Résumé

Camille Bellaigue Revue musicale - 14 mars 1889

De ces deux symphonies, l’une est la nuit et l’autre le jour ; là on respire à pleins poumons ; ici on étouffe et on meurt. Dans l’œuvre de M. Saint-Saëns, le plan se présente et s’impose tout de suite ; dans celle de M. Franck, il se dissimule et se dérobe. On suit toujours l’idée de M. Saint-Saëns ; elle circule, se divise en mille petits courans clairs et féconds, puis se reconstitue et se rassemble ; mais les mélodies de M. Franck naissent pour se perdre aussitôt, sans qu’une fleur germe sur leur passage. Oh ! L’aride et grise musique, dépourvue de grâce, de charme et de sourire !
Source : Wikisource

Camille Bellaigue Revue musicale - 14 mars 1889

M. Franck sait tout ce qu’on peut savoir, et c’est beaucoup, surtout dans l’état actuel de la musique ; mais cela ne suffit pas, et quand la technique de l’art se sera compliquée encore, dans cinquante ans, dans mille ans, cela ne suffira jamais ! j’entendais l’autre jour les trop fervens disciples de M. Franck comparer, ou plutôt immoler hardiment à la symphonie de leur maître la dernière symphonie de M. Saint-Saëns, et devant de pareils dissentimens, parmi ces hérétiques, hérétique moi-même à leurs yeux, j’en venais à douter que le goût eût ses préceptes et la beauté ses lois.
Source : Wikisource

Camille Bellaigue Revue musicale - 14 mars 1889

L’autre jour au concert, de chaque côté de l’orchestre, deux groupes se faisaient pendant : l’un de jeunes garçons, l’autre de fillettes. Les pauvres enfans étaient aveugles. Ils ne devaient pas comprendre grand’chose à ce qu’ils entendaient, ne pouvant le lire, et nous songions que le plus grand des musiciens, quand il a écrit la symphonie Héroïque, ne l’a point expliquée, mais nommée seulement; qu’il l’a composée avec la souveraine liberté du génie et que nous-mêmes, lorsque nous l’écoutons, il nous laisse libres aussi.
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature