“ Stalagmus, Géta Stalagmus s’est assis, tête basse. Il semble plongé dans de profondes réflexions. Géta le regarde. Stalagmus. — Je ne sais plus... Ai-je obéi à la colère ?... Ai-je obéi à la justice ?... Mon geste exprime-il le sentiment superficiel d’une minute ou la pensée profonde de toujours ? Géta. — De quoi te mets-tu en peine ? De toute façon, ton geste est beau, juste et utile. Stalagmus (haussant les épaules) . — Utile ? Géta. — Par Hercule, un geste de révolte l’est toujours : il nie le mensonge qui crée maître et esclaves ; il affirme la vérité et réalise l’homme. ”
Citations de Les Esclaves (Han Ryner)
“ Géta (découvrant son torse) . — Le maître est-il aussi beau que moi ? Tyndare. — Il est le maître. Géta. — Le maître, dis-tu ?... A cause de sa laideur, à cause de la faiblesse de son corps et de son âme, n’est-il pas plutôt l’esclave d’Emilia ? Mais il faudrait peu de chose pour qu’Emilia devînt l’esclave de ma force et de ma beauté. Tyndare. — En attendant, elle te fait donner le fouet. Géta. — Oui. Mais un jour - demain peut-être ! — elle ne résistera plus à son désir. Sous mon baiser, je la verrai s’agiter d’abord comme sous le baiser d’un dieu, ensuite comme sous le baiser de la mort. ”
“ Agnès. — Les hommes sont frères. Dieu - mais il ne s’appelle point Jupiter - est le père de tous. Il aime également ses fils et il les veut égaux. Il ne veut pas qu’il y ait parmi nous des maîtres et des esclaves. Tyndare. — Alors, pourquoi y en a-t-il ? Agnès. — Parce que nous n’aimons pas Dieu ; parce que nous ne nous aimons pas les uns les autres. Géta. — Mais puisque l’amour est un vase d’or où sifflent les serpents de la haine ?... Agnès. — Pas l’amour des chrétiens. Et notre Dieu donnera des joies infinies et éternelles à ceux qui souffrent et qui croient en lui. ”
