Résumé

Portrait de Joachim du Bellay Joachim du Bellay Œuvres complètes de Joachim Du Bellay…

Ô qu’heureux est celuy qui peut passer son aage
Entre pareils à soy ! et qui sans fiction,
Sans crainte, sans envie, et sans ambition,
Regne paisiblement en son pauvre mesnage !
Le miserable soin d’acquérir d’avantage
Ne tyrannise point sa libre affection,
Et son plus grand desir, desir sans passion,
Ne s’estend plus avant que son propre heritage.
Il ne s’empesche point des affaires d’autruy,
Son principal espoir ne depend que de luy,
Il est sa court, son roy, sa faveur, et son maistre.
Il ne mange son bien en païs estranger,
Il ne met pour autruy sa personne en danger,
Et plus riche qu’il est ne voudroit jamais estre.
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Portrait de Joachim du Bellay Joachim du Bellay Œuvres complètes de Joachim Du Bellay…

Le Tybre seul, qui vers la mer s’enfuit,
Reste de Rome, ô mondaine inconstance !
Ce qui est ferme est par le temps destruit,
Et ce qui fuit, au temps fait resistance.
IV
Celle qui de son chef les étoiles passoit,
Et d’un pied sur Thetis, l’autre dessous l’Aurore,
D’une main sur le Scythe, et l’autre sur le More,
De la terre et du ciel la rondeur compassoit :
Juppiter ayant peur, si plus elle croissoit,
Que l’orgueil des Geans se relevast encore,
L’accabla sous ces monts, ces sept monts qui sont ore
Tombeaux de la grandeur qui le ciel menassoit.
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Portrait de Joachim du Bellay Joachim du Bellay Œuvres complètes de Joachim Du Bellay…

Ô marastre Nature (et marastre es-tu bien,
De ne m’avoir plus sage ou plus heureux fait naistre) ,
Pourquoy ne m’as-tu fait de moy-mesme le maistre,
Pour suivre ma raison, et vivre du tout mien ?
Je voy les deux chemins, et ce mal, et de bien :
Je sçay que la vertu m’appelle à la main dextre,
Et toutefois il faut que je tourne à senestre,
Pour suivre un traistre espoir, qui m’a fait du tout sien.
Et quel profit en ai-je ? ô belle récompense !
Je me suis consumé d’une vaine despense,
Et n’ay fait autre acquest que de mal et d’ennuy.
L’estranger recueillit le fruict de mon service,
Je travaille mon corps d’un indigne exercice,
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