Résumé

Portrait de Félicité Robert de Lamennais Félicité Robert de Lamennais De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre public et civil

Prétendrez-vous que le pouvoir vient originairement du peuple ? Donc, la loi aussi, et il n’y a de juste que ce que veut le peuple. Supposerez-vous que la source de la souveraineté est dans le souverain ? Tout ce qu’on disoit de Dieu, vous voilà contraint de le dire d’un homme. Il est lui-même le principe de son droit, et ce droit n’a point de limites. Sa volonté, c’est l’ordre essentiel, la justice, la loi. Tout lui est permis, et il ne l’est jamais de lui résister en rien. Quoi qu’il commande, on doit obéir ; la plainte même seroit une impiété : enfin que sais-je ?
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Peu importe ce que croit ou ne croit pas chaque protestant : quand il croit, ce n’est jamais par le motif fondamental que Dieu a révélé la vérité qui est l’objet de sa croyance, mais parce que sa raison juge que c’est réellement une vérité : sans quoi sa raison ne feroit plus, en croyant, un acte d’indépendance, mais un acte d’obéissance, et en ce cas sa foi seroit évidemment une abjuration du protestantisme.
Ainsi, dès qu’en rejetant l’autorité de l’Eglise, on refuse de reconnoître un juge infaillible de la doctrine, l’idée même de religion s’évanouit.
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Le pouvoir ne donne pas l’impulsion, il la reçoit. Je ne sais quoi d’indéfinissable emporte et le peuple et ses chefs. Il y a dans les esprits une certaine indocilité, dans les cœurs un certain mépris haineux et défiant pour l’autorité, qui fait qu’on lui cède, et qu’on n’obéit pas. Censurer est le besoin de tous ; c’est un soulagement pour l’orgueil, et aussi une vengeance. Nulle faute n’est pardonnée à ceux qui gouvernent, parce que nul n’étant, par les lois, obligé de gouverner, quiconque se charge du gouvernement se rend garant du succès même.
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