“ L’amour de Dieu, ce devoir suprême qui seul donne un sens à tous les autres, et qui pourtant dépasse infiniment les forces de notre nature, se réalise en nous sous l’action de Dieu, et, dès cette vie, nous appelle au partage de la vie divine. Nous ne saurions toutefois nous y abandonner passivement et nous affranchir de la lutte et de l’épreuve. Comme la nature n’est qu’une image de la grâce, ainsi la grâce elle-même n’est que la figure de la gloire. La vie du chrétien est le progrès de plus en plus libre et joyeux de l’âme vers un terme que la mort seule lui permettra d’atteindre. ”
Émile Boutroux
Résumé
Émile Boutroux, dans son ouvrage Pascal, examine les tensions entre foi et raison à travers l'analyse des conceptions de Blaise Pascal, en mettant en évidence les paradoxes de la nature humaine. L'œuvre questionne la place de Dieu dans l'existence humaine, la nécessité de la grâce pour dépasser les limites de l'intelligence, et l'importance du cœur comme centre de transformation spirituelle.
Les mentions de Jésus-Christ, de Port-Royal et de Jansénius soulignent l'impact des doctrines religieuses sur la pensée de Pascal. Boutroux résume les réflexions du philosophe sur la misère et la grandeur humaine, insistant sur la dualité entre le fini et l'infini, ainsi que sur la recherche d'un sens au-delà des passions.
Citations de Pascal (Émile Boutroux)
“ Comment rester sourd à cette belle et fortifiante doctrine, suivant laquelle la volonté sérieuse de renoncer à notre moi injuste et égoïste est déjà, par une grâce mystérieuse et efficace, la force positive et vivante nécessaire pour transformer ce moi et y infuser la bonté et l’amour ! Comment n’être pas frappé de ce sens si profond de la misère et de la grandeur de l’homme ! L’homme est misérable, puisque, s’il s’abandonne à la pente de sa nature et à la loi d’inertie, s’il cesse de vouloir, de lutter, de peiner, il dégénère de plus en plus, et déchoit de sa dignité d’homme. ”
“ Mais, s’il en est ainsi, ma nature est modifiable. La même cause qui lui a donné naissance peut en changer la manière d’être. Et ainsi le moyen de faire descendre la foi de la raison dans le cœur, c’est de faire comme si l’on croyait, de prendre de l’eau bénite, d’entendre des messes, de dire des prières ; en un mot, c’est de ployer la machine. Naturellement même, ces actions provoqueront dans mon cœur la foi dont elles sont le signe. À mesure que diminueront mes passions, les vains sophismes qu’elles engendrent dans mon intelligence se dissiperont, et la lumière m’apparaîtra. ”
