André Florent

Résumé

André Florent Le porche ébloui (1951)

Les femmes au matin s'en vont l'allure vive, La chemise entrouverte, une bouclette au front, Le minois éveillé que la fraîcheur avive.
Les regarder de trop serait presque un affront.
C'est comme si, mettant le nez à la fenêtre, Vous prétendiez fixer en face le soleil;
Vous en seriez puni, car on ne peut connaître Sans en être ébloui l'Aurore à son réveil.
Percevez, en passant d'un air de bon apôtre, Ce qui vous apparaît sous un voile incertain, Puis emportez chez vous ce rêve qui est vôtre. Ne regardez pas trop les femmes au matin.
Source : Gallica

André Florent Le porche ébloui (1951)

Ils n'auront pas connu le réveil ineffable Des arbres dans les champs, des oiseaux dans les airs, Du ruisseau dans le bois et du flot sur le sable, Quand jaillit du soleil une gerbe d'éclairs;
Les horizons marins frangés d'écume blanche Promis au rêve libre enclin à voyager Vers les pays dorés où, le poing sur la hanche, Les filles vont cueillir le fruit de l'oranger;
Les midis si brûlants où l'amour s'exaspère Au fond du clair-obscur des granges et des nids, Non plus que la splendeur des soirs où l'on espère Au seuil mystérieux des couchants infinis.
Source : Gallica

André Florent Le porche ébloui (1951)

Pourtant, au fil des jours, les barreaux de la cage, Longuement secoués d'un manège incessant,
Ont su calmer en eux la révolte du sang Et briser les assauts fougueux de leur courage.
Et les voici meurtris, esclaves dans les fers,
Sous le fouet cinglant, l'esprit et le cœur ivres, Tournant au son brutal d'un orchestre de cuivres, Devant le peuple lâche auquel ils sont offerts.
Mais, surviendra la mort sans douleur et sans chaîne, Où le rêve ancestral, plus vivace et plus fort,
Fera céder enfin la cruauté du sort.
La mort est au delà de l'injustice humaine.
Source : Gallica

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