Résumé

Isi Collin Sisyphe et le Juif errant

Sisyphe est vêtu du manteau du Juif. Le Faune qui est resté au fond, dans les buissons, prend sa flûte et siffle une courte modulation.
SISYPHE. Ah !
LE JUIF. Quoi, mon frère ?
SISYPHE. Oui, oui.
LE JUIF. Dis-le vite.
SISYPHE. Ils t’ont conduit ici, à cette place étroite de l’immense planète ; ils t’ont conduit pour que tu m’y découvres. Tu prends mon rocher au bord de l’abîme, puis tu m’offres ton manteau : c’est que les dieux veulent que s’échangent nos destins.
LE JUIF. Va, je te donne volontiers le mien. Poursuis le soleil, Sisyphe ; déjà il touche la terre et tu le fuiras bientôt.
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Isi Collin Sisyphe et le Juif errant

SISYPHE. Hélas ! Toi, qui n’es pas robuste et dont les mains sont desséchées et fragiles, pourras-tu jamais remuer mon rocher ?
LE JUIF. Mais non, Sisyphe, ton bloc est solidement fixé au sol et je me garderai bien de le faire rouler de la montagne.
J’ai, au reste, un grand besoin de me reposer longtemps ; et ce plateau, cet arbre, ces coteaux riches de fruits et de sources, ce compagnon qui siffle, me font choisir ce lieu pour m’y étendre. Car je n’ai le regret d’aucun autre pays ; ma patrie est ici, puisque je m’y arrête.
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Isi Collin Sisyphe et le Juif errant

Des écoliers sortaient des classes, en tournoyant comme des feuilles à la brise ou comme des mouches dans un rayon de soleil. Ils criaient après moi, la bouche entre les mains, ou bien se mettaient à genoux dans les fossés des routes et me disaient qu’ils étaient sages.
Chaque année, je revoyais volontiers la ville d’Épinal où je suis né ; la Mère Michel m’y saluait, entre les rideaux de sa fenêtre : « Et bonjour, Juif errant ! » ; Monsieur Cadet Rousselle me tirait un coup de son grand chapeau et des soldats roides et magnifiques se tenaient en rang sur les trottoirs pour me voir passer.
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