Edouard Le Roy

Résumé

Edouard Le Roy Revue des Deux Mondes

L’art, c’est en quelque sorte la philosophie avant l’analyse, avant la critique, avant la science ; l’intuition esthétique, c’est l’intuition métaphysique naissante, bornée au rêve, n’allant pas jusqu’à l’épreuve de vérification positive. Réciproquement, la philosophie, c’est l’art qui succède à la science et qui en tient compte, l’art qui prend pour matière les résultats de l’analyse et qui se soumet aux exigences d’une critique rigoureuse ; l’intuition métaphysique, c’est l’intuition esthétique vérifiée, systématisée, lestée de discours rationnel.
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Car une réalité se constate et ne se construit point : et nous sommes ici, ou jamais, dans une de ces circonstances où la tâche du philosophe est de créer quelque nouveau concept, au lieu de s’en tenir à une combinaison d’élémens antérieurs.
L’homme est libre, dit le sens commun, dans la mesure où son action ne dépend que de soi. « Nous sommes libres, dit M. Bergson, quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l’expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’œuvre et l’artiste. »
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Mais, au moins, cette étoffe sensible, cette continuité qualitative, est-ce le donné pur dans l’ordre de la matière ? Pas encore. La perception, disions-nous, est toujours en fait compliquée de mémoire. Cela est plus vrai que nous ne l’avions vu. Ce qui est réel, ce n’est point un spectre immobile étalant devant nous l’infinité de ses nuances : ce serait plutôt un jaillissement spectral. Tout est devenir et fuite. Sur ce flux, la conscience vient de loin en loin, se poser, condensant chaque fois en une « qualité » une immense période de l’histoire intérieure des choses.
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