“ Et cependant, combien véritablement vivante d’une vie saine et intense est l’œuvre de César Franck ! combien ardemment il sait exprimer les peines et les joies qu’il observe autour de lui ! comme, non seulement il traduit en sa musique la vie et les sentiments des autres, mais comme il s’y exprime lui-même ! ”
César Franck
Définition et enjeux
César Franck, compositeur, organiste et professeur belgo-français (1822-1890), incarne un tournant dans la musique romantique française grâce à ses harmonies innovantes et ses mélodies expressives. Son œuvre, notamment sa Symphonie en ré mineur, met en évidence une tension entre tradition et modernité.
Vincent d’Indy souligne sa sincérité artistique et son dévouement envers la musique, tandis qu’André Suarès critique son penchant pour le chromatisme. Franck, enseignant au Conservatoire de Paris, a également formé des générations de musiciens, laissant une marque indélébile sur la musique sacrée et la composition orchestrale.
Citations sur “César Franck”
“ De nos doux imaigiers, de nos robustes bâtisseurs du XIIIe siècle français, César Franck, nous l’avons vu dans le portrait moral que nous avons tenté de tracer, partagea la modestie, la simplicité, l’abnégation, il en eut également l’absolue sincérité dans l’inspiration et la consciencieuse naïveté dans l’exécution de l’œuvre. Je ne crains point d’être contredit en affirmant que nul musicien moderne ne fut plus honnêtement sincère, en ses œuvres comme en sa vie, que César Franck ; nul ne posséda à un plus haut degré la conscience artistique, cette pierre de touche du génie. ”
Adrien Mithouard, Récital mystique (1893)
“ Le maître César Franck fut un divin génie, Et sa musique où tremble une étrange harmonie Que déchire soudain le sanglot d'un accent, Est obsédante ainsi qu'une plainte où l'on sent Quelque obstination sauvage et désolée, Un effroi devant qui fuit la fugue affolée. Le tenace dessin de ses chants enragés Lance en l'âme des lacs savamment ouvragés; Le désespoir aigu des amours temporelles Qu'il fait pleurer sur le cristal des chanterelles Trouve en les cœurs l'écho d'un immortel ennui. ”
“ L’atmosphère où se meut César Franck s’éclaire d’une lumière très nette, s’anime d’un souffle qui est vraiment la vie. Sa musique ne fait ni la bête, ni l’ange. Bien équilibrée à égale distance des grossièretés matérialistes et des hallucinations d’un équivoque mysticisme, elle prend l’homme avec ses douleurs et ses joies positives pour l’élever sans vertige vers la paix et la sérénité, en révélant en elle le sens du divin. ”
“ Ni ses modulations, ni son goût chromatique, rien n’est plus offensif en Debussy : le style pacifie tout. Rien ne sent la manière ou la manie, comme dans César Franck. Avec tous ses mérites, ce saint homme n’est pas un héros de la musique : la vertu est la vertu, mais elle n’a pas le pouvoir de surfaire l’œuvre de l’artiste. César Franck est maniaque du chromatisme. Son ingénuité ne l’empêche pas d’étaler un sérieux continu et presque ridicule ; et sa conviction est toujours grandiloquente : trop d’onction, trop de voix céleste. Cet orchestre est un harmonium. ”
Alfred Bruneau,
Musiques d’hier et de demain/Texte entier
“ Tranquille, sûr de l’avenir, il se remettait à sa table ou à son orgue et, joyeux, il chantait, ce musicien obscur et antimélodique, les mélodies les plus belles, les plus claires et les plus musicales que l’on ait amais composées. Ce qui assure à César Franck une gloire digne de lui, c’est la sincérité absolue de son œuvre. On sait qu’en acceptant le poème de Rédemption il dit : « J’écrirai cela, parce que j’y crois. » ”
Vincent d’Indy,
Revue Musicale de Lyon 1904-01-12…
“ Assiduité constante dans le travail, modestie et conscience artistique, tels furent les points saillants du caractère de César Franck ; mais il est encore une qualité, bien rare, celle-là, surtout (il faut bien l’avouer) chez les artistes, que Franck posséda a un très haut degré : ce fut la bonté, la calme et sereine bonté, et c’est bien à juste titre qu’on a pu lui appliquer le nom de Pater seraphicus. Son âme, en effet, ne put jamais concevoir le mal ; jamais il ne voulut croire aux basses jalousies que son génie suscitait chez la plupart de ses collègues... et non chez les moindres ”
“ Quoi qu’il en soit, César Franck prenait possession de la Classe d’orgue, le 1er février 1872, et dès cet instant, il commençait à être en butte à l’animosité, consciente ou non, de ses collègues qui se refusèrent toujours à regarder comme des leurs un artiste plaçant l’Art au-dessus de toute autre considération, un musicien aimant la Musique d’un amour sincère et désintéressé. ”
“ C’est peut-être à cette influence atavique que César Franck dut ses dispositions pour les arts du dessin, qu’il cultiva en sa prime jeunesse et dont le goût lui resta jusqu’en son âge mûr ; nous en retrouverons la trace dans l’étude de son œuvre. Cependant, l’esprit du jeune homme fut de très bonne heure tourné vers la musique. Son père, homme dur et autoritaire, qui, bien que s’occupant de banque, comptait de nombreuses relations dans le monde des arts, avait décidé que ses deux fils seraient musiciens. ”
Vincent d’Indy,
Revue Musicale de Lyon 1904-01-26…
“ Il est donc tout naturel qu’en dehors de la musique pure, genre dans lequel il excella plus que pas un des musiciens français modernes, César Franck fut porté par un talent que sa sincérité rendait conforme à son caractère vers la peinture des scènes bibliques ou évangéliques, Ruth, Rébecca, Rédemption, Les Béatitudes, L’Ange et l’Enfant, La Procession, La Vierge à la crèche, dans lesquelles de radieuses théories d’anges, comme en purent rêver un Filippo Lippi ou un Angelico, viennent se mêler à d’admirables justes pour chanter les perfections du Très-Haut. ”
Paula Barillon-Bauché, Augusta Holmès et la femme compositeur
“ Mais allez donc, si César Franck que vous soyez, confiner dans les beautés de la fugue et les charmes du contrepoint, une jeune personne que les voix de l’inspiration sollicitent et qui sont son front nimbé de l’auréole des élus ! ”
“ César Franck, sans jamais en arriver cependant — il en aurait été incapable — à s’égarer dans les honteux bas-fonds où se meuvent les productions dites maître de chapelle, ne sut point s’affranchir, dans sa musique d’église, de l’influence de son époque, et nous nous trouvons forcés de constater, dans l’examen impartial de son œuvre, ce fait assez anormal que chez lui — peut-être le seul musicien religieux de la fin du dernier siècle — la production religieuse est certainement et assez sensiblement inférieure à celle des autres genres qu’il aborda, orchestre, piano, musique de chambre. ”
Édouard Millioz, Revue Musicale de Lyon
“ Heureusement la saine musique du bon et doux César Franck nous ramenait dans le droit chemin, et vraiment sa si belle et si ardente symphonie, fort bien conduite par M. Pierné, démontrait une fois de plus qu’il n’y a de vrai et de durable dans tous les arts que ce qui émane du cœur, à plus forte raison du cœur d’un homme comme le fut le musicien angélique. ”
Georges Bizet,
Portraits et études; Lettres inédites de Georges Bizet
“ César Franck, porté d'intuition vers la richesse et l'amplitude de la forme symphonique, arriva au moment psychologique pour être le maître de cette classe de rhétorique supérieure en musique. Avec une bonté qui faisait songer au «Sinite parvulos ad me venire», il devait attirer à lui cette génération contemporaine qui désirait et recherchait, dans l'union intime des instruments aux voix, dans une orchestration plus savante, sinon l'abandon des vieilles formules, tout au moins leur rajeunissement et l'adoption d'une forme plus en rapport avec les tendances «modernistes». ”
Hugues Imbert, Portraits et Études
“ CÉSAR FRANCK Quelle figure caractéristique à retracer que celle de cet artiste du XIXe siècle, dont le profil se détache en assez vive opposition sur le milieu français dans lequel il a vécu ! Artiste d’un autre âge, dont l’œuvre fait songer, toute proportion gardé, à celui du grand Bach, il aura traversé la vie comme un rêveur, voyant peu ou point ce qui se passait autour de lui, pensant toujours à son art, et ne vivant que pour lui. ”
Henry Fellot,
Revue Musicale de Lyon 1904-03-30…
“ À Vaugirard, Duparc avait fait la connaissance de César Franck, qui y devint promptement son ami, en même temps que son maître de piano, d’harmonie, de contrepoint et de composition. L’influence du mystique auteur des Béatitudes fut considérable sur la formation artistique du jeune musicien, et c’est en grande partie à ce contact intime avec un maître, d’une si rare probité artistique que nous devons de rencontrer, en Duparc, cette belle modestie, inconnue des médiocrités, cette extraordinaire sévérité pour lui-même, qui font du chantre de Phidylé le digne successeur de l’organiste liégeois. ”
“ Aimer, sortir de l’égoïsme, de soi-même, en s’aimant en quelque chose de très supérieur, de très inconnu peut-être, mais à l’existence de quoi l’on continue à croire, de quelque nom qu’on le nomme : voilà bien le fond et l’essence de la vraie méthode, celle que Platon recommandait aux dévots de la Vénus céleste, celle que Bossuet enseignait aux chrétiens comme la voix de la perfection morale. — C’est la méthode de tous les grands artistes ; ce fut celle de César Franck. ”
Georges Bizet,
Portraits et études; Lettres inédites de Georges Bizet
“ Le propre de l'esprit poétique est de représenter, d'évoquer d'une manière vivante et colorée les phénomènes que la science ne peut traduire que par des formules. C'est probablement parce qu'il n'y a pas eu dans le cerveau de César Franck pondération exacte entre l'élément scientifique et l'élément poétique, entre la formule et le rêve, que l'on perçoit dans ses compositions des tendances plus marquées pour les procédés harmoniques que pour les idées mélodiques. Ce n'est pas affirmer que le don de la mélodie n'existait pas chez lui ”
“ « Aimer, ne sortir de soi que pour monter plus haut, c’est bien la méthode dont nous parlions précédemment, pratiquée d’instinct par les plus fiers génies ; ce fut celle de César Franck et elle donne le secret de son style. » Quittons maintenant les considérations générales et les questions d’atavisme artistique et tâchons d’appliquer les précédentes remarques à la production musicale même de l’artiste ; nous ne manquerons pas, en examinant synthétiquement l’œuvre, d’être frappés du profond classicisme qui en émane. ”
Henry Fellot,
Revue Musicale de Lyon 1904-03-30…
“ Toutefois lorsque l’on songe à l’époque, où Duparc écrivit les admirables mélodies, que nous venons de passer en revue, à l’originalité et la hardiesse qu’elles témoignent, on ne peut s’empêcher de déplorer — avec tous les admirateurs de ce noble musicien — la retraite volontaire d’un compositeur, dont César Franck répétait souvent qu’il était de toute sa génération, le mieux organisé, comme inventeur d’idées musicales ”
Vincent d’Indy,
Revue Musicale de Lyon 1904-01-12…
“ L’hommei César-Auguste Franck naquit à Liège, le 10 décembre 1822. Sa biographie tient en quelques lignes, car son existence fut sans heurts ni convulsion romantiques, mais s’écoula dans le calme d’un incessant labeur, ainsi qu’on aime à se représenter la vie des artistes-ouvriers des belles époques de l’art primitif. Sans fortune, élevé par un père d’une extrême sévérité voisine de la dureté égoïste, César s’habitua dès l’enfance à ne pas rester un seul instant inactif. ”
“ L’important mouvement créé en France par la Société Nationale de Musique n’avait produit qu’un très petit nombre de pièces intéressantes pour piano seul, toute son activité se portant vers l’orchestre ou la musique de chambre ; c’est alors que César Franck, frappé de la pénurie d’œuvres sérieuses en ce genre, s’attacha avec une ardeur toute juvénile, malgré ses soixante ans, à chercher l’adaptation des anciennes formes esthétiques à la nouvelle technique du piano, ce qui ne s’opéra point sans d’assez notables modifications dans l’apparence extérieure de ces formes. ”
“ Ce fut au cours de sa cinquante-sixième année que César Franck osa penser à la composition d’un quatuor pour archets ; et encore, en cette année 1888 où nous remarquions avec surprise, étalées sur son piano, les partitions des quatuors de Beethoven, de Schubert et même de Brahms, ne fit-il qu’y penser sans rien écrire, et ce n’est que du printemps de 1889 que datent les premières esquisses. Le premier mouvement, l’idée mère surtout, lui coûtèrent des peines infinies à mettre sur pied ”
“ Les Béatitudes furent pour Franck l’œuvre de toujours. Dès sa première jeunesse, dès l’instant où il se sent non plus virtuose, mais musicien créateur, il pense à une assimilation dans l’ordre sonore du beau poème d’idées qu’est le Sermon sur la montagne. Comment cette promesse de bonheur futur n’aurait-elle pas séduit ce chrétien, simple et fort en sa foi ? Comment ce Christ passant à travers les foules pour y jeter des paroles de justice et de paix ne fût-il pas devenu pour un Franck la manifestation faite musique d’un Dieu d’amour apaisant d’un geste les douleurs de l’humanité ? ”
Adolphe Franck,
Nouvelles Études orientales, par Adolphe Franck…
(1896)
“ « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. » Le Christ avait bien dit, d'après le dernier des Évangiles, qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César; néanmoins, ses disciples refusaient obstinément de rendre à l'empereur les hommages divins qu'exigeaient pour lui les lois de l'empire. Les institutions religieuses chez les anciens, surtout chez les Romains, faisaient partie des institutions politiques, et l'on ne pouvait, dans leur opinion, attaquer les unes sans se montrer l'ennemi des autres. ”
“ La musique de Franck se manifeste, il est vrai, de préférence, d’après l’ordonnance régulière des coupes consacrées par le génie des maîtres, mais ce n’est point de la reproduction des formes de la sonate ou de la symphonie qu’elle tire sa beauté. Ces grandes constructions sonores où se complaît une pensée qui, pour s’exprimer toute, a besoin des amples périodes, du vaste espace qu’elles lui accordent, s’édifient d’elles-mêmes, ainsi qu’il sied, sous l’impulsion nécessaire de son développement. ”
“ Mais que ce fût devant des invités de choix, devant ses élèves, ou simplement pour les fidèles assistant à l’office, les improvisations de Franck étaient toutes aussi profondément pensées, aussi soignées d’exécution les unes que les autres, car il ne jouait point de l’orgue pour être écouté, mais pour s’acquitter le mieux qu’il pouvait d’un devoir envers Dieu et sa propre conscience. Et ce qu’il pouvait, c’était de l’art sain, élevé, sublime. ”
“ « Dimanche 24 avril 1853, à l’Altenbourg, 11 heures du matin, Liszt joua avec Laub et Cossmann deux trios de César Franck. » (Voy. p. 122 des Mémoires du Dr Mason.) ↑ Ce manuscrit est en la possession de M. Ch. Malherbe, l’érudit archiviste de l’Opéra, qui me l’a fort obligeamment communiqué et a bien voulu m’autoriser à prendre copie de la petite pièce ci-dessus. Il existe également, à la Bibliothèque de Boston (États-Unis) , un second cahier manuscrit de même nature, mais dans lequel on ne trouve aucun essai de composition. ”
“ Tome XI, p. 302. 1893. — À propos de César Franck. La Chronique des Arts, no 33, p. 273. 1904. A. Elson. Modern composers of Europe (p. 132) . Page and Cy. Boston, 1905. Émile Goudeau. César Franck. Journal la France, 14 novembre 1890. Louis Fr. Guilbert. César Franck. L’Enseignement chrétien (tirage à part) . Poussielgue. 1905. Hugues Imhert. Portraits et études. Fischbacher. Vincent d’Indy. César Franck, le premier des symphonistes français. The Weekly critical Review, 5 mars 1903. — L’œuvre de piano de César Franck. The Musician. O. Ditson, a. Co. Boston. ”
“ Il excellait à pénétrer dans la pensée de l’élève et à s’en emparer, tout en respectant scrupuleusement les aptitudes de chacun ; c’est pourquoi il est remarquable que les musiciens formés à son école, qui, tous, sont pourvus d’une science solide, ont cependant conservé en leurs productions un aspect différent et personnel. Le secret de cette éducation essentiellement large, c’est que Franck ne professait pas au moyen de règles strictes, de sèches et factices théories, mais que tout, dans son enseignement, procédait d’un sentiment plus puissant que toutes les règles : l’amour. ”
“ Oui, le maître des Béatitudes sut passer dans la vie les yeux fixés vers un très haut idéal, sans vouloir ni pouvoir même soupçonner les vilenies inhérentes à la nature humaine, dont la gent artiste est, malheureusement, bien loin d’être exempte. Cette force continue, cette inaltérable bonté, ce fut dans sa foi que Franck les puisa, car il était profondément croyant. Chez lui, comme chez tous les grands, la foi en son art se confondait avec la foi en Dieu, source de tout art. ”
