Philippe Desportes

Élements biographiques

Portrait de Philippe Desportes Philippe Desportes Œuvres de Philippe Desportes

Sommeil, paisible fils de la nuict solitaire,
Pere-alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubly de nos maux,
Et des esprits blessez l’appareil salutaire ;
Dieu favorable à tous, pourquoy m’es-tu contraire ?
Pourquoy suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or’ que l’humide nuict guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouyst de ta grace ordinaire ?
Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes vollans comme un nuage espais,
Qui des ondes d’oubly vont lavant nos pensées ?
Ô frere de la mort, que tu m’es ennemy !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormy,
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Portrait de Philippe Desportes Philippe Desportes Desportes - Premières œuvres

Puis que vous le voulez, demeurez inhumaine,
Et me faisant mourir feignez de n’en rien voir,
Vous ne pourrez pourtant ma constance esmouvoir
Car du feu de vos yeux mon ame est toute plaine.
Mon cœur est immuable, & mon amour certaine,
Les plus cruels tourmens y perdent leur pouvoir :
S’il advient que je meure en faisant mon devoir,
Vous en aurez l’offense, & j’en auray la paine.
Las ! mon mal me plaist tant, pource qu’il vient de vous,
Que je trouve en souffrant le martyre bien doux,
Et de m’en delivrer je ne prens point d’envie.
C’est pourquoy je craindroy de mourir en aimant,
Non pour fuir la mort, mais de peur seulement
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Portrait de Philippe Desportes Philippe Desportes Desportes - Premières œuvres

Quand je pouvois me plaindre en l’amoureux tourment,
Donnant air à la flamme en ma poitrine enclose,
Je vivois trop heureux : las ! maintenant je n’ose
Alleger ma douleur d’un soupir seulement.
C’est me poursuivre, Amour, trop rigoureusement :
J’aime, & je suis contraint de feindre une autre chose
Au fort de mes travaux je dy que je repose,
Et monstre en mes ennuis un vray contentement.
Ô dure cruauté de ma passion forte !
Mais je me plains à tort du mal que je supporte
Veu qu’un si beau desir fait naistre mes douleurs :
Puis j’ay ce reconfort en mon cruel martyre,
Que j’escry toute nuict ce que je n’ose dire,
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