“ Considérez madame de Ternan, c’est la ressemblance de Léonce que je vois, c’est elle qui marche devant moi, puis-je me tromper en la suivant ? N’y a-t-il pas quelque chose de surnaturel dans cette ombre de lui qui me conduit à l’autel ? Ô mon Dieu ! continua-t-elle à voix basse, ce n’est pas à vous que je me sacrifie, ce n’est pas vous qui exigez l’engagement insensé que je vais prendre ; c’est l’amour qui m’entraîne, c’est l’injustice des hommes qui m’y condamne ; pardonnez si l’on me force à prononcer votre nom ; je ne cherche ici qu’un asile, c’est dans mon cœur qu’est votre culte. ”
Madame de Staël
Élements biographiques
Madame de Staël, née Anne-Louise-Germaine Necker en 1766, constitue une figure centrale de la littérature et de la pensée française du XIXᵉ siècle. Elle incarne la tension entre individualisme et contraintes sociales. À travers ses romans Delphine (1802) et Corinne ou l’Italie (1807), elle dénonce les restrictions subies par les femmes tout en explorant l’émotion et l’art comme refuge spirituel.
Son essai De l’Allemagne (1810-1813) introduit le romantisme en France, en popularisant les auteurs allemands. Son œuvre, marquée par une réflexion sur la liberté et la passion, demeure un pilier de l’idéalisme européen.
Citations de Madame de Staël
Madame de Staël,
Œuvres inédites
“ CLÉONE. C’est là que Sapho la cherche. PHAON. C’est là que je la trouverai. CLÉONE. Ô ciel ! éloignez-vous ; Sapho s’avance, appuyée sur ma mère. Dans quel état vous avez réduit une des merveilles du monde ! ah ! je ne puis la contempler sans vous haïr. PHAON. Vous me haïssez, Cléone ! CLÉONE. Je le dois. — Le temple de Vénus s’ouvre. Adieu. PHAON. C’est toi-même que tu vas adorer, sous les traits de la déesse. CLÉONE. Toutes les femmes de la Grèce ont reçu de Vénus quelques dons : Apollon n’en a préféré qu’une seule. Adieu, Phaon. Sapho s’approche ; dérobez-vous à ses regards. Ah ciel ! ”
Madame de Staël,
De l'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations
“ Désirer une révolution, c'est dévouer à la mort l'innocent et le coupable; c'est, peut-être, condamner l'objet qui nous est le plus cher! et jamais on n'obtient soi-même le but qu'à ce prix affreux on s'était proposé. Nul homme, dans ce mouvement terrible, n'achève ce qu'il a commencé; nul homme ne peut se flatter de diriger une impulsion dont la nature des choses s'empare; et cet Anglais qui voulut descendre dans sa barque la chute du Rhin à Schaffouse, était moins insensé que l'ambitieux qui croirait pouvoir se conduire avec succès à travers une révolution tout entière. ”
