Émile Verhaeren,
Les Rythmes souverains: Poèmes
(1917)
“ Vous resserrez la force énorme entre, vos doigts, Et le courage humain se nombre sous vos plumes, Et la peine, et l'ardeur, et la rage, et l'effroi, Et l'ahan de la forge, et les bonds de l'enclume. Vous recensez les coups de pic et de marteaux Dans les mines, dans les forêts et dans les brousses, Et les pas des porteurs ployant sous leurs fardeaux, Et le trot voyageur des caravanes rousses ; Et vos livres massifs, pleins de mornes odeurs Où s'étage l'orgueil des sommes chimériques, S'imprègnent, jour à jour, de l'immense sueur Qui perle aux quais d'Asie et coule aux docks d'Afrique. ”
