“ Ô Delphine, je suis à cinquante pas de toi, et je ne puis néanmoins obtenir de te voir ! J’envoie dix fois le jour pour m’assurer que vous n’avez point ordonné les préparatifs de votre départ ; je tressaille comme un enfant à chaque bruit, je fais des plus simples événements des présages ; tout me semble annoncer que je ne te verrai plus. Tu parles de ta douleur, Delphine ; ton âme douce n’a jamais éprouvé que des impressions qu’elle pouvait dominer ; mais la douleur d’un homme est âpre et violente ; la force ne peut lutter longtemps sans triompher ou périr. ”
Delphine
Définition et enjeux
Le thème de Delphine, central dans l’œuvre de Germaine de Staël, incarne une figure féminine emblématique de la sensibilité romantique. À travers des extraits de son roman Delphine (1803), on perçoit une exploration approfondie des émotions, de la spiritualité et des conflits moraux.
Les textes révèlent une Delphine idéalisée, oscillant entre la souffrance, l'idéalisation de l’amour et la quête de l’immortalité. Les auteurs, notamment Staël et ses commentateurs, soulignent sa vulnérabilité, son influence sur les autres, ainsi que les tensions entre raison et passion. Ces approches, diverses et nuancées, positionnent Delphine comme un miroir des enjeux existentiels et éthiques de son époque.
Citations sur “Delphine”
“ O Delphine! être que j'adore! ange de jeunesse et de beauté! relève-toi! ne te laisse plus abattre, comme si ma passion coupable avoit humilié l'âme sublime qui sut en triompher! Delphine! depuis que je t'ai vue prête à remonter dans le ciel, je te considère comme une divinité bienfaisante qui recevra mes voeux, mais dont je ne dois pas attendre des affections semblables aux miennes. Que se passe-t-il dans ton coeur? Tu parois indifférente à la vie, et cependant je suis là, près de toi; nous ne sommes pas séparés, nous nous voyons sans cesse, et tu veux mourir! Mon amie! ”
Madame de Staël Holstein, Delphine (1803)
“ Cherche, ma Delphine, tout ce qu’il y a de doux, de sensible dans la douleur : remplis ta vie des hommages solitaires et tendres que l’on peut rendre encore à la mémoire de l’objet que l’on regrette. — Arrête ! interrompit Delphine, que parles-tu de ma vie ? As-tu donc osé penser que je pourrais te survivre ? Oui, sans doute, mon cœur s’est toujours confié dans l’immortalité de l’âme, quand il ne s’agissait que de mon sort ; cette noble croyance suffisait à mon repos ; mais est-ce assez de cette espérance qu’un nuage couvre encore aux regards les plus vertueux des mortels ? ”
