Résumé

Camille Bellaigue Revue musicale - Un Grand tragique français …

On sait quelle est, dans un Orphée, dans une Alceste, dans une Iphigénie en Tauride, l’étroitesse et la force de ce lien, ou de cette liaison ; comment tantôt s’unissent et tantôt se répondent, se renforcent, le plus souvent plaintives, une voix seule et de nombreuses voix. Gluck a donné dans son œuvre une place, un rôle, un cœur à la foule. Autant que leurs héros, leurs rois et leurs reines, autour d’eux, avec eux, il a fait vivre, agir et souffrir les peuples. Il est de ces grands hommes dont on peut dire, comme l’Écriture, qu’ils « travaillent sur les nations. »
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Camille Bellaigue Revue musicale - Un Grand tragique français …

Si dans un Orphée, surtout dans une Armide, la part et l’effet des décors, ou, comme on disait en ce temps-là, des « machines, » n’est point à négliger, il suffirait presque du palais et du temple classique pour y représenter Alceste et les deux Iphigénie. On a rappelé souvent les regrets et les craintes de Saint-Evremond, qui n’aimait pas la musique : « Ce qui me fâche le plus de l’entêtement où l’on est de l’opéra, c’est qu’il va ruiner la tragédie, qui est la plus belle chose que nous ayons, la plus propre à élever l’âme et la plus capable de former l’esprit. »
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Camille Bellaigue Revue musicale - Un Grand tragique français …

Classique et passionnée à la fois, comme l’œuvre d’un Racine, l’œuvre d’un Gluck, encore plus que l’œuvre d’un Racine, ne respire que les passions nobles. Fût-ce pour avoir écrit Armide, Gluck n’aura point été damné, comme il le craignait, ou comme, avec un peu de coquetterie ou de fanfaronnade, il feignait de le craindre. Jusque dans la musique de sa partition la plus amoureuse, de celle qui répand, au sens initial et magique de ce mot, le « charme » le plus fort, la chair et les sens n’ont aucune part.
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