Résumé

Ludovic Dugas Revue philosophique de la France et de l’étranger

Quand il paraît se détourner de la fin à accomplir, il habitue son esprit à cette fin, il l’envisage longuement, la contemple à loisir, à tête reposée ; il en dégage toute la force séductrice, il déloge, pour lui faire place, toutes les idées antagonistes ; il ne l’introduit pas dans sa vie comme un élément étranger, il l’adopte vraiment, s’en imprègne, se l’assimile. Quand ce travail d’assimilation est achevé, l’entêtement cesse comme par enchantement ; il y a résolution au sens propre du mot, c’est-à-dire détente. L’entêtement n’est donc que l’enfantement laborieux de la volonté parfaite.
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L’entêté a plus à cœur de sauvegarder l’indépendance de sa volonté que d’atteindre telle ou telle fin. Le souple, au contraire, vise une fin déterminée et, pour l’atteindre, se fera au besoin violence, surmontera ses répugnances, fera le sacrifice de ses goûts. L’entêtement est la volonté repliée sur elle-même, ayant uniquement souci de sa dignité, de sa liberté intérieure ; la souplesse, au contraire, est la volonté tournée au dehors, asservie à l’action, poursuivant le succès.
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Au contraire, la volonté est-elle tournée tout entière vers l’action, est-elle uniquement une combinaison savante de moyens et de fins, une habileté, un art, et cet art, le suppose-t-on porté à la perfection, opérant avec une sûreté infaillible ? Nous sommes alors plus loin encore de la volonté proprement dite. Il n’y a rien de commun, en effet, entre le savoir-faire et la décision volontaire. Le plus habile homme peut manquer totalement de caractère et ne pas soupçonner même en quoi consiste l’usage de la liberté.
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