“ Butor, quoique avancé en âge, y porte les coups les meilleurs. Mais un bien grand malheur lui arrive. Bruiant, son plus fidèle vassal, désarçonné par lui, se blesse grièvement en tombant de cheval. Il se fait transporter chez lui couché sur une litière, mais il meurt en chemin avant d’avoir pu revoir les siens. ”
Anonyme
Résumé
“Brun de La Montaigne”, est une œuvre de Anonyme. Des thèmes tels que Butor, Bruiant ou cuer y sont abordés.
Citations de Brun de La Montaigne (Anonyme)
“ Gentil damoiseau, le temps est venu où vous penserez à aimer. Bientôt vous connaîtrez une dame pour qui vous souffrirez beaucoup de peines. Pour moi, je vous quitterai jusqu’au temps où ce premier amour cessera. ”
“ Le poëme s’ouvre au moment de la naissance de l’enfant. Le sire de la Montaigne convoque ses principaux vassaux et leur expose que son désir est de faire porter le nouveau-né dans la forêt de Breceliant, auprès d’une source où les fées avaient accoutumé de se réunir pendant la nuit. Aucune remontrance ne peut le détourner de son projet ; et finalement l’un de ses principaux vassaux, appelé Bruiant, se charge, accompagné d’une suite nombreuse, de porter l’enfant dans la forêt et de veiller sur lui à distance, pendant qu’il sera exposé auprès de la fontaine. ”
“ Bientôt trois fées d’une beauté merveilleuse s’approchent en chantant de la fontaine et se prennent à considérer l’enfant. Deux d’entre elles s’empressent de le combler de leurs dons : l’enfant aura toute beauté et toute courtoisie ; il sera redouté dans les guerres et les tournois, et honoré de tous. ”
“ Morgue l’amie Ogier [3] . Les merveilles de la forêt de Breceliant [4] avaient été célébrées dès le xiie siècle par Vuace, qui y croyait peu [5] , par Chrétien de Troyes et par Huon de Mery [6] qui s’étaient surtout attachés à décrire les propriétés qu’avait la source de Barenton d’exciter des tempêtes lorsqu’on répandait son eau sur les roches voisines. Mais il ne semble pas qu’aucun autre roman que Brun de la Montaigne nous ait fait connaître l’usage, qui a bien certainement dû exister, de porter les nouveau-nés auprès de la fontaine [7] où les fées « conversaient ». ”
“ Brun la supplie vainement de rester : elle persiste dans son dessein. Brun aimera pendant dix ans une dame qu’il verra épouser un vilain bossu. Au bout de ce temps, la fée sa nourrice reviendra à lui et le réconfortera. Ayant ainsi parlé, elle disparaît (v. 2874) . Le jeune homme fait serment aussitôt de l’aller rejoindre, et il part monté sur son destrier. Il la retrouve, en effet, auprès de la fontaine où, tout enfant, il avait été exposé. Il reçoit d’elle de nouveaux conseils et se met en voie pour chercher aventure. ”
“ C’est vainement que les deux bonnes fées s’efforcent de la ramener à des sentiments plus bienveillants : elle s’aigrit de plus en plus, et veut que le malheureux enfant voie sa bien-aimée épouser, lui présent, un vilain bossu (v. 1030) . Après s’être querellées quelque temps, les trois fées se retirent, l’une d’elles ayant passé au doigt de son petit protégé un anneau d’or fin. ”
“ Dame, » ce dit Butor, « se vit .x. ans passés, « En fait d’armes sera si bien amesurés 1665« Qu’il sera chevaliers et en joustes armés. » Adont s’en est Butor hors de la chambre alés, Et si dit : « Dame, a Dieu soit vos cors commandés, « Je croy bien qu’en la salle ai esté demandés. « Or vous requier pour Dieu que vous vous reposés 1670« Jusques adont qu’a vous me serai retornés. » XCIV [53] Butor de la Montaigne est de la chambre issus, Avec les chevalier [s] est ou palés venus. Tout li plus souffisans s’est a ses piés cheüs, Et si l’ont salué du haut Roy de lassus ”
“ Bruiant d’Inde maiour si s’est en piés levés 645Et dit : « Sire, j’ai fait hommage et seürtés « A vous et si en tieng toutes mes herités ; « Mais je veu et proumet, et si est verités, « Que pour avant mourir et estre decopés « Plus menus que li chars dont on fait les pastés, 650« Que par moy ert ceans vos anfes raportés ; « Et s’il plus de mal a que maintenant veés, (f° 16) « Je vous em pri, por Dieu, que tantost me pendés. — Par ma foy, » dit Butor, « chevalier, vous l’amés « Onques tés mos n’issi de cuer sans amitiés. » ”
“ « Hardi et conbatant et tendant a valour, « Car je n’en voi ci nul, grant, petit ne menour « Qui n’ait cuer courageus et mis hors de tritour, 1790« Et que ses cuers ne soit en joie et en baudour « Pour desfandre son cors sans avoir nul paour, « Car tout sont courageus et si plain de vigour (f° 39) « Que nus cops tant soit grans ne li fera doulour. » CI [59] Et quant Butor ouï Bruiant ainsi parler, 1795Bien par dedans son cuer le prist a enamer, Car il estoit hardis et moult fist a louer, Et onques plus loyaus ne pot armes porter, Et si avoit bon cors pour grant paine endurer. ”
“ « Diex en soit aourés qui regne ou firmament « Quant on li a donné si gracïeus present ! — Dame, » ce dit Butor, « or va il autrement : « Li autre li donna tel don certainement 1595« Que quant il ainmera par amours loiaument, « Point ne sera amés de la dame au cors gent « A qui donra s’amour tout au comancement, « Et si ert pourveüs d’amour si faussement, « C’onques nus cuers loiaus ne fu plus malement. 1600« Si n’avra en amant fors que paine et torment, « Mais tous [jours] vivera trés amoureussement, « Et si n’avra de dame aucun alegement. » ”
“ « Les amans par amours as grans cops parcevoir ; 2050« Mais cil qui n’amera ne se pourra mouvoir, « Et s’il ne se deffant il se verra cheoir. — Par ma foy, » dit Bruiant, « sire vous dites voir : « La sera tiex amés c’onques ne pot savoir « Que ce fu de merci ne qu’elle puet valoir ; 2055« Mais il sera mauves en l’amoureus manoir. « Si ert cilz eüreus qui avra tel povoir « Que de donner biaus coups et puis du recevoir, « Et c’om pourra le pris sur ses coups aseoir. — Par ma foy, » dit Butor, « qui pourra tant valoir 2060« Jamais ne li pourra en armes mescheoir. » ”
“ Et que ralée en fu dont elle estoit venue, Il ne sot que penser qu’elle estoit devenue : D’ire et de mautalent tout li cors li tressue, Si a dit a Butor : « Vous l’avés esmeüe, 2880« Mais je fois sairement a Dieu qui fist la nue « Que jamais ne girai en ceste tour cremue « N’en ville c’unne nuit, se n’est en l’erbe drue, « Jusqu’à tant que j’avrai la nouvelle seüe « Se ma mére puet estre en la forest ramue 2885« Ou en aucun lieu misse ou puet estre enbatue. « Qui ci estoit errant, or l’ai si tost perdue ! « Hélas ! qui la me puet si tost avoir perdue ? » ”
“ Quant li murdrier l’entent, lui prist a esgarder, Et sembla de son vis qu’il deüst enflamber, 195Dont li cuers de son ventre en prist a sauteler. (f° 7) De la joie qu’il ot couleur prist a muer, Et a dit au varlet : « Toy voudroie sauver « Droit par dedens mon sain s’i povoies entrer ; « Car cix est mes cousins dont je t’oy tant loer. 200« Or vieng prendre .j. cheval, je le te veil donner. » Quant li varlès l’oï, Dieu prist a reclamer De l’evur qu’il li fist a celle eure encontrer, Car il n’eüst peü ja si tost retorner A Butor son seigneur que tant devoit amer. ”
“ « Et si soiés certains c’onques nus n’eschapa « Qu’il ne muire du cop si tost qu’il le ferra. « Et si soiés certains qu’il vous escriera, « Mais s’il vous vient premiers vostre cors finera. » 3445Ce li respondi Bruns : « Je ne sai qu’il fera, « Mais, se je puis, premiers tel cop de moy avra, « Se ma lance ne ront, que la vie perdra. » Quant li chevaliers l’ot au cuer grant joie en a, Et dit que d’avec Brun mais ne se partira, 3450Jusqu’à dont que des .ij. la fin veüe ara. ”
“ Adont fist on parrains et marrainnes huchier, Si dirent : « Chevalier, belement, sans noissier, « Quel non avra li filz de Butor le guerrier ? » Dont respondi Bruians : « Ne vous chaut d’esmaier : 1425« Il avra moult biau non ainz que revoit arrier, « Mais il nous convenra .j. petitet targier, « Car il nous convenra por l’enfant consellier, « Afin qu’il ait tel non c’on ne li puist changier, « Fors quant li temps venra c’on li vot prononcier 1430« Ou bois de Bersillant la ou le portames hier, « Pour l’amour de Butor nosseigneur droiturier. » ”
“ La seconde si dit : « Dame, il a trop de paine 945« [Eü] en ci venir ; or ne soiés vilaine : « Faites li aucun bien, puis qu’il a vie humaine, « A ce qu’il ait biauté qui de tous biens soit plaine, « Et ce se non, par Dieu, ma voulenté m’amaine (f° 22) « Afin qu’il ait de moy courtoisie si saine 950« Que s’onneur acroistra ainz que passe quinsaine, « Si c’om en parlera jusqu’a l’iave de Saine. « Pour Dieu, delivrés vous, si n’en soiés est [r] aine, « Car il doit bien de vous avoir aucune vaine ; « Por ce vous en supli, dame trés souveraine. » ”
“ « Ausi que ma pensée est du tout enterine, « Que vos cors alaita la puissance devine, « Donnés a cel enfant ennuit si bonne estrine 845« Qu’en son lignage n’ait ne parant ne cousine « Qui n’en soit honnorés de lui a brief termine, « Car ses viaires est tains de couleur rosine « Et flaire plus souef que ne fait fleur d’espine. « Si sera grant meschiés se tex enfes decline 850« Qui a toute biauté parfaitement encline. « Or le gart Diex anuit de maie sauvagine « Car mes cuers est creans que quanque Diex destine « Doit en lui aparoir tout a face benigne. » ”
“ Quant la dame le vit, lés lui s’ala s [e] oir ; Par le semblant de Brun puet bien aparcevoir Qu’il estoit vrais amans, et non amés, por voir ; Si li dit : « Bruns amis, je puis assés savoir 3695« .I. pou de vo secré ; bien vous pourrai valoir : « S’a moi vous en voulés .j. petit esmouvoir, « Avant qu’il soit demain vous pourrés percevoir. — Dame, » respondi Bruns, « amour me fait doloir « Par [la] seue merci pour le plus bel avoir 3700« C’onques veïst nus hom, ce povés bien savoir. » La dame li a dit : « Amours vous fait manoir, « Au mains le cuer de vous, ou Muable manoir. » ”
“ « Car pour l’amour de lui ert si vos cuers destrains « Conques cuers en amant n’ot tant ne cris ne plains. CLXIII [103] — Dame, » respondi Bruns, « quant congié avés pris 2845« Je vous ai en couvant et de ma foy plevis « Qu’après vous m’en irai avant qu’il soit mardis. » La fée respondi : « Non ferés, mes dous fils, « Mais demourés encore avecques vos amis, « Et n’amés pas si tost, si avrés bon avis, 2850« Tant que soiés plus grans et plus amanevis, « Et que vous soiés plus montés en plus haut pris. » Et quant Bruns l’entendi, si li fist .j. dous ris, Puis li a ses .ij. ”
“ « Les joustes convendra avant avoir crié, « Et si seront avant fait hourt [et] apresté ; « Et quant hyraut aront par le pays esté, « Et que li chevalier serront tout assemblé, « Et que ma dame avra le sien cors relevé, 1755« Adont pourrés savoir qui miex iert esprouvé. — Par ma foy, » dit Butor, « vous dites verité, « Mais je dissoie ce que j’avoie en pensé. » XCIX [58] Par dedans la Montaigne ot moult belle assemblée, Mainte dame i avoit qui fu de renommée, 1760Et qui estoit ausi si noblement parée Que pour estre contesce ou roïne clamée. ”
“ A quel fin la avoit son enfant fait porter. 785La dame li respont : « Pour honneur conquester, « Pour avoir destinée et pour avanturer. (v°) — Dame, » ce dit Bruians, « le pourroit on trouver ? La dame respondi : « La mort l’a fait finer, « Car .j. crueus serpant si le vint estrangler 790« Si tost que mon seigneur commança a chapler « Au larron chevalier qui l’a voulu tuer, « Si que, sire, pour Dieu, lessiés me atant ester, « Et si vous en alés, car ci me faut finer. » XLIV [27] Quant Bruiant ot oy de la dame l’afaire, 795Il en ot en son cuer por pitié grant contraire ”
“ « Ne vous en desdira, bien en responderoie. — Vraiement, » dit Butor, « et se je le cuidoie 1695« A tous jours de mon cuer en son vous ameroie, « Ne jamais en ma vie a vous je ne fauroie. « Mais d’ore en avant mais chascun otrieroie « Tout quanques il vourra, se Jhesu me doint joie. — Sire, » ce dit Bruians, « et je de moy otroye 1700« Tout quanques vous vourés, se grant grief i avoie, « Et que se par devant tout de vrai le savoie « Soiés ent tout certains que ja je n’en fauroie, « Se les membres du cors .j. a .j. y perdoie ; « Mais dites vo plaissir, car mes cuers si otroie. » ”
“ « Asés ert riches hons, plenté ara d’avoir, « Mais je ne veil mon don pas metre en nonchaloir. — Dame, » ce dist la tierce, « or faites vo vouloir, « Car je de moy le puis richement asseoir « Si qu’il ne li chaura de tout vostre pooir. 1015— Comment, dame ! » dit elle, « avez vous .j. manoir « La ou vous le ferés estre adès par estouvoir ? « Ou despit de vous .ij. et je le ferai hoir « De la plus fausse amour que je pourré savoir. — Dame, » dit la seconde, « or povés esmouvoir 1020« Vo cuer, se vous voulez, ou tant a de savoir, « Mais li enfes n’en doit ja pour ce pis avoir. » ”
“ CXLIII [90] Ausi tost qu’il fu jors et que la nuit failli, Li chevalier qui sont ou praël endormi Se sont tout esveilliet, et les dames ausi. Quant la se sont trové moult furent esmari ; 2525Mais plusours foys se sont amant ainsi norri, Quant ce sont cuer loial amoureus et joli Qui ainment par amour, bonne amour le [s] duit si Que painnes et travaus lor sont a joie onni ; Et ce sont li loial qu’amours gouverne ainsi, 2530Car noble dame n’eut onques loial ami Qui n’a parfaitement les fais d’amour senti ”
“ Et les dames ausi sans panser a folour, Qu’i n’i eut onques nul qui pensast deshonnour ; 2540Et firent ou palais l’andemain leur retour, C’onques n’i ouï on ne noisse ne clamour. Or avint doucement que par l’amoureus tour Que li frans chevaliers qui ot eu l’onnour Si trouva une dame en .j. petit destour : 2545.IIII. foys la baissa et li requist s’amour Trés amoureussement et en vraie douçour ; Elle li otroia par l’amoureus labour, C’onques el n’en cria ne fist noisse ne plour : Ce fu canqu’il y ot fors la feste greignour 2550Que Butor avoit fait c’om clamoit le seignour. ”
“ « Car vous serés briesment une dame acointans « Pour cui vous trairés moult de paines et d’ahans, « Car paines et travaus serés pour lui santans ; « Si que, biax trés dous filz, mes cuers est asantans 2800« Que je praingne congié de vous jusques au tans « Que vo premiére amour sera presque faillans, « Car trés bien amerés, et par les faus semblans « Qu’elle vous mousterra vous sera decevans. » Et quant Bruns l’entendi si en fu moult dolans, 2805C’onques hons ne fu si qui onques fust vivans, (f° 59) Car a pou qu’il n’estoit hors de son sans issans. ”
“ « Car mout seroie iriés se maus li avenoit, « Et le feroit a moi, sachiés, qui li feroit. » 2290Adont s’en fist porter tout droit la ou on soupoit, Et quant Butor le vit si grant joie en avoit Que li cuers de son ventre en son cors sauteloit, Et amoureussement delés lui l’aseoit, Et ainsi que son cors a table on le servoit, 2295Ainsi qu’a gentil home honneurs apertenoit. CXXVIII Quant Bruiant fu assis, chascuns fu moult joians, Mais du mal qu’il avoit i ot moult de dolans, Car de la compaignie estoit li plus poissans Fors Butor qui estoit tout li plus sousfissans. ”
“ La tierce li dit : « Dame, estes vous forsenée ? « Aiés pitié de lui, vous estes radotée : 1035« Desormais en serés de nous .ij. mains amée, « Car vostre niceté est bien ci aprouvée. « Et sachiez qu’ausi tost que s’amour ert donnée « Je m’en trairai en sus, tant qu’elle ert definée ; « Mais quant s’amour premiére ert a sa fin alée, 1040« Et que du tout en tout sera anichillée, « La voulenté de moi sera renouvelée « Pour son cors pourveoir de la plus bele née « Qui de char d’ome fust a nul temps engendrée, « Or faites [vo] plaissir, je ferai ma pensée. » ”
“ Par moy vous ert li fais desraigniés et contés. 3650Tant fu Bruns en la tour longuement demourés Qu’il estoit de chascun conneüs et privés, Et si en estoit moult prisses et honnorés. Mais il estoit d’amour si forment afolés Que si tost qu’il estoit de celle regardés, 3655Ses vïaires estoit tains et puis enflambés, N’il ne savoit comment il estoit demenés. (f° 78) Ainsi et nuit et jour il estoit atournez, Pour ce qu’en lui avoit tant d’amoureus pensés. Or avint a un jour qu’il se fu apensés 3660Qu’a la dame diroit ses amoureus secrés, Pour vivre ou pour mourir plus ne seroit celés. ”
Termes fréquents
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