Georges de Peyrebrune

Résumé

Georges de Peyrebrune Les Frères Colombe

Mais Manon riait. Elle riait avec sa bouche toute rose, un peu grande, où toutes ses fines dents éclatantes riaient aussi comme si elles se moquaient de maman Pion et de papa Nibal par-dessus le marché, qui rognonnait dans sa grosse moustache. Alors ils perdaient un peu la tête, les pauvres frères Colombe : un malaise indicible, plein de trouble et d’un étrange émoi, les faisait échanger un regard d’angoisse, comme s’ils voyaient déjà s’entre-bâiller la cage par où l’oiseau, le cher oiseau, s’envolerait. Et cela leur causait une douleur sourde, inavouée qui s’en allait grandissant.
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Georges de Peyrebrune Les Frères Colombe

Manon, quel bonheur !... s’écrie enfin le jeune homme courant à Manon qui défaille, et la soutenant dans ses bras.
Devant eux Annibal, très raide, cache Scipion qui est tombé assis sur une chaise.
Marcel croit rêver ; jamais il n’aurait osé espérer que Manon fût aussi délicieusement belle. Sa robe flottante où s’accrochent les violettes, son front couronné, toute cette poésie qui chante la jeunesse, le printemps et l’amour le transporte. Il dit des mots sans suite, il balbutie des admirations passionnées, il est fou, il voudrait s’agenouiller.
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Georges de Peyrebrune Les Frères Colombe

Bientôt les plats, les vases, les tasses de porcelaine aux dessins ébauchés encombrèrent la salle à manger, tous profondément respectés par le plumeau de maman Pion et admirés sans réserve par Annibal. C’était une émotion pour eux de se dire chaque soir, en chemin, revenant du bureau :
— Voyons ce qu’elle aura fait aujourd’hui !
— C’est qu’elle a du talent ! exclamait Scipion.
— Elle obtiendra certainement une récompense au Salon, ajoutait Annibal. Son dessin se perfectionne.
— C’est vrai ; elle vous a un coup de crayon ! C’est même surprenant pour une fillette !
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