Résumé

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Promenade avec Gabrielle

Assise dos au chauffeur, Frauken, notre chaperon, qui allait, pauvre Frauken, droit derrière elle, et qui pensait, voulut enfin dire cette pensée :
— Quel soleil !
J’éclatai de rire. Gabrielle m’imita. Nous regardions, moqueurs, Frauken interloquée. Nous employions notre plus dévouée malice à intimider ce visage que l’âge et les malheurs les plus affreux, — un fiancé voilà trente ans brûlé vif, un père écrasé par un marteau pilon, — avaient laissé insignifiant. Puis, se détournant de Frauken, nos yeux se rencontrèrent. Des yeux éclatants, miroitants.
Source : Gutenberg

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Promenade avec Gabrielle

Frauken avait voulu s’asseoir près du chauffeur. Elle ne se tourna qu’une fois, près de l’asile, de regret que les convalescents eussent attendu notre retour pour se coucher. Gabrielle était appuyée contre mon épaule, je voyais l’ombre dans ses yeux prolonger à l’infini sa soumission. Je songeais à ce que je devais être dans son âme généreuse. Je m’enivrais de cette idée. Nous bavardions ; il fallait, dans ces moments heureux, offrir à Gabrielle le même présent qu’à Moloch lui-même : des êtres vivants.
Source : Gutenberg

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Promenade avec Gabrielle

Gabrielle me regarda, me vit rire de sa dignité, comprit, se mit à rire. C’est ainsi que reprit notre promenade heureuse.
Mais Frauken, au soleil même, découvrit qu’il était cinq heures. Il fallut regagner la voiture au plus vite, par le village. A travers un village habité par une peuplade cruelle, si l’on en croyait les écriteaux : Le chemin de fer passe sans que la barrière soit fermée. Le chien est méchant. Il y a des pièges... Mais les écriteaux mentaient : le chemin de fer siffla du plus loin qu’il nous vit, et il y avait même, suprême attention, une femme près du chauffeur.
Source : Gutenberg

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