“ Je vous le dis, ma sœur, et vous finirez par l’éprouver, madame de Vernon est une personne d’un agrément irrésistible. J’ai connu des femmes piquantes et spirituelles ; je comprenais facilement, quand elles parlaient, comment on était aimable comme elles, et si je l’avais voulu, j’aurais réussi par les mêmes moyens ; mais chaque mot de madame de Vernon est inattendu, et vous ne pouvez suivre les traces de son esprit, ni pour l’imiter ni pour le prévoir. Si elle vous aime, elle vous l’exprime avec une sorte de négligence qui porte la conviction dans votre âme. ”
Madame de Vernon
Définition et enjeux
Le thème de “Madame de Vernon” a été abordé par des auteurs tels que Auguste Arnould, Madame de Staël, Alphonse de Lamartine, Germaine de Staël-Holstein ou Jean-Marie de Vernon. Il est souvent associé à des termes comme Léonce, Delphine, Matilde, Verner ou Paris.
Citations sur “Madame de Vernon”
“ Je vous le répète, ma chère nièce, on ne peut arracher madame d’Albémar à l’empire de madame de Vernon. Je l’ai souvent remarqué en vivant dans leur société, madame de Vernon met beaucoup d’intérêt à captiver Delphine ; elle est avec elle fière, sensible, délicate ; elle rend hommage au caractère de son amie, en imitant toutes les vertus pour lui plaire. Moi, je ne puis ni ne veux me montrer autrement que la nature ne m’a faite, bonne et raisonnable, mais point du tout exaltée. Je vaux mieux réellement que madame de Vernon ; Delphine a tort de ne pas s’en apercevoir. ”
“ Après avoir reçu la lettre de Léonce, après m’être livrée, en vous écrivant, à toutes les impressions douces et cruelles qu’elle faisait naître en moi, j’allai chez madame de Vernon. Je ne vous peindrai point avec quel serrement de cœur je faisais cette même route, j’entrai dans cette même maison que je croyais hier plus à moi que la mienne : le spectacle des lieux toujours invariables, quand notre cœur est si changé, produit une impression amère et triste. ”
Germaine de Staël-Holstein,
Delphine, par Mme de Staël. Nouvelle édition…
(1869)
“ N'écoutez pas trop madame de Vernon, lui dis-je tout bas ; je me méfie beaucoup même de son amitié pour madame d'Albémar ; elle est bien fine, madame de Vernon ; elle n'est point dévote, elle n'a guère de principes sur rien, elle a beaucoup d'esprit; elle n'a point aimé son mari, et cependant elle n'a jamais eu d'amant. Défiezvous de ces caractères-là, il faut que leur activité s'exerce de quelque manière. Croyez-moi, les pauvres femmes qui, comme moi, se sont fait beaucoup de mal à elles-mêmes, ont été bien moins occupées d'en faire aux autres. ”
“ Madame de Vernon sourit doucement, je rougis, et madame de Lebensei continua : « Vous, madame, dit-elle en s’adressant à madame de Vernon, vous qui m’avez connue dans mon enfance et qui avez été l’amie de ma famille, je vous remercie d’être venue me trouver dans cette circonstance ; je remercie madame d’Albémar de vous avoir accompagnée ici : je ne cherche pas le monde, je ne veux pas lui donner le droit de troubler mon bonheur intérieur ; mais une marque de bienveillance m’est singulièrement précieuse, et je sais la sentir. » ”
“ Ma conversation avec madame de Vernon m’a bien prouvé qu’elle redoutait extrêmement, pour le repos de sa famille, que Léonce ne connût la vérité ; mais que dois-je à madame de Vernon ? mais quelle puissance sur la terre pourrait obtenir de moi que je consentisse une seconde fois à être méconnue de Léonce ? Eh ! que parlé-je de puissance ? il n’en est qu’une à craindre, c’est la voix de mon propre cœur ! Mais est-il vrai qu’elle me le demande ? Non, il faut aussi que je compte mon sort pour quelque chose, que la bonté m’inspire quelque compassion pour moi-même. ”
Germaine de Staël-Holstein,
Oeuvres complètes de Mme la baronne de Staël…
(1838)
“ Je recevrai madame de Vernon, puisqu'elle veut me voir : elle m'écrit que mon refus l'afflige ; oh ! je ne veux pas l'affliger : peut-être, en la revoyant, reprendrai-je à son charme. Je redemande un intérêt, un moment agréable, comme on invoquerait les dons les plus merveilleux de l'existence; il me semble que cesser de souffrir est impossible, et qu'il n'y a plus au monde que de la douleur. ”
“ J’ai du dégoût de moi, puisque je ne peux penser à lui ; il n’y a rien dans mon âme, rien dans mon esprit qui m’intéresse. Je ne pars pas immédiatement, parce que Thérèse reste encore quelque temps chez moi, et que madame de Vernon est malade, peut-être ruinée ; je veux la consoler et réparer ainsi mes injustes soupçons contre elle. J’ai encore en ma puissance de la fortune et des soins, je veux faire de ce qui me reste du bien à quelqu’un, et, s’il se peut, surtout à madame de Vernon. Je m’étonne que je puisse servir à quoi que ce soit dans ce monde ; mais enfin si je puis, je le dois. ”
“ Tous les sentiments qui naissent de la reconnaissance ont un caractère religieux, ils élèvent l’âme qui les éprouve. Ah ! combien je désire que madame de Vernon ait fait un bon choix ! Le charme de sa vie intérieure dépendra nécessairement de l’époux de sa fille : Mathilde elle-même ne sera jamais ni très-heureuse, ni très-malheureuse ; il ne peut en être ainsi de madame de Vernon. Espérons que Léonce, si fier, si irritable, si généralement admiré, aura cette bonté sans laquelle il faut redouter une âme forte et un esprit supérieur, bien loin de désirer de s’en rapprocher. ”
“ Quand madame de Vernon a été partie, je me suis retrouvée plus mal qu'avant son arrivée: le bien qu'elle fait au coeur n'y reste pas.Quel trouble je sens dans mon âme! mes idées, mes sentimens sont bouleversés: je ne sais pour quel but, ni dans quel espoir je dois me créer un esprit, une manière d'être nouvelle! je flotte dans la plus cruelle des incertitudes, entre ce que j'étois, et ce que je veux devenir; la douleur, la douleur est tout ce qu'il y a de fixe en moi: c'est elle qui me sert à me reconnoître. ”
“ Je puis vous écrire pendant que madame de Vernon essaye de se reposer ; on lui a expressément défendu de parler, ce qui m’oblige à m’éloigner souvent d’elle. Votre intérêt sera douloureusement captivé par le récit de la conduite qu’elle tient ; vous serez aussi, je le crois, frappée de la singulière lettre qu’elle m’a écrite ; je vous l’envoie, en vous priant de me la conserver. Oh ! que le cœur humain est inattendu dans ses développements ! ”
“ Si vous avez raison, me répondit Delphine, je n’en suis que plus à plaindre ; je l’aime, je l’ai aimée, madame de Vernon, de l’attrait du monde le plus vif et le plus tendre ; si tant de dévouement, tant d’affection n’ont point obtenu son amitié, il est donc vrai qu’il n’est rien en moi qui puisse attacher à mon sort, il est donc vrai que je ne puis être aimée. ”
“ « Non, vous n’aimez pas M. de Serbellane ; ce n’est pas pour lui que vous avez chanté, ce n’est pas lui que vous avez regardé. — Non, sans doute, m’écriai-je, j’en atteste le ciel et mon cœur ! » Madame de Vernon nous interrompit aussitôt ; je ne sus pas si elle avait entendu ce que je disais, mais j’étais résolue à lui tout avouer : je ne craignais plus rien. On rentra dans le salon : Léonce était d’une gaieté extraordinaire ; jamais je ne lui avais vu tant de liberté d’esprit ; il était impossible de ne pas reconnaître en lui la joie d’un homme échappé à une grande peine. ”
“ Quand ma coupable et malheureuse amie, madame de Vernon, trompa Léonce pour l’unir à sa fille, Mathilde l’ignorait ; elle n’y aurait point consenti : elle s’est toujours conduite avec bonne foi ; c’est une personne peu aimable, mais vertueuse. Elle n’est tourmentée ni par son imagination ni par sa sensibilité ; elle n’observe ni avec un esprit ni avec un cœur inquiets la conduite de son époux ; mais elle éprouverait une douleur mortelle si on venait l’attaquer dans les idées où elle s’est retranchée, si l’on offensait à la fois sa fierté et sa religion. ”
“ Et vous ne fermerez pas votre porte à M. de Fierville ? dis-je à madame de Vernon avec indignation. — Mon Dieu ! je vous assure, me répondit-elle, qu’il ne se doutait pas des conséquences de ce qu’il faisait. — Et n’est-ce pas assez, lui dis-je, de cette existence sans but, de cette vie sans devoirs, de ce cœur sans bonté, de cette tête sans occupation ? n’est-il pas le fléau de la société, qu’il examine sans relâche et trouble avec malignité ? — Ah ! dit madame de Vernon, il faut être indulgent pour la vieillesse et pour l’oisiveté ”
“ On jouait hier Tancrède ; madame de Vernon me proposa d’y aller : j’y consentis, parce que, de toutes les tragédies, c’est celle qui m’a fait verser le plus de larmes. Nous nous plaçâmes dans la loge de madame de Vernon, qui est en bas, sur l’orchestre. Pendant le premier acte, je remarquai à quelque distance de nous un homme enveloppé d’un manteau, la tête appuyée sur le banc de devant, couvrant son visage avec ses mains et mettant du soin à se cacher. Malgré tous ses efforts, je reconnus Léonce : il y a tant de noblesse dans sa taille, que rien ne peut la déguiser. ”
“ S’il ne se mêlait pas à votre affection pour moi des vertus maternelles, si vous ne m’inspiriez pas ces sentiments qui appartiennent à l’amour filial, et que la mort prématurée de mes parents ne m’a permis de connaître que pour vous, j’aurais quelque embarras à vous peindre la douleur que m’a causée ma rupture avec madame de Vernon ; mais votre cœur n’est point accessible même à la plus noble des jalousies. Vous avez de l’indulgence pour votre enfant ; vous lui pardonnez cette amitié vive que les premiers goûts de l’esprit et les premiers plaisirs de la société avaient fait naître ”
“ Madame de Vernon n’essaye jamais de lutter contre les volontés de sa fille si positivement exprimées ; elle a dans le caractère une sorte de douceur et même d’indolence qui lui l’ait craindre, toute espèce de discussion ; ce n’est jamais par un moyen de force, de quelque nature qu’il soit, qu’elle veut atteindre à son but. Sans répondre donc à Mathilde ; elle s’adressa à moi et me dit : « Ma chère Delphine, ce sera vous qui m’accompagnerez, n’est-ce pas ? Nous irons avec M. Barton chez Léonce. » ”
“ Il m’aimait, j’étais libre, et il est l’époux d’une autre ; ne croyez pas que jamais ma pensée puisse sortir de ce cercle cruel que les regrets tracent autour de moi. Depuis le jour où j’aurais dû mourir, j’ai vécu seule, je n’ai vu que Thérèse ; je n’ai point répondu aux lettres de madame de Vernon, je lui ai fait dire que je ne pouvais pas la voir : vous-même vous ne m’auriez pas fait du bien. ”
“ Elle fut si parfaitement aimable pendant la route, qu’elle suspendit un moment l’amertume de mes chagrins. La finesse de son esprit, la délicatesse de ses expressions, un air de douceur et de négligence, qui obtient tout sans rien demander ; ce talent de mettre son âme tellement en harmonie avec la vôtre que vous croyez sentir avec elle, en même temps qu’elle, tout ce que son esprit développe en vous ; ces avantages, qui n’appartiennent qu’à elle, ne peuvent jamais perdre entièrement leur ascendant. Il me semble impossible, quand je vois madame de Vernon, de ne pas me confier à son amitié ”
“ Madame de Vernon insista : elle s’inquiétait de la sorte de timidité dont elle est quelquefois susceptible avec une personne nouvelle ; elle craignait ces premiers mouvements dans lesquels Léonce pouvait se livrer à l’attendrissement. J’ai toujours vu madame de Vernon redouter tout ce qui oblige à des témoignages extérieurs, lors même que son sentiment est véritable. On l’accuse de fausseté, et c’est cependant une personne tout à fait incapable d’affectation. ”
“ Si madame de Vernon a des dettes, il est du devoir de sa fille de les payer. Ce mariage avec Mathilde me ruinera peut-être entièrement ; eh bien, cette idée me satisfait ; madame d’Albémar aura jeté sur moi tous les genres d’adversité ; elle ne croira pas du moins qu’en m’unissant à une autre je me sois ménagé pour le reste de ma vie aucune jouissance, ni même aucun repos ; elle ne croira pas... Mais, insensé que je suis ! s’occupe-t-elle de moi ? n’écrit-elle pas à M. de Serbellane ? ”
“ Madame de Vernon nous rejoignit alors et fut témoin de l’expression de ma reconnaissance. Madame de Lebensei nous pria toutes les deux de rester chez elle quelques jours ; je m’y refusai pour cette fois, n’en ayant pas prévenu Thérèse ; mais nous promîmes de revenir : je désirais revoir madame de Lebensei, et j’aurais craint de la blesser en le refusant ; on a de la susceptibilité dans sa situation, et cette susceptibilité, les âmes sensibles doivent la ménager, car elle donne aux plus petites choses une grande influence sur le bonheur. ”
“ Eh bien, me dit madame de Vernon en me tendant la main quand nous fûmes seules, un mot de vous sur ma lettre, j’en ai besoin. — Sophie, lui répondis-je, je demande au ciel de vous rendre la vie, et je suis sûre de ramener votre cœur à tous les sentiments pour lesquels il était fait. — Ah ! la vie, me dit-elle, il ne s’agit plus de cela ; mais si votre amitié me reste, je me croirai moins coupable et je mourrai tranquille. — Ah ! sans doute, repris-je, elle vous est rendue cette amitié si tendre ”
“ Madame de Vernon vous parait plus digne de votre amitié ; elle sait mieux vous tenir le langage qui vous séduit ; moi, je reste toujours ce que je suis : je n’ai pas assez d’imagination pour feindre, je le voudrais en vain ; je ne suis plus jeune, mon esprit n’est plus flexible, il ne peut aller que dans sa ligne ; mais je sais que mes avertissements vous sont nécessaires, et c’est cette conviction qui me fait solliciter votre confiance. On vous l’aura dit, je crois ; d’ordinaire, je ne me mets pas en avant : je suis sur la défensive avec la société, et c’est ainsi qu’il faut être. ”
“ J’ai été leur rendre visite deux ou trois fois, et les ai vus souvent chez madame de Vernon ; il n’y a rien de si singulier que la conduite de Léonce, il semble qu’il veuille être, comme le disait le duc de B., le moins marié qu’il est possible ; il évite avec un soin extraordinaire les sociétés, les occupations communes avec sa femme. Mathilde, charmée de sa douceur, de sa politesse, de la liberté qu’il lui laisse, ne remarque pas l’indifférence qu’il a pour elle, et la crainte qu’il éprouve de resserrer ses liens, en se servant du pouvoir qu’ils lui donnent. ”
“ LETTRE X. — RÉPONSE DE LÉONCE À MADAME DE VERNON. Je n’ai rien à dire à madame d’Albémar, madame, qui pût motiver l’entretien que vous me demandez. Nous sommes et nous resterons parfaitement étrangers l’un à l’autre : l’amitié comme l’amour doivent être fondés sur l’estime, et quand je suis forcé d’y renoncer, dispensez-moi de le déclarer. ”
Germaine de Staël-Holstein,
Delphine, par Mme de Staël. Nouvelle édition…
(1869)
“ Madame de Vernon vint me demander à dîner. Une, demi-heure après son arrivée, comme j'étais appuyée sur ma. fenêtre, je vis dans mon avenue cette voiture bleue de Léonce qui m'était si bien connue; un tremblement affreux me saisit; je crus qu'il venait avec sa femme accomplir son barbare cérémonial; j'étais dans un état d'agitation inexprimable ; je regardai madame de Vernon, et ma pâleur l'effraya tellement, qu'elle avança rapidement vers moi pour me soutenir. Elle aperçut alors cette voiture que je regardais fixement, sans pouvoir en détourner les yeux. ”
“ Nous irons ! ce mot ne me convient plus ; mais j’ose encore m’en flatter, s’écria madame de Vernon en joignant les mains avec ardeur, le ciel réparera le mal que j’ai fait, et vous donnera de nouveaux moyens de bonheur. Votre belle-sœur doit me haïr ; adoucissez ce sentiment, afin qu’elle puisse, sans amertume, vous entendre quelquefois parler avec bonté de votre coupable amie. ”
“ Tout est révélé, tout est éclairci : madame de Vernon ! vous-même, vous n’auriez jamais pensé qu’elle pût en être capable ! elle a profité de tous les prétextes que lui fournissait ma confiance pour induire Léonce à croire que j’aimais M. de Serbellane, que je l’avais reçu chez moi pendant vingt-quatre heures, et que je partais pour l’épouser. Juste ciel ! vous croyez que c’est à moi que je pense, et que je goûterai quelque joie en apprenant que Léonce m’aime encore ! Non, je ne sens qu’une douleur, je n’ai qu’une idée : c’est l’amitié trahie, l’amitié la plus tendre, la plus fidèle. ”
