“ Qui donc fera fleurir toute la pauvreté ? Quand Jésus a quitté le ciel, il l’a quitté Pour une étable : il est charpentier, il travaille, Né sur l’or, — mais sur l’or mystique de la paille, — Entre l’âne et bœuf, — l’ignorance et l’erreur — Lui qui pouvait choisir un berceau d’empereur, Qu’aurait ému le pied rieur des chambrières, Préfère une humble crèche où l’ange est en prières ! Certes l’argent est bon, l’or est délicieux, Mais l’un ouvre l’enfer, l’autre ferme les cieux, L’un sait glacer le cœur, l’autre étouffer les âmes, L’or met sa clarté louche où l’amour met ses flammes, L’or est un soleil froid ; ”
Germain Nouveau
Élements biographiques
Germain Nouveau (1851-1920), poète français du symbolisme, incarne une figure ambiguë entre spiritualité, troubles mentaux et engagement artistique. Issu d’un milieu provincial, son parcours à Paris le confronte à Rimbaud et Verlaine, avant une détérioration progressive de son état, le conduisant à une errance mystique.
Son œuvre, posthume et contestée de son vivant, explore l’amour, la pauvreté et la transcendance, comme en témoignent Savoir aimer, Valentines ou Sonnets du Liban. Influencé par le symbolisme, il mêle lyrisme et quête spirituelle, laissant une empreinte durable sur la poésie moderne.
Citations de Germain Nouveau
“ Louez la chasteté, la plus grande douceur Qui fait les yeux divins et la lèvre fleurie El de l’humanité tout entière une sœur. C’est par elle, que l’âme à l’âme se marie Par elle, que le cœur, du cœur est écouté ; C’est le lys de Joseph ; le parfum de Marie. Elle est arbre de force ; elle est fleur de beauté, Elle sait détacher le cœur de toutes choses, Et sans elle, il n’est pas d’entière charité. La volupté viole et déchire les roses, Sa fleur, c’est le dégoût, son fruit, c’est la laideur, Son sourire est cruel, dans ses apothéoses. Elle est la rose impure et sa lugubre odeur Attire un désir noir comme une horrible mouche, ”
Germain Nouveau,
Valentines et autres vers
“ Je vous dis un soir une chose Dont vous fûtes peut-être cause : J’ai découvert un nouveau Dieu. « Nous irons le prêcher ensemble », Me répondîtes-vous ; j’en tremble Car... vous vous avanciez un peu. Puisque, jusqu’à preuve apportée, Je ne veux être qu’un athée Qui ne peux croire qu’en l’Amour, Quel Dieu, répondez-moi, quel diable De Dieu né mort ou né viable Avais-je bien pu mettre au jour ? Mais... j’avais dit vrai... sans blasphème, Vous allez voir... cherchez vous-même... Vous ne trouvez pas ? non ? vraiment ! Je vais vous mettre sur la route : C’est un Dieu bon... ”
