Émile Verhaeren

Émile Verhaeren

Résumé

Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Forces tumultueuses

Mais peu à peu l’élan de son bras clair
Se ralentit ; elle se trouble et s’inquiète.
On la vaincra, puisqu’elle pense à sa défaite ;
Et tandis qu’une dernière fois
Son poing dresse le glaive — droit
Puis s’affaisse, les ténèbres sont survenues,
Le livide Occident décompose les nues,
Et seul s’entend encor, parmi le morne espace,
là-bas, dans le fond de la nuit, le bruit
D’armes grandes, qui tombent, lasses.
Sous les astres, et sous l’effroi
Des étoiles seules
Tournant, là-haut, comme des meules,
La guerrière doutant de soi,
L’orgueil en deuil s’en est allée.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Forces tumultueuses

Dites, est-il vrai qu’hier il existât des choses,
Et que des yeux quotidiens
Aient regardé, avant les miens,
Se pavoiser les fruits et s’exalter les roses.
Pour la première fois, je vois les vents vermeils
Briller dans la mer des branchages,
Mon âme humaine n’a point d’âge ;
Tout est jeune, tout est nouveau, sous le soleil.
J’aime mes yeux, mes bras, mes mains, ma chair, mon torse
Et mes cheveux amples et blonds
Et je voudrais, par mes poumons,
Boire l’espace entier pour en gonfler ma force.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Forces tumultueuses

Par où s’avanceront ceux qui viendront demain
Vers on ne sait quelle aube éclatante et profonde.
Homme d’autant plus grand qu’il est de vierge instinct,
Qu’il ignore l’éclair dont le destin,
Sans l’exalter d’abord, met en ses mains la foudre ;
Qu’il est l’énigme en feu que nul ne peut résoudre
Et qu’il reste planté, du front jusques aux pieds,
En plein peuple, pour s’en nourrir — ou en mourir,
Un jour, tenace et tout entier !
Et qu’importe qu’après son œuvre faite,
Il disparaisse, un soir de deuil, un soir de fête,
Honni ou exalté par ceux qu’il a servis.
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