Ranulf Montmorillon

Élements biographiques

Ranulf Montmorillon,  La brileuse (1928)

“ « Jésus, Marie, la Choue », dit-elle, en faisant un grand signe de croix. La Choue, qui chante à gauche, en signe de mort, effroi du voyageur attardé, et tantôt terrorise de son éclat de rire les bêtes des solitudes où l'homme ne pénètre pas, tantôt imite par son ululement les vagissements d'un enfant au berceau, ou la plainte du moribond. La Choue. Ce signe de mort sur le berceau de Lucien ! Au fond de son lit trempé de sueur froide, l'isolée se pelotonne jusqu'au matin... Toute sa vie de servante pauvre, puis de femme abandonnée se déroule à ses yeux. ”
Source : Gallica

Ranulf Montmorillon,  La brileuse (1928)

“ Elle ne pense plus à Lucien abandonné chez Mme Bourdieu. Elle ne pense plus à Louis abîmé dans sa prison. Elle ne pense plus qu'à de petites choses insignifiantes. Elle marche allégrement. De temps à autre, des paroles légères, des paroles puériles s'échappent de ses lèvres serrées. Elle ne pense plus qu'à fuir la souffrance des regards curieux qui la guettent en bas dans la vallée. Elle monte, insouciante, vers cette forêt de Glaine, ce cimetière aérien où tant de désespoirs sont venus
chercher l'oubli, où tant de corps d'hommes ont fini de souffrir.
”
Source : Gallica

Ranulf Montmorillon,  La brileuse (1928)

“ « Maman, pourquoi ne sommes-nous pas entrés avec M. le curé ? Pourquoi petit père est-il ici ? Maman, quelle est cette belle maison ? Est-ce notre nouvelle habitation ? Nous nous en allons des Briles ? Et nos vaches ? Et nos poules ? Et notre coq, Michel ? Maman, je veux voir papa, le temps me dure de lui ».
A chaque question, la mère inventait de ces ingénieux mensonges dont elles savent si bien endormir les impatiences de leurs petits. Mais comme l'attente se prolonge au delà de toute prévision, la pauvre femme est à bout d'ingéniosité, et n'essaie plus de répondre.
”
Source : Gallica

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