L. Brethous-Lafargue

Résumé

L. Brethous-Lafargue Revue des Deux Mondes

Mais celui-ci croyait à la musique, naïvement, avec sa grande foi d’artiste, et nulle autre doctrine que celle de l’inspiration ne sut l’inquiéter. Tout le monde connaît le premier chœur de la Création, Haydn va traduire les paroles de la Genèse : « Que la lumière soit, et la lumière fut ; » et, par un artifice enfantin de composition, par un simple changement de mode, mais par un trait sublime de génie, le maître allemand déchire tout à coup le voile qui nous couvrait les yeux et nous inonde, pour ainsi dire, des flots de la lumière naissante. Cette musique, comment l’appellera-t-on ?
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L. Brethous-Lafargue Revue des Deux Mondes

Sans demander secours au moindre artifice de métier, Lully s’exprime d’abord dans un style large, plein de noblesse, pour aboutir graduellement à un merveilleux effet de puissance. Son Armide est bien la reine sûre de son cœur comme de son pouvoir. Celle de Gluck, au contraire, hésite, comme si les paroles de son père lui étaient nouvelles et ne pouvaient compter sur une réponse facile. Et c’est ici que, derrière le grand musicien, se retrouve le psychologue incomparable qui livre tout à l’analyse, et qui veut soumettre celui qui l’écoute en lui arrachant à lui-même le secret de son cœur.
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Quant à modifier le sens de toute musique par le changement des paroles, cela demande peu d’habileté. Les plus prudens et les plus fins peuvent être dupés par ces adaptations, ce qui d’ailleurs ne prouve rien, ni contre eux ni contre la musique. Le meilleur et le plus digne est de ne pas se les permettre. Nul doute aussi que le compositeur ne puisse rendre d’une seule manière des pensées opposées ; Gluck et Händel ont usé de cette liberté. Du reste, la possibilité d’une adaptation nouvelle quelconque, parodique ou sérieuse, ne saurait rien prouver contre la doctrine de l’expression.
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