“Sanctuaire plus augufte de plus grands intérêts des caufes toujours célèbres ou intéreffantes par la qualité des perfonnes à qui elles appartiennent, rendent délicates & difficiles à remplir les fonctions d'un Maître des Requêtes.”
“Mais fi les talents l'amour des lettres la vertu ne donnoient pas aux Savants une gloire que l'envie, que lajaloufie, que nos préjugés ou le défordre des mœurs publiques ne peuvent .leur ravir, M. Garmages eut peut-être vécu fans éclat au milieu de fa patrie même. Il n'a joui pendant fa vie que de celui auquel le vrai mérite ne peut fe dérober c'eft un devoir pour nous de l'arracher, aujourd'hui qu'il ne peut rien oppofer à nos empreffements à l'oubli.dans lequel il aimoit à vivre, à l'ob£ curité dont il aimoit à s'envelopper.”
“Habile dans le grand art de connoître les hommes d'un trait il formoit leur caradere, & il favoit les peindre peut-être à force de les connoître avoitii appris à ne pas affez les eflimer il connoiffoit les refforts qui peuvent les émouvoir & les faire agir”
“A mort d'un Citoyen vertueux, qui a fait fervir à la Société les talents que lui avoit prêté la nature eft un malheur public qui devroit couvrir nos Villes de deuil,répandre latrifteffe dans nos cercles qui devroit affliger nos âmes, que nous devrions honorer par nos regrets & par nos pleurs. Mais, ô infenfibilité! ma'heureux.fruit de notre frivolité, & peut-être de la corruption de nos mœurs! la mort nous enleve un homme vertueux, un homme qui nous fut utile, & nous ne parlons de faperte que comme d'un événement ordinaire”
“La nature outragée gémit de l'indifférence dont ils voyent les maux qui affligent^ l'humanité elle triomphe au contraire dans ces cœurs nobles & généreux qui s'empreflent à la foulager. La Religion triomphe avec elle lorfque le fentiment du devoir accompagne la penchant du coeur. Ç!f ft ce entiment du devoir, autant que celui de la nature, qui agiffoit fur M. de Moras: celui-ci ne coûte jamais affez â notre.”
“J'achèverai cet Eloge en difant ce qu'ont obfervé dans la vie du Pere Guerrier ceux qui ont vécu davantage avec lui, qu'il étoit né officieux, & qu'on touva toujours-en lui de l'emprefTement à obliger; qu'il étoit né fenfible, & que fon cœur s'ouvroit aifément à la compafïion pour les malheureux qu'il étoit né généreux, delà fes profufions pour accréditer fes fentiments il fut facile à tromper, parce qu'il croyoit tous les hommes vrais fes mœurs, fa rnoralefurent aufteres & nous n'avons à 4eplaindre que de s'être trop livré à fes préjugés..”
“Tous les agrémens que donne la nature toutes les tournures de l'art fouvent toutes les délicateffes du fentiment & de l'éloquence, voilà ce qui relevoit & rendoit trèspiquantes les faillies qui échappoient fans cefle & fans effort je ne dis pas à fon efprit & à fon imagination mais je dis encore à fon génie car chez lui tout portoit l'empreinte de ce beau feu de l'ame qu'un grand Orateur appelle fi j-uftement l'ivreffe de l'efprit.”
“Le Pere Sauvade eut à Rome deux grands Maîtres, deux hommes célébres dans l'Europe, qui ont fait long-temps la gloire des fciences & celle de leur Ordre ( le Pere Jacquier & le Pere fe Sueur. ) Tous deux s'attacherent à leur nouvel Eleve & cultivèrent avec le plus grand foin les heureufes difpofirions qu'il leur montra pour réunir dans l'é- tude des Mathématiques & pour ap- profondir les myfleres de la.”
“Ceux qui ont blâmé qu'il eût ainfî, fecoué le joug d'une vie agitée qui l'auroient éloigné de luir même, ignorent fans.doute tout ce qu'a d'heureux une vie tranquille M. de Morag en fit l'épreuve & s'il n'eft jamais enfuite revenu à cette diffipation dans laquelle fes emplois l'avoient autrefois contraint de vivre, c'eft fans doute parce qu'une vie retirée, des forciétés tranquilles convenoient mieux à fes goûts & à fon cara&ere. Une vie prefque foliaire eft l'ancienne vie que menoient les fages.”
“C'eft un défaut commun dans la première jeuneffe celui de ne pas toujours voir clairement la vérité l'efprit eft alors trop prompt, il eft fouvent trop leger, c'eft pourquoi il s'égare, & fouvent il fe pafïionne pour l'erreur avec autant d'ardeur qu'il en montre enfuite pour la vérité, lorfqu'il en connoît tous les charmes. L'étude de la Métapbyfique corrigea M. Garmages de ce défaut. C'eft à cette étude qu'il fe livra davantage pendant qu'il fut à Paris c'eft par les progrès qu'il fit dans cette fcience qu'il furpaffa fes condifciples, qu'il étonna fes Maîtres.”
“Mais lorfque la poilérité parcourra les fades du dix-huitieme fieclé que la génération préfente fera enfevelie dans l'abyme des temps, qu'il n'y aura plus aux yeux de la poflérité pour l'inftruire que les grandes vertus des grands hommes, & que leurs foibleffes auront difparues, que nos paffions n'oppoferont plus de réfiflance à leur mérite”
“C'eft que la véritable gloire la véritable immortalité n'eft pas due à ces-Princes qui n'ont fait que ra*vager la terre, ou qui aflis fur le Trône y ont vécu dans une molle oifiveté, ces Miniftres, qui plus occupés de leurs intérêts que de la gloire de la Nation qu'ils gouvernoient, n'ont enfanté que des projets nuifibles, ou n'ont exécuté que des crimes.”
“Il a fi bien profité entre fes mains, que je crois pouvoir dire ici de lui ce que l'Orateur des Académies de Paris ( le grand Fontenelle ) difoit de M. Rolle en le louant, qu'un homme capable de fe facrifier tout entier aux Mathémati- quels n'eftpas un préfent que la nature- fane tous les jours aux fciences.”
“Hélas peut-être l'oppreffion de plufieurs malheureux la ruine de plufieurs fortunes les bénédidions que donneront à jamais les pauvres à fa mémoire perpétueront fa gloire & la rendront éternelle les plaintes des créanciers qui lui auroient fur vécu l'euffent couvert d'opprobre. 0 modeflie noble vertu heureux & riche partage des grandes âmes ceux qui ne vous pratiquent”
“Une Intendance de Province eft un poile émment, mais qu'on à trop fouvent fouillé par des injuflices & avili par des crimes c'eft une dignité qui c^manderoit toujours de n'être toniié qu'à des hommes vertueux, & trop fouvent ce font des ambitieux fans merires qui l'obtiennent. On s'y élevé par l'intrigue, & une place qu'on devroit redouter n'eft fouvent rempli que par ceux qui ont mieux réuni àfurpren,dre la confiance du Prinec ou qui favent mieux en abufer.”
“C'eft ainfi que des découvertes précieufes, ou à l'humanité ou aux fciences font rentrées ou rentrent encore rous les jours dansl'oubli & le néant,parce qu'on n'aide pas aflez à leur progrès & à leur développement.”
“C'étoit fur-tout alors qu'il offroit à admirer d'autres vertus celles de fon efprit. Né avec cette pénétration vive qui faifit d'abord dans les chofes ce qu'elles ont d'effentiel doué de cette imagination heureufe qui fait orner ce qu'elle pré- fente perfonne ne poffeda plus que M. de la Garlaye le mérite de connoître les fciences de les approfondir, d'en parler avec intérêt de les faire fervir à fes vues, à fes befoins à fes délafleiîiens même.”
“Pere Sauvade il n'eut pas féduit par fa converfation ceux qui ne l'auroient pas approfondi, maisiorfqu'on avoit eu le temps de l'étudier & de le connoître on ne pouvoit lui refufer de feftime ceux qui l'ont cultivé davantage ajou- teroient ici qu'on ne pouvoit lui refu- fer de l'attachement.”
“La faveur du Roi, la confiance des Miniflres, l'eftime publique, tout Sembla encourager la timidité de M. de Moras, & le raffurer contre la crainte qu'il avoit de ne pas réuffir. Il ne fut Intendant des Finances qu'autant de temps qu'il en falloit pour apprendreau Public qu'il méritoit d'occuper une Place plus importante cette Place, les infirmités & enfuite la retraite de M. de Sechelles la lui ménagerent, le Public la lui donna, le Roi lui fit un ordre de l'accepter. Rien ne prouve davantage combien il en étoit digne que fes refus fa réfiliance les craintes qui accompagnèrent fa foumiffion.”
“Qu'on life fes obfervations fur un noyer qu'il avoitvu auprèsduPuy deCroüelIe, fes obfervations fur la vigne, on regrettera qu'il n'ait pas mis la derniere main à ces deux ouvrages, ou qu'il n'ait pas appellé aflez de témoins de fes expériences, pour que le public pût aujourd'hui en profiter, En fe livrant a l'étude de la phyfique, il cédoit aux circonstances, au defir de fe rendre utile mais un penchant naturel l'attiroit ailleurs, & le ramenoit par intervalles à la fcience qui avoit autrefois fait fes délices &: qui étoit la plus digne de fon efprit,àla métaphyfique.”
“Encouragé au travail par l'exemple de M. Rolle, mais modefte comme lui, le Pere Sauvade vivoit dans l'obfcurité de fon Cloître fans defirs & fans am- bition, lorfque vous l'invitâtes Mef- fieurs à venir occuper une place dans votre Académie celle qu'il y a rempli ne l'eût pas été auflî parfaitement par tout autre. Les loix de votre Institution veulent que votre Société fe forme de gens habiles dans tous les genres”