Albert Samain

Albert Samain

Résumé

Portrait de Albert Samain Albert Samain Revue des Deux Mondes

Pieds nus, manteaux flottans dans la brise, à l’aurore,
Tels, un jour, sont partis les enfans ingénus.
Le cœur vierge, les mains pures, l’âme sonore...
Oh ! comme il faisait soir, quand ils sont revenus !
Pareils aux émigrans dévorés par les fièvres,
Ils vont, l’haleine courte et le geste incertain.
Sombres, l’envie au foie et l’ironie aux lèvres ;
Et leur sourire est las comme un feu qui s’éteint.
Ils ont perdu la foi, la foi qui chante en route
Et plante au cœur du mal ses talons frémissans.
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Portrait de Albert Samain Albert Samain Revue des Deux Mondes

Et, jailli des halliers, des taillis, des clairières,
Leur fourmillement fauve emplissait l’horizon...
Ainsi longtemps, longtemps, par les forêts obscures,
Ils allèrent, l’horreur attachée à leurs flancs ;
Et la peau de la bête, à ses âcres relents,
Allumait dans leurs os le feu noir des luxures ;
Et, comme devant eux s’ouvrait un souterrain,
Là, se ruant dans l’ombre ainsi qu’à la curée,
Ils gorgèrent d’amour leur chair désespérée !
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Portrait de Albert Samain Albert Samain Revue des Deux Mondes

Et de grands yeux brillants de larmes aux flambeaux.
Anxieux, j’écoutai : la voix ardente et sombre
S’en allait si blessée, et si triste dans l’ombre,
Oh ! si divinement triste, que l’on eût dit
Une larme sur le visage de la Nuit !...
Jamais rien n’atteindra, pour émouvoir notre âme,
Le charme surhumain de la voix d’une femme
Qui, sur l’ivoire pâle où flotte son bras nu,
Raconte au vent nocturne un amour inconnu...
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