André Dahl

Résumé

André Dahl Les Œuvres libres

Jeanne sait que je l’aime. Elle le sait par des pressions de mains, des regards langoureux que j’ai étudiés longuement devant ma glace et mille attentions que j’ai pour elle. Elle le sait surtout parce que j’ai pu enfin le lui dire, ce soir, à la sortie du Vaudeville, pendant que Poussenot, son mari, courait à la recherche d’un taxi.
Il est infiniment plus commode d’avouer un amour à une dame la nuit dans le grondement des boulevards : on ne l’entend pas soupirer et on ne la voit pas rougir. Tout remords est évité.
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André Dahl Les Œuvres libres

L’ennemi est dans la place ! C’en est fait de ta tranquillité !
Mon offensive, ce que j’appellerais : la campagne du Sucrier Empire, donne de rapides résultats. Comme ces biologistes de la guerre future qui enverront à l’ennemi des cultures terrifiantes de microbes, ainsi, grâce à moi, le microbe de l’antiquaille — il faut bien que je lui donne un nom — exerce ses ravages dans le ménage Poussenot. J’ai reçu un pneumatique de Jeanne, illisible, griffonné avec cet outil moyenâgeux et inutilisable : un porte-plume de bureau de poste.
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André Dahl Les Œuvres libres

J’ai fait à Jeanne une cour discrète en commençant par l’indispensable : être toujours du même avis que la femme que l’on désire. C’est ainsi que j’ai trouvé des crépuscules très ordinaires « ciels de Venise » ; que j’ai appelé la musique de Wagner une fanfare pour philosophes ; et que j’ai porté des chemises à col ouvert, avec lesquelles on a toujours l’air d’attendre Deibler pour le lendemain.
Un matin, Poussenot est parti, rappelé à Paris peur une affaire énorme, cinq cent mille bretelles dont le Gouvernement soviétique avait besoin pour l’armée russe.
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