Sully Prudhomme

Sully Prudhomme

Résumé

Portrait de Sully Prudhomme Sully Prudhomme Les vaines tendresses

Apprendre ton vrai sort, ô morte que j'aimais,
Arrière les savants, les docteurs, les apôtres.
Je n'interroge plus, je subis désormais.
Quand la nature en nous mit ce qu'on nomme l'âme,
Elle a contre elle-même armé son propre enfant;
L'esprit qu'elle a fait juste au nom du droit la blâme,
Le coeur qu'elle a fait haut la méprise en rêvant.
Avec elle longtemps, de toute ma pensée
Et de tout mon amour, j'ai lutté corps à corps,
Mais sur son oeuvre inique, et pour l'homme insensée,
Mon front et ma poitrine ont brisé leurs efforts.
Source : Gutenberg

Portrait de Sully Prudhomme Sully Prudhomme Les vaines tendresses

À RONSARD
Ô maître des charmeurs de l'oreille, ô Ronsard,
J'admire tes vieux vers, et comment ton génie
Aux lois d'un juste sens et d'une ample harmonie
Sait dans le jeu des mots asservir le hasard.
Mais, plus que ton beau verbe et plus que ton grand art,
J'aime ta passion d'antique poésie,
Et cette téméraire et sainte fantaisie
D'être un nouvel Orphée aux hommes nés trop tard.
Ah! depuis que les cieux, les champs, les bois, et l'onde,
N'avaient plus d'âme, un deuil assombrissait le monde,
Car le monde sans lyre est comme inhabité!
Source : Gutenberg

Portrait de Sully Prudhomme Sully Prudhomme Les vaines tendresses

Sachant que notre coeur s'emporte et se résigne,
Rebelle subjugué sitôt qu'il a battu.
Triomphez pleinement, ô femmes sans vertu,
De notre souple hommage à votre empire indigne!
Quand vous nous faites choir hors de la droite ligne,
Tombés autant que vous, nous avons plus perdu:
Que dans vos corps divins le remords veille ou dorme,
Il laisse intacte en vous la gloire de la forme,
Car, fût-elle sans âme, Aphrodite a son prix!
Vos yeux, beaux sans l'honneur, peuvent régner encore,
Mais le regard d'un homme, au souffle du mépris,
Perd toute la fierté qui l'arme et le décore.
Source : Gutenberg

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