“ Amour d’autre lien ne sçauroit me reprendre. Ma flame est un sepulchre, et mon cœur une cendre, Et par la mort je suis de la mort amoureux. ELEGIE Le jour que la beauté du monde la plus belle Laissa dans le cercueil sa despouille mortelle Pour s’en-voler parfaite entre les plus parfaits, Ce jour Amour perdit ses flames et ses traits, Esteignit son flambeau, rompit toutes ses armes, Les jetta sur la tombe, et l’arrousa de larmes : Nature la pleura, le Ciel en fut fasché Et la Parque, d’avoir un si beau fil trenché. ”
Pierre de Ronsard
Résumé
"Les Amours", poésie de Pierre de Ronsard, explore avec intensité les thèmes de l'amour, de la mort et de la fragilité humaine. Ce recueil, marqué par des images métaphoriques et des expressions lyriques, dépeint une quête passionnée et douloureuse, où l'Amour apparaît à la fois comme un feu destructeur et un lien indéfectible.
Les strophes, pleines de soupirs et de mélancolie, oscillent entre l'idéalisation de l'être aimé et la peine de son éloignement, souvent associée à des motifs naturels comme le Printemps ou la cendre. L'œuvre, traversée par des réflexions sur la mortalité et l'éphémère, révèle une profondeur émotionnelle qui en fait un chef-d'œuvre de la poésie française du XVIe siècle.
Citations de Les Amours (Pierre de Ronsard)
“ Miracle nous fist naistre une belle Isabeau, Belle Isabeau de nom, mais plus belle de face, De corps belle et d’esprit, des trois Graces la grace. Le Printemps estonné, qui si belle la voit, De vergongne la fiévre en son cœur il avoit : Tout le sang luy bouillonne au plus creux de ses veines : Il fist de ses deux yeux saillir mille fonteines, Souspirs dessus souspirs comme feu luy sortoient, Ses muscles et ses nerfs en son corps luy battoient : Il devint en jaunisse, et d’une obscure nue La face se voila pour n’estre plus cognue. ”
“ Amour me tue, & si je ne veus dire Le plaisant mal que ce m’est de mourir : Tant j’ai grand peur, qu’on veuille secourir Le mal, par qui doucement je soupire Il est bien vrai, que ma langueur desire, Qu’avec le tans je me puisse guerir : Mais je ne veux ma dame requerir Pour ma santé : tant me plaist mon martire. Tai toi langueur, je sen venir le jour, Que ma maistresse, apres si long sejour, Voiant le soin, qui ronge ma pensée, Toute une nuit, folatrement m’aiant Entre ses bras, prodigue, ira paiant Les interés de ma peine avancée. ”
