“ Mais toi, tu chercheras parfois d’un œil rêveur La place où se dressait jadis ma jeune tête. Plus les souhaits ardents que leur lèvre répète T’auront fait tressaillir sous leur charme vainqueur, Plus tu verras aussi combien manque à ton cœur Celui qui rendrait seul ton extase complète. Mais son baiser viendra t’effleurer à son tour, Car l’élan qui surgit d’un filial amour Brave dans son essor l’infini de l’espace, Et ce soir, dans l’essaim des songes caressants, Tu me verras penché sur ton front face à face : — Le rêve est le divin rendez-vous des absents ! ”
Zénon Fière
Élements biographiques
Zénon Fière (1850-1921), poète français dont l’œuvre Sous l’éventail incarne une exploration profonde des thèmes de l’amour, de la souffrance et de la quête spirituelle, se distingue par une sensibilité lyrique et une maîtrise du vers qui allie mélancolie et éblouissement.
Ses textes, traversés par des images évocatrices et une réflexion sur l’humanité, dépeignent avec force les tensions entre désir et déception, espoir et désespoir. À travers des œuvres comme L’Oiseau blessé, Fière célèbre la poésie comme un refuge où les larmes et les rêves se transforment en gestes de résistance et d’unité.
Citations de Zénon Fière
“ Pour charmer nos douleurs sa voix est toujours prête ; Et sans songer au trait dont son cœur est percé, Il fait couler le baume où l’absinthe a passé. L’oiseau blessé, c’est vous, c’est moi, c’est le poète ! De nos sanglots amers sort un rhythme puissant Et chaque vers nous coûte une goutte de sang ! xxiSortilège Syrène aux traits menteurs, ton profil ravissant Emprunte la candeur des fronts les plus novices ; Tu m’as environné de tes vils artifices Et mon cœur a cédé sous ton charme puissant. En vain je voulus fuir ton coup d’œil trop perçant : — Tu l’adoucis. ”
“ Que sans amour le cœur périt. xiiiÉblouissement Le rocher bordé d’eaux où son regard de reine Pour la première fois s’adoucit à mes yeux ; Où ma joue effleura sa tresse au flot soyeux, Où j’osai de mon cœur lui confier la peine, Je voudrais l’embellir comme un royal domaine, Y bercer quelquefois mon rêve ambitieux, M’y faire de ses fleurs un bouquet précieux, Y graver nos deux noms sur l’écorce d’un chêne. Mais sa lèvre où l’amour s’était épanoui, Parut alors si belle à mon œil ébloui Que le roc s’éclipsa devant l’enchanteresse. ”
