d'autres appuis que les malheurs publics. Ce n'est qu'au vrai sage qui sçait jouir de lui-même, & à qui Thumanité est chere, qu'il appartient de goûter des plaisirs si dignes de Thomme.”
“B ii 20 Eloge de M. de Marca, vertu ne plaît que quand elle marche sor les pas de la simple nature , & que le vrai mérite a des nuances différentes dans le Prélat obligé de se montrer au monde, & dans le Solitaire que son état éloigne des hommes. Aussi fit-il toujours paroître dans fa conduite une simplicité fans bassesse , une élévation sans enflure , une fermeté fans rigueur, une douceur fans foibleffe. En un mot, on admira toujours en lui cet assemblage rare des qualités qui forment le grand Homme , & des vertus qui rendent la grandeur aimable.”
“Il ne croit pas devoir à fa dignité ce pompeux appareil, cette splendeur factice , qui n'ajoutent rien à la personne, & qui imposent au vulgaire ignorant. Ce n'est que par le mérite que le sage veut briller, & le faste marche rarement avec le mérite.”
“B iij 22 Eloge de M. de Marca, quiconque a fait par le crime outrage à l'Esprit de Dieu , les austérités & les larmes par lesquelles il doit acheter le pardon : là la seinteté du noeud qui unit les époux, l'avantage précieux qu'il a d'exprimér sous la Loi nouvelle l'union du Fils de Dieu avec TEglise, sont appuyés d'autorités & de preuves , qui, mises en oeuvres par une main aussi habile, désarment Terreur & la déconcertent. Ainsi M. de Marca restitue à la postérité les solides instructions, que les affaires publiques Tobligent souvent de soustraire à sort Peuple.”
“Voyez son génie s'étendre, & comme se multiplier dans ce Conseil sacré où se traitent les plus impôt tantes affaires de l'Eglise,: & dans lequel il partage avec quelques hommes choisis l'autorité que vient de laisser en mourant ce Ministre célèbre , dont les qualités différentes avoient inspiré aux François l'admiration & la haine , à qui le mérite ne plaisoit pas toujours, & dont M. de Marca , malgré ses talens, avoit seu gagner l'estime.”
“On diroîr qu'il a assisté aux Jugemens de tous les siécles , & que fa mémoire lui présente à chaque instant le Code de tous les Peuples. Quelle pénétration pour démêler le vrai à travers les ombres , dont Tintérêt cherche à le couvrir ! Quelle sagesse pour appliquer à tous les maux les remèdes propres ! Quelle attention à suivre dans ses Arrêts les régies de la plus sévère équité ! L'amitié, le sang ne président pas à ses décisions : les balances de la Justice ne penchent jamais entre ses mains que du côté de Tinnocence.”
“Les intérêts de la Religion amenent-ils dans la Capitale des Evêques de toutes les Provinces ? Il est Tame de ces affemblées faintes, où fe réunit ce que l'Episeopat a de plus vertueux & de plus éclairé. Son éntdition puise dans les fastes de l'Eglise , & son éloquence fait valoir les principes fut lesquels les Prélats doivent établir leurs décisions. Aux traits de lumière qui brillent dans ses discours, on se rappelle & on admire cet Ouvrage profond*, où autrefois d'une main soavante & judicieuse il balança les.”
“C'est cette exacte équité qui lui mérita des hommages dans ce Sanctuaire auguste, où Ton pesé sous les yeux du Monarque les droits de la Royauté avec les intérêts des Peuples. M. de Marca , à qui le Roi n'auroit pas donné ce degré dans fa confiance, si un autre Tavoit mieux mérité que lui, se regarde comme une victime dévouée au bien de la Patrie. Il craint son Dieu, iî respecte son Prince , il aime ses Concitoyens. France , que ne dois - tu pas te promettre d'une administration fondée fur ces vertus-* Archevêque de Paris.”
“Archevêque de Paris. 23 en proportion des forces de chacune d'elles. Ce commerce du chef avec les membres: entretient dans tout le corps une harmonie , d'où naissent fa vigueur & fa beauté. M. de Marca s'applique à bien connoître ceux que la Providence lui destine pour coopérateurs dans le saint ministère , il étudie leurs talens : il met chacun dans la place où la trempe de son génie semble lui promettre plus de succès. Il se fait un devoir d'entretenir toujours avec eux l'union la plus étroite.”
“Tantôt il s'élève par la sublimité de son génie dans les cieux , & marche d'un pas ferme dans ces routes jusques-là peu battues. II étudie les mouvemens de ces corps enflammés qui flottent dans les airs, il mesure leurs distances.”
“J'ai maintenant à produire, en faveur des vertus politiques de M. de Marca, une preuve supérieure à tous les éloges, & à laquelle la Critique n'oíà jamais rien opposer, Tamour 14 Eloge de M. de Marca ^ des Peuples : on sçait à quel prix cet amour s'achete. Quand les ordres du Prince & Timportance des affaires Tappellent dans des Provinces éloignées , fa réputation Ty précède ; on s'entretient avec admiration de son mérite ; on Tattend avec impatience ; les Villes semblent se détacher de leurs fondemens , & voler à fa rencontre ; on se félicite mutuellement de le posséder”