“ Quel plaisir n’aurais-je pas d’unir mon fils à une personne dont les excellentes qualités qui ont tant de rapport avec les siènes, assureraient son bonheur ! Ne me parlez plus d’affection, madame, dit Cécile en détournant la tête ; celle que vous aviez pour moi est passée... votre estime même a cessé... Il est possible que vous me plaigniez ; mais votre pitié est mêlée de mépris, et je ne suis pas encore assez vile pour trouver de la consolation à l’exciter. Que vous connaissez peu, s’écria madame Delvile en la regardant avec beaucoup de douceur, que vous pénétrez mal l’état de mon cœur ! ”
Fanny Burney
Élements biographiques
Fanny Burney (1752-1840), figure centrale de la littérature anglaise du XVIIIe siècle, incarne à la fois le diariste introspectif et le romancier des mœurs. Auteur de chefs-d’œuvre tels que Évelina et Cécilia, elle explore avec acuité les tensions entre sentiment et raison, les enjeux sociaux liés à la réputation et les dilemmes moraux.
Son écriture, à la fois précise et émotionnellement dense, révèle une maîtrise du dialogue et une analyse percutante des rapports de pouvoir. Comparée à Jane Austen, Burney anticipe les enjeux de la condition féminine dans un monde en mutation.
Citations de Fanny Burney
Fanny Burney, Cécilia (1782)
“ Ce n’est pas non plus une beauté périssable, qu’un petit nombre d’années peut flétrir, et qui n’a qu’un temps. Non, non ! c’est une compagne pour la vie ; c’est un consolateur dans l’adversité ; c’est une intime amie que je recherche en miss Beverley ; son estime m’est aussi précieuse que son affection ; comment espérer qu’elle m’aimera dans ma vieillesse, si sa jeunesse et les années les plus brillantes de sa vie sont troublées par les doutes qu’elle aurait sur ma probité ? Tout doit être éclairci, et il ne doit rester aucun sujet d’inquiétude qui puisse troubler notre repos. ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ Madame Selwyn lui répondit ; mais je n’ai pas compris ce qu’elle disoit. Sir Belmont m’adressa la parole après un moment de silence : Relève-toi, et ne crains pas ma vue : — lève la tête, ô toi, l’image vivante de mon infortunée Caroline » ! Affectée au-delà de toute expression, je me soulevai et j’embrassai ses genoux : « Oui, oui, s’écria-t-il après m’avoir fixée d’un œil sévère, je vois que tu es sa fille : — elle vit, — elle respire en toi, — je la vois devant moi, — Oh ! que n’est-elle réellement encore en vie » ! ”
