Résumé

Charles Dunan Revue philosophique de la France et de l’étranger

Mais, si la Raison éternelle est notre raison véritable, quelle différence établirons-nous entre obéir à la Raison éternelle, et obéir à sa raison ? Et, si comme nous l’avons pensé, la Raison éternelle, autre nom de la Justice et de la Vérité, est Dieu même, en quoi l’obéissance à Dieu détruit-elle notre liberté, du moment que notre liberté consiste à obéir à notre raison qui est la Raison ? Et qu’y aura-t-il alors de plus religieux que l’effort pour réaliser en soi la liberté absolue, objet suprême de la volonté divine et souverain bien pour nous ?
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Mais c’est surtout l’autorité divine que l’homme veut abattre. Et la chose se comprend ; car l’autorité divine est le type, en même temps que le fondement, de toute autorité. Omnis potestas a Deo, comme dit saint Paul. Qu’un homme impose sa volonté ou son jugement à un autre homme, il est clair que par là il s’érige en Dieu, ou que tout au moins il se réclame d’une délégation divine ; et le pouvoir absolu des rois, s’il est autre chose que la force brutale s’imposant à la faiblesse, est vraiment un droit divin, de même que celui des prêtres.
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La puissance n’est pas un signe qui permette de distinguer le bien du mal, et les plus grands bouleversements de la nature n’attestent qu’une force brute : or ce n’est pas comme une force brute qu’il faut concevoir Dieu. Donc je puis toujours suspecter la véracité de la voix qui retentit à mes oreilles, la sincérité du signe qui prétend attester à mes yeux l’ordre divin. Pourtant il est une parole que j’entends fort distinctement, qui me commande avec une autorité si absolue et si certaine à la fois qu’il m’est impossible de douter qu’elle soit la parole de Dieu même.
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