“ Pas de vin assez pur ne croît sur nos collines Que boiraient sans frémir ses lèvres sibyllines ; Pas une fleur sans tache où pourrait se poser Sans l’acre odeur du sang son lumineux baiser, Et son aile, fuyant nos discordes sans trêves, Ose à peine la nuit se risquer dans nos rêves. Mais, évoquée un jour par ton frère Schiller, Tu la vis de si près passer dans un éclair, Que le nimbe, où sa gloire à nos yeux se dérobe, Fit tressaillir ton front au contact de sa robe, Et que ton cœur ému sous son vol de condor Se mit à résonner comme une harpe d’or. ”
Charles Beltjens
Élements biographiques
Charles Beltjens (1832-1890), poète néerlandais d'expression française, incarne une figure remarquable de la poésie romantique et parnassienne. En lien avec Baudelaire, Mallarmé et Hugo, ses œuvres abordent les thèmes de la condition humaine, de la mort et de la quête de transcendance.
Son poème le plus célèbre, Le Condor captif (1870), ainsi que Nox, Midi et Sonnets à Lamartine, dévoilent une réflexion approfondie sur l'existence, l'art et la souffrance, marquée par une langue élégante et une sensibilité lyrique.
Citations de Charles Beltjens
Charles Beltjens,
Le Condor captif
“ C’est tout ce que l’on aime un instant dans la vie, Qu’on voudrait retenir et qui nous dit adieu ! Aux palais d’Orient c’est la voix des prophètes Qui sortent du sérail, le cœur épouvanté, Criant de leur terrasse aux gardes stupéfaites : Vanité, vanité, tout n’est que vanité ! Alors, à notre tour, d’une âpre inquiétude L’assaut vient nous saisir, poignant comme un remord, Nous entendons passer dans notre solitude Une effroyable voix plus triste que la mort. Que veux-tu, que veux-tu, toi dont rien sur la terre N’assouvit les désirs aux cris impérieux ? ”
“ Aurait comme un rosier embaumé ton printemps. Sa racine, en plongeant dans la triste matière, Eût pompé le secret qui dort au cimetière ; Sa fleur eût évoqué de set larges parfums Au fond de ion cerveau les paradis défunts. L’amour seul peut dompter l’inflexible matière, Et pomper le secret qui dort au cimetière. Ayez soin du rosier, quand ses rameaux sont verts ; Car après le printemps arrivent les hivers ! Il n’est rien d’aussi doux, quand le cœur est morose, A respirer le soir que le parfum de la rose. Ayez soin du rosier, quand ses rameaux sont verts ”
“ Dieu reste ton père ; Et le tyran pâlit ; l’esclave sent le droit Protester sous ses fers ; le sceptique à l’œil froid, Tout étonné, tressaille en essuyant ses larmes, Et l’athée à son tour, lui-même pris d’alarmes, Entend d’une voix sourde, en son cœur soucieux, Gémir « le dieu tombé qui se souvient des cieux ». Ô chantre sans égal, pic au milieu des cimes, Où de plus de hauteur l’œil voit le plus d’abîmes, Ô poète, ô penseur, noble musicien Que désormais la terre appellera le sien, Voilà cette œuvre immense, en sa vaste stature, Grande, idéale et vraie ainsi que la nature ”
Charles Beltjens,
Sonnets à Lamartine
“ Les chiffonniers de l’Art, chargés d’impurs fardeaux, Dans le temple, en hurlant, brocanter leurs scandales ; Mais j’aperçois le Temps, près des tables d’airain, Qui se lève, et d’un coup de son pied souverain Va les mettre dehors, tous ces hideux Vandales ! VI. Dans la coupe terrestre, où notre soif s’abreuve, Quand le sort à flots noirs nous verse le chagrin, Quand le Juge d’en haut de son bras souverain Tord notre impur métal au creuset de l’épreuve ; Lorsque l’eau de nos yeux est la seule qui pleuve Sur notre vie aride où brûle un ciel d’airain. ”
“ De l’aube au soir, sans cesse, et du soir au matin, Et de ceux que sans trêve une tempête enlace, Et d’autres que leur crime à l’immobilité Condamne, sans jamais pouvoir changer de place, Me disant, tout en pleurs, c’est pour l’éternité Que de ces malheureux l’Enfer fait sa pâture, — Un homme vint à moi dans l’horrible Cité. Mais quoiqu’il eût de nous la forme et la stature, Je sentis à l’instant qu’un être surhumain Se cachait à mes yeux au fond de sa nature. ”
“ À travers tous mes vœux de toute chance exclus, Ce ténébreux amour qu’il a pour ses victimes, Dans les mornes troupeaux dont il fait ses élus ! Partout son œil de lynx me surveille et m’épie ; Si j’ose seulement regarder mon voisin, Cet écart passager, durement je l’expie Sous le bâton fatal du terrible argousin ! En dévorant mes pleurs, dès que je me déplace, L’amer bourreau me suit ; quand je me crois tout seul, Je sens une atmosphère étrange qui m’enlace, Et souffle sur mon front le vent froid d’un linceul ! ”
Charles Beltjens,
L’Impartial de Nice
“ L’Olympe l’exaspère, et, pour l’homme qui souffre, Magnifique brigand, il détrousse les dieux. Sur les flots de la vie, en lutte aux vents contraires, Le doux Nazaréen, comme un cygne plaintif, Suavement murmure : « Aimez-vous, soyez frères, « Si vous voulez renaître au bonheur primitif. » Sur leurs deux fronts l’Amour étend sa blanche enseigne, Foulant aux pieds le glaive et le joug détesté ; Leur trône est un gibet, et leur pourpre qui saigne, Lave de tout soupçon leur sainte majesté. Les siècles passeront, marquant de leurs outrages Les plus fières cités et leurs arcs triomphaux ”
“ La Force est au plus fort, la Justice est un leurre ; Seul, le glaive décide. À quoi bon s’indigner ? Le lion est le maître, et la brebis qui pleure N’a qu’à baisser la tête et qu’à se résigner. Pénélope sans yeux, la matière ignorante Fait et défait le monde à son obscur métier ; Crime impuni, Vertu dans les cachots souffrante, Pêle-mêle la Mort vous pile en son mortier ! Est-il de ses désirs quelqu’un qui soit le maître ? Comme l’eau qui s’en va, chacun suit son penchant, D’une cendre lui-même un Phénix doit renaître ”
Charles Beltjens,
La Revue belge
“ L’athlète est nécessaire en nos temps de lutte. À force d’aimer, il faut combattre. L’homme juste doit se doubler de l’homme fort. Il peut venir un jour et une heure où le grand cri de l’humanité : Au secours ! devra nous faire tous courir aux armes. Il nous reste à livrer la dernière guerre. De cette convulsion suprême sortira la Paix. Vous avez la vraie énergie, celle qui sait sourire. Votre poème sur les Chansons des Rues et des Bois est d’une grâce gaie et vive, et ce livre est admirablement compris par vous. ”
“ Se cramponnant aux bords du gouffre où luit le vide ; — L’amour doux et cruel, maître du cœur humain ; Ange d’Éden qu’un jour on rencontre en chemin, Nous offrant quelques fleurs du jardin de délices, Pour nos larmes d’exil entr’ouvrant leurs calices ! — Et vous, désirs trompés aux sourires amers, Plongeurs, qui n’apportez du gouffre obscur des mers, Sans la perle ou la coupe aux promesses divines, Qu’un peu de sable pris au fond de ses ravines ! — Dans un coin, à l’écart, la haine aux yeux ardents, Qui rêve la vengeance et qui grince des dents ”
“ Où fleurit loin des yeux ce qui ne meurt jamais, La coupe de tes jours maintenant serait pleine D’un vin pur ignoré par les gens de la plaine. Mon amour eût coulé dans ta coupe à l’instar De la boisson des dieux, le céleste nectar ; A cette heure si triste où le fiel de la vie Fait crisper de dégoût la lèvre inassouvie, Mon amour eût coulé dans ta coupe à l’instar De la boisson des dieux, le céleste nectar. Plus doux que le Léthé, dans son flot taciturne Il eût de tes chagrins noyé l’affreux Minturne [2] . ”
Charles Beltjens,
Le Condor captif
“ Leur amour par les airs les franchit d’un coup d’ailes. Malgré l’arrêt jaloux du sort injurieux Partout ta chère image est présente à mes yeux ; Et ces lieux ravissants chers à mes rêveries, Ces bois ont moins d’oiseaux, moins de fleurs ces prairies, Moins d’épis dans ces champs vont dorer les moissons Que mon cœur et ma tête ont pour toi de chansons ! ”
“ Avec moins de fureur, de sa gueule qui grogne, Un dogue attaque et broie, en son acharnement, La nuit, sous un gibet, un restant de charogne. Ô terreur ! — devant moi, sous le noir firmament, Dans un des trous glacés, où la funeste engeance Des traîtres odieux reçoit son châtiment, Ugolin se dressait, blême, et, sans indulgence, Dans la chair de Roger faisait grincer ses dents Dont six siècles n’avaient pu lasser la vengeance ! Les yeux hors de l’orbite et de rancune ardents, Il tenait par les crins sa proie, et, dans un râle, Il lui rongeait le crâne et mangeait le dedans. ”
“ Soyez maudits, cent fois maudits, ciel taciturne, Toi, marâtre Nature, aux cachots étouffants ; Univers, cauchemar d’un aveugle Saturne Qui dévore, aussitôt qu’ils sont nés, ses enfants ! Toi, si tu vis là-haut, Créateur de mon être, Dieu sourd-muet, chez qui vainement nous frappons, Si je ne puis te voir, te parler, te connaître, Pourquoi de mon néant m’as-tu tiré ? Réponds ! Dieu ! si ton nom n’est pas le nom d’une chimère Que le mensonge impose à l’imbécillité, Un frêle épouvantail, un fétiche éphémère Dont l’homme se délivre à sa virilité ”
“ Et d’entendre à la fois, se déroulant ensemble, Comme deux vastes mers qu’un même lit rassemble, Dans un hymne de gloire et de fraternité, Les voix de la Nature et de l’Humanité ! — Aussi, vienne un des jours, trop rares dans la vie, Où quelque ville en fête à tes chants nous convie, Tous ceux dont l’idéal, en ce siècle moqueur, Échauffe encor la tête et tait battre le cœur, Tous accourent en foule, et dédaignant le monde, Loin du théâtre obscène, où la Vénus immonde Époumone à grands cris plus d’un vil histrion, Assiègent ton festin, ô noble amphitryon ”
“ Où la Justice aux yeux formidables se dresse, Dans sa droite élevant sa balance d’airain. Elle a pesé le monde et tout ce qui l’habite : Lourd de forfaits, son poids vers l’abîme a fléchi, Et la Mort, l’arrachant de son immense orbite, Va marquer du sceau noir le sépulcre blanchi. Car rien n’a prospéré chez vous, hormis l’ivraie ”
“ Mon amour harcelé succombe à la souffrance. Mon amour eût couvert ton front comme un palmier Où gémit la colombe à côté du ramier. Dans la chaleur du jour, dans les nuits langoureuses, Où l’âme s’abandonne aux choses amoureuses, Mon amour eût couvert ton front comme un palmier Où gémit la colombe à côté du ramier. Le palmier s’est brisé sous les coups de l’orage : Tu ne pourras jamais t’asseoir sous son ombrage ! ”
Charles Beltjens,
La Revue belge
“ Les Bois comme les Rues sont pleins de la promiscuité sublime qui est la vie ; la fraternité des arbres couvre une démocratie tout comme la fraternité des toits. La nature est la grande République. Quelques républicains, à ce qu’il paraît, n’ont pas compris les Chansons des Rues et des Bois. La vieille école classique aristocratique engourdit encore sous sa routine beaucoup d’esprits, même parmi ceux qui se croient démocrates. ”
Charles Beltjens,
Le Condor captif
“ Montrant à tous qu’il sait sa romance par cœur, Fait entre deux chardons qu’à son aise il savoure, D’un hi-han trop pompeux retentir la bravoure, Le merle, adroit siffleur, à leurs couplets ratés Mêle son gai refrain disant : Vous m’embêtez ! Et l’écho dans sa grotte, où tout ce bruit l’éveille, En éclatant de rire, y répond : À merveille ! Pourtant si le combat, s’animant un peu trop, Sort des bornes de l’art, l’illustre maestro, Élevant son bâton, — je veux dire sa flûte, Ramène tout au calme et fait cesser la lutte. ”
Charles Beltjens,
L’Impartial de Nice
“ Qu’un siècle divinise et qu’un autre mutile, Arrière ! ― Et toi, Science, à qui je fus hostile, Grâce aux propos mielleux de poètes menteurs, Désormais reçois-moi parmi tes serviteurs ! Vaste Chimie aux bras puissants, Physique austère, Venez me révéler les secrets dont la terre À nos yeux, dans ses flancs, dérobe le mystère. Apprendre pour jouir, profiter aujourd’hui Et marcher dans la voie où l’instinct nous conduit, Hors de là, rien n’est vrai ; dans la nature entière, Tout naît, tout vit, tout meurt ”
“ De la cime des cieux jusqu’au fond de l’enfer. Comme à la pesanteur que nul astre n’évite, Chaque atome obéit inéluctablement ; Autour de ce soleil chaque homme aussi gravite. À travers des chemins qu’il s’est faits librement. Nul ne peut éluder son algèbre impeccable, Où la moindre pensée, et la moindre action, Comme un chiffre à son rang, méritante ou coupable. Trouve sa récompense ou sa punition. Chaque homme a dans sa vie un coin plein de mystère, Comme dans un vieux livre un passage effacé, Où brusquement revit en saillant caractère Une image perçant les brouillards du passé. ”
“ Le ciel écoute, et l’hymne enflammé du silence De sa langue ineffable emplit l’immensité. Et formes et couleurs, vallon, coteau, chaumière, Fondus devant mes yeux en splendide unité, Tout l’horizon n’est plus qu’un gouffre de lumière Où luit, comme un lac d’or stagnant, l’éternité. ”
Charles Beltjens,
Vénus et Minerve
“ D’un long frisson d’amour la terre tressaillit. Quand de ses cheveux d’or aux molles avalanches Le nuage odorant, par ses bras écarté, Laissa voir le contour de ses formes plus blanches Que la neige où du jour scintille la clarté, L’Aurore, à son aspect, d’étonnement saisie, Derrière ses rideaux cacha son front charmant ”
“ Vit mon guida aux doux yeux pleins d’aube sidérale, Il laissa de ses mains tomber son meurtrier, Et le bourreau terrible, à la face âpre et dure, Fléchit les deux genoux, et se mit à prier. Et sur l’étang glacé je sentis la froidure S’attiédir, comme aux jours de printemps, quand l’oiseau S’en revient pour chanter dans la jeune verdure. ”
Charles Beltjens,
L’Impartial de Nice
“ « L’homme n’est rien qu’une pensante argile, « Un produit du hasard, dont l’unique souci « Doit être de se faire un sort plus adouci ; « Le reste : âme immortelle, existence future, « Justice, châtiment, récompense, ― imposture ! « Ô peuple ! n’en crois rien ; d’un cœur impétueux « Embrasse le réel, lui seul est fructueux ; « D’un arbre chimérique il n’est nul fruit qui tombe, « Et tout finit pour l’homme en entrant dans la tombe. » Puis après, dites-lui : « Peuple, sois vertueux ! » Dérision ! En vain le pouvoir légifère ; Quand on ne croit à rien, on est prêt à tout faire. ”
“ Du gouffre que nul mot n’articule et n’écrit ; Rendez-vous merveilleux où convergent dans l’ombre L’espace avec le temps, la forme avec le nombre, Et traduits en accords de leur mélange issus, Se pénétrant l’un l’autre en magiques tissus, Comme les flots couvrant les sables de la grève, Laissent apercevoir le réel sous le rêve ! Fleuve au large murmure, où cent peuples divers Viennent se retrouver des bouts de l’univers, Et que chaque homme ému jusqu’au fond de son être, Aussitôt qu’il l’entend, comprend sans le connaître ! ”
Charles Beltjens,
Le Condor captif
“ Le cœur de molle extase et d’oubli pénétré, La pensée éperdue en vagues rêveries, Quand j’entendis soudain un cri désespéré, Un de ces cris d’angoisse, alarme épouvantable D’un être qui succombe au bout de tous ses vœux, Dont l’accent se prolonge en écho lamentable, Et d’horreur aux passants fait dresser les cheveux. La chanson des oiseaux qui vibrait gaie et vive, Suspendue à l’instant, s’éteignit par degrés, Comme dans un banquet, où se meurt un convive, Se taisent tout-à-coup les rieurs effarés. ”
“ De tous mes vœux déçus c’est le seul qui me reste, C’est le seul qui sera par le sort écouté ; Ô Sphinx, j’ai deviné ton énigme funeste, Et je sais ton secret, triste Nécessité ! Je ne crois plus à rien qu’à vous, sombres fantômes, Fatalité, Hasard, au sceptre souverain ; C’est vous seuls qui réglez la danse des atomes Sur le rythme éternel de vos lyres d’airain. Rien n’est vrai, rien n’est faux ; sous ta roue, ô Fortune, Le lâche et le martyr sont broyés tour à tour ”
“ Immobile et sans voix, comme après une orgie, La nature s’endort, l’air stupide et brisé ; Pareil au papillon autour de la bougie, Le Zéphyr tombe et meurt dans l’éther embrasé. Seul, au rebord des champs, l’aigre cri des cigales, Sous la splendeur des cieux, que ne trouble aucun bruit, Chœur strident, de son hymne aux strophes inégales M’avertit que toujours le temps coule et s’enfuit. ”
“ Sous tes doigts caressants mon amour eût chanté. Sa voix, écho profond de la grande harmonie, Eût de ton cœur mourant conjuré l’agonie. Ainsi que la nourrice avec un doux refrain Endort le nourrisson que la douleur étreint. Sa voix, écho profond de la grande harmonie, Eût de ton cœur mourant conjuré l’agonie. Mais un jour que j’errais sur mon triste chemin, Le luth aux chants si doux est tombé de ma main ; Le char de la Fortune, en passant dans l’orage, Du sonore instrument a fracassé l’ouvrage ”
“ Vers la haute paroi qu’il eût voulu briser, Bondit comme un éclair qui déchire la nue. Assisté du Sauveur, dès qu’il vint se poser Sur l’âpre escarpement de la morne ravine, Jésus, ouvrant les bras, lui rendit son baiser. — Oh ! qui peindrait jamais cette scène divine ? Pendant que, sous les yeux du céleste Martyr, L’Apôtre se pâmait, mêlant sur sa poitrine, Aux larmes du Pardon les pleurs du Repentir, Une immense rumeur à travers tout l’abîme, De cercle en cercle, au loin se mit à retentir ”
“ Pour trouver ces accents de ta grande Neuvième, Où ton génie altier atteint son vol suprême ; Concert où l’on entend, comme le bruit des flots, Gronder, rire, chanter, se plaindre en longs sanglots, Tout ce qui peut jamais, si grand qu’on la renomme, S’agiter dans la tête et dans le cœur d’un homme — Le superbe défi de l’âpre volonté Foulant d’un pied vainqueur l’obstacle surmonté ”
Charles Beltjens,
Le Condor captif
“ Sans retour en allée au gouffre où tout descend ! C’est une mélodie, une strophe éplorée, Où du cœur amoureux chantent les doux frissons, Qu’autrefois nous disait une bouche adorée, Qui n’a plus de sourire et n’a plus de chansons. ”
“ Assouvissant mes yeux d’espace et de clarté. Le soleil, à grands traits, sous sa touche mordante, De chaque objet crûment fait saillir le contour ; L’ombre a peur et se cache à son approche ardente, Ainsi qu’une colombe à l’aspect du vautour. ”
“ Parfois, lorsque les pieds tout meurtris par la chaîne, N’en pouvant plus, tu fais une halte en marchant, Comme le moissonneur qui pour reprendre haleine, En aiguisant sa faulx s’arrête au bord du champ ; Dis-moi, devant tes yeux, ne sens-tu pas sur l’heure Comme un souffle divin de baiser sur l’affront ? De son aile céleste, éventail qui t’effleure, C’est lui qui vient sécher la sueur de ton front. Quand, reprenant alors ta tâche moins ardue, Plus légère à ton pied et moins lourde à ta main, Tu dirais qu’un parfum de joie inattendue Embaume les buissons le long de ton chemin ”
Charles Beltjens,
L’Impartial de Nice
“ Ah ! dans leur foule illustre, où s’élèvent tes yeux, Peut-être aperçois-tu quelqu’un de tes aïeux, Et son sang dans ton cœur te murmure à voix basse : Un jour auprès de lui tu dois avoir ta place ! Si c’est ton vœu, jeune homme, écoute ! ouvre à ma voix Ton cœur et ton esprit, et vois ce que je vois. ”
“ L’amour éteint peut-il rallumer son flambeau ? O femme, dans mes bras pâmée et demi-nue, Divine volupté que je n’ai pas connue ! C’est pour vous que j’hésite : au delà du tombeau L’amour éteint peut-il rallumer son flambeau ? ”
