Tristan Bernard,
Le voyage imprévu
(1928)
“ Laurence et Béatrice habitaient des chambres contiguës. Elles montèrent se coucher. Georges s’assit dans le hall d’hôtel où des voyageurs silencieux écoutaient un quatuor sans que rien, sur leurs visages, trahît la joie intérieure qu’ils devaient fatalement ressentir. Mais le jeune homme ne « tint » que dix minutes. Le temps, cédant sans doute aux objurgations de maints poètes, avait suspendu son vol. Les heures ne fuyaient plus. D’ailleurs les heures s’arrêtent de marcher, sitôt qu’on les regarde. Si on veut qu’elles reprennent leur course, il faut ne pas s’occuper d’elles. ”
