“ Il y a vingt-cinq ans, j’essayai de persuader à une belle femme de m’aimer, et elle ne le voulut pas. Je n’avais pas la clef de son cœur. Pour moi, c’était un mur de pierre sans fenêtre et sans porte. — Mais vous l’aimiez, Yorke ; vous adoriez Marie Cave ; votre conduite, après tout, fut celle d’un homme, jamais celle d’un chasseur de fortune. — Oui, je l’aimais ; mais alors elle était belle comme la lune, que nous ne voyons pas ce soir : il n’y a rien de semblable à elle de nos jours ; miss Helstone peut-être a quelque ressemblance avec elle, mais nulle autre. ”
Charlotte Brontë
Résumé
Shirley, roman de Charlotte Brontë publié en 1849, explore les tensions entre amour, ambition et stratification sociale dans un cadre rural anglais. L’œuvre suit Shirley Keeldar, une jeune femme indépendante, et son entourage, notamment les personnages de Caroline Helstone et Robert Moore, dans un décor marqué par les usines et les luttes de pouvoir.
À travers des dialogues percutants et des réflexions sur l’identité, Brontë dénonce les inégalités tout en remettant en question les normes sociales. L’œuvre, riche en symboles (comme la fabrique ou la rectorerie), révèle une préoccupation pour les enjeux humains et les dilemmes éthiques, marquant une évolution stylistique et thématique par rapport à ses œuvres précédentes.
Citations de Shirley (Charlotte Brontë)
“ J’espère que l’air vif qui souffle de cette montagne vous fera du bien, ma chère Caroline : j’aimerais à voir un peu plus de couleurs à ces joues ; mais peut-être n’avez-vous jamais eu le teint fleuri ? — J’avais autrefois des joues roses, répondit miss Helstone en souriant. Je me rappelle qu’il y a un an ou deux, lorsqu’il m’arrivait de me regarder dans la glace, j’y voyais un visage différent de celui que j’y vois maintenant, plus rond et plus rose. Mais quand nous sommes jeunes, ajouta la jeune fille de dix-huit ans, notre esprit est insouciant et notre vie tranquille. ”
“ Monsieur, dit M. Helstone, rassemblant toute sa dignité, la grande science de l’homme est de se connaître soi-même, ainsi que le but où il dirige ses pas. — Oui, oui, vous devez vous rappeler, monsieur Helstone, que l’Ignorance fut chassée du ciel, traversa les airs et vint s’abattre devant une porte, sur le flanc de la montagne qui conduit à l’enfer. — Et je n’ai pas oublié non plus, monsieur Yorke, que l’Orgueil, ne voyant pas le chemin devant lui, tomba dans un précipice qui avait été creusé à dessein par le prince des ténèbres, et fut brisé en pièces dans sa chute. ”
