“Ie ne fay pas quel mefnage on tient en enfer, mais ie ne peux penfer,que lé Diable n'en foit forty, pour venir forgervnautre enfer en ce monde, àfin qu'il y euft vn enfer,& pour les vifz & pour les mortz.”
“Par ces parolles de Platon, nous pouons iuger quelle douceur & felicité peut eftre au Mwrchans. train de marchandife, & en la vie des marchans, qui font auiourdhuy eftimez prefques plus que totis les autres eftatz du monde, & font tenuz pour les plus heureux,à caufe de leurs grandes ri chefles.”
“Carilyades nations, qui ont moins d'intelligence dulangage des au ' tres,que nous n'en auons des voix des beftes,ou elles <|es noftres. Chap. as. f o. Ce que tu dis eft vray.-mais il y a d'autres differences,que tu ne touche pas. Car quelque diueriîté de langage.qu'il y ait entre Ies les hommes. Touteiïois, ilz onttous cecy de commun entre eux,qu'ilz ont leur voix & leur parolle diftinde, & ônt tous vne mefme voix, & ont plus de motz,pour iîgnifîer Ieurs penfées: & peuuent apprendre la langue l'vn de l'autre : lef quelles chofes ne font pas aux beftes.hie.”
“Èt iî elle n eft que fäcrifice commemoratif d'iceluy, elle n eft pas facrifice pro pitiàtoire 5 mais Euchariftique, ceft à dire,d'aâio des gracesôcde louangès.Mâis auant qu'elle puifle encore eftrè vn tel facrifice, il faut prdïueremeiit qu'elle foit vraye Cene du Séigneur : ce qu elle n'eft point> ≠ peút eftre, eftant telle quelle eft à ptefent, ains tout au contraire : comiïie on en pourra iu ger 3 tant par ce que Геп aydeiîa dit pair cy deuant, que par ce que i'en diráy éncôre par cy apres. Et parainiî èllene fera facrifice plai fant à Dieu y ne d'vne façonne d'autre.”
“Mais penfe tu que ces alliances, & ces mariages qu'ilz font les vns aiiec les autres, ne foyent pas . caufe de les entretenir en paix?& qu'ilz ne foy ent pas les clous & les feaux, pour la tenir plus ferme.”
“A fin que tu ne te trompes, ie te veux aduertir pour le premier,que ie ne veux point approu* иег,пе l'opinion de Platon, ne des philofophes platoniques,ne celle de Pythagoras, & des Py thagoriques, touchant la tranfrormation desar mes.ne celle des forciers & magiciens fembla blement,touchant la tranfformation, des corps, ou les fidions poetiques inuentées à plaiiir.”
“Car de quoy vit le Pape,ce л ' — grand voutour, & tous les autres 'qûi font enla court Romaine,& en l'eglife Papale.que des cha rongnes mortes?Et que deíirentilz autre chofe, que la mort desRoys, des Princes& de tout le peuple Chreftien?Car ilz viuent de la mort,non pas de celle de i e s v s c h ríst, delaquel le ilz n'ont cure, mais de celle des hommès, & principalement des riches.”
“Car nul ne nous peut nui re,que noufmefmes. Parquoy,quand toutes ces beftes nous auroyent froilTez & brîfez foubz leurs dentz,autant menu come chair de paftez, & qu'ilz nous auroyent mangez,deuorez & en gloutiz'en leurs ventres, ii ne nous peuuent elles touteffoys nuire, puis qu'elles ne peuuent man ger & deuorer I'ame. Parquoy il ne Ies faut point craindre.Car nous ne Jaiflerons point pour elles de viure en paix & en repos auec Dieu, en noz cueurs & confciences : & auec noz freres, quelque guerre qu'ellesnous facent.”
“Car il vaut trop miqux,que le medecin entretienne le corpsenfante, &qu'il le garde de,choir..en maladie,ou qu'il y mette remede , auant que la maladie y ait prins racine,que d'attendre,que le patient n'en puiffe plus,& que la maladie foit de uenue incurable & mortelle , & la playe telle ment enchanrée, qu'il faille du tout coupper le membre,& que 1'homme periiTe du tout.”
“Dieu ne nous declaire-il pas aflez par tant de maux qui de tous coftez nous preflent (en forte que nous ne fauons plus la ou nous en fommes) qu'il ne peut plus en durer noftre ingratitude & perueriité, & les ou-. tragés que nous faifons à fon Eglife?& que nous fommes indignes de voir le Soleil,& de partici per des elemens & des creatures qu'il a creées à noftre vfage, & d'auoir nul repoz n'au ciel n'en ' ig3 LE S E C O N D la terre?Car combien eny a-il entre les Chrefti ens.qui Ге puiffent excufer, qu'ilz ne foyent coul pables de telz crimes,quelques iuftes qu'ilz íem- i ! blent eftre?”
“Quant aux meurs & à la maniere de vî ure, i'en ay bien peu trouué de ces bons anciens, qui euflent retenu celle fimplicité,innocehce, & preudhõínmie de l'eage d'or & d'argent. Ien'y ' ay 1 D I A L O GVE.61 ay veu que fer & ærain. Maís au cótraire, quand i'ay regardé à leur train, à la vie qu'ilz menent, àleurs pompes, voluptez & Helices, ie n'y ay rien veu de l'eage de fer,ou d'ærain.”
“N'eft-ce pas grand horreur,que l'homme, qui n'eÆ qu'vn ver de terre , qui à peine fe peut trainer,qui,hors mife I'efperance de la vie eter nelle,eft le plus miferable de toutes creatures,o fe,Iuy tjöut feul,repugner à tout ordre de nature, & à fon office,auquel toutes autres crèatures de meurent?”
“Ie ne doubtepoint que cefte raifon ne foit l'vne des caufes principa les pourquoy Dieu l'a formé tel : c'eil aflauoir,à fín qu'il Rift contrainâ: de faire de neceflïté ver tu:& qu'il honbraft charité maugré qu'il en euft, o veu que tous lesiours il en a afFaire,≠ fen peut pafler, T H. Pour cefte mefme caufe luy a-il formc les membre§,qui ne font aptes ny propres qu'à labeurs, & pour donner aide &fecours, & entretenir paix, artiitié & concorde : tellement qu'il n'y a rien moins apte à guerre,ny pour nui re à l'homme.”
“Ce n'eft que ppur tenir les hommes en ebatement, & par ce moyen tirer argent des hommes, & gagner leur vie plus à leur aife. Or quel plaiiîr pourroit aue nir aux hommes plusgrand, que de voir leurs en fans:bien inftruidz?Y a-il iinge plus plaifant ?A uec qiii pourroyent-ilz auoir plus d'ebatement? Et quel bafteleur peut plus tirer de profít des be ftes qu'il a enfeignées,que le pere de fpn enfant? ou le mary de fa femme, ou le frere du frere, & le prochain du prochain, iîlz pouoyent bien apprendre d'eux,que les beftes des bafteleurs?”
“Les cheuaux & muletz font afíez diffîciles, mais l'homme a trouué la facon de les manier, & de les faire feruir à foy,& en peu de temps.Les tau reaux font fortz.puifíans & robuiles,mais l'hom me Ieurapprend àvenirfoubz le ioug,& à tirer la charrue. Lcs elephans font encore plus terri bles.-mais l'homme leur fait porter la charge que il veut.Les loupz & ours font fort cruelz, mais l'homme lesrend tradables.”
“Car il eft trop plus debile & miferable, comme i •nous le voyons par experience.Car vnvers,pour petit qu'il íbit,commence à ramper & fe trainer ;íurlaterre,mais l'homme ne fepeut bouger, ne .donner aide ne confort.il ne fait faire autre,que i eílarger les bras & les iambes : crier & plourer i & ne fait on entendre par fon langage, qu'il de inãde ne qu'il veut.Incòntinent qu'vn petitpouf £n eft hors de 1'ceuf, il fe trouiie tout net,& n'a point befoing de Iauer,comme 1'hõme, il court loubdain apres fa mere.il 1'ented quand elle 1'ap : -pelle,& femetàpiquer,&à manger ce qu'elle”
“Mais ie ne fay quel plaifir peut eftre en telle maniere de viure . Car ii nous eftimons les poures artifans miferables, pourtant qu'il leur faut gagner leur vie en fî grand peine & trauail: pourquoy deuons nous plus prifer lesmarchans qui n'ont repos ne iour ne nuióbqui font en mil le dangers à toutes heures, par mer & par terre? & qui font banniz la plufpart du'temps de leurs villes &pays,&priuez delaprefence &de Ia douceur qu'ilz deuiTent receuoir de burs fem mes &enfens ?”
“Que pouuons nous auíTi efpererdetelles puantes charongnes, que telle generation? Quelles peuuent eftre, netoutes ieursparolles.ne toutesleursceuures, qu'vn vo mifíement de telles beftes? Carainfí que Iaver mine ne fert d'autre chofe à 1'homme & aux be íles,que de les fafcher &tormenter, & de cor- rompre & gafter toutes leurs ceuures,& manger &confommertouslesfruiäz de Ia terre,Ief quelzDieu a crée pour nous nourrir:auffî tout ce que telz perfonnages difent & font, ne fert que à la ruyne du genre humain.Car ilz ne font cho : fe digne de íhome, tel qu'il a efté crée de Dieu”
“Celuy n'eftoit paseftimé funofa cup^ homme de bien, qui n'eftoit garny d'or&d'ar gent, & qui n'habitoit en despalais fomptueux, Romuius braues & magnifiques. Au lieu que le premier T.Líuí.dêc. RoydeRome auoit efté vn pafteur, & qu'il fe I.H.I. contentoit d'vne petite cabane , l'orgueil descî toy ens d'icelle eft tellement creu,que la ville ne eftoit pas affez grande ne large , pour leur habi ' tation, & n'y auoit pas aflez d'or ne d'argent en tout le monde,pour remplir leur infatiable aua CJn vrice.”
“Si nousnous battons comme chiens & chatz,& mordons 1'vn 1'autre.Car nous auós eftez nourrys en toute bar barie.fans humanité:& n'auos pas efté inílruidz en la crainte de Dieu,n'en fa parolle , pAourap Impatícncc. pren^re patience, & de nous fupporter lesvns les autres. Parquoy nous fommes tant impati entz,que nous ne pouons feulement porter vne parolle Γνη de I'autre:mais nõus enfellonons & enuenimons les vns contre les autres : & nous picquons & irritons,deíirans plus la ruyne que le íalutr l'vn de 1'autre.”
“Qui vou droit raconter par le menu tous les autres artz & meftîers qui font en la vie humaine, & les in conueniens, qui comme compagnöns infepara bles les eníuyuent : le iour ne nous fuffîroit pas. Parquoy paflons tous Ies autres,&venons à ceux qui ont en charge l'admîniftration de la republî que. Car ceux cy font appellez aux ofHcés, lef· quelz nous auons en plus grand pris &en plus grande reuerence : mais quel eftat y a-il toutef fois.qui foit efmeu & tormenté de plus grans en nuiz,fafcheries & angoiffes., comme de tempe ftes?”
“Voi la I'ordre qu'il nous faut fuyure. то. Que appelles tu donc l'image de Dieu ? т н. La boté, la fageiTe & iuftice de Dieu, laquelle Dieu auoit premierement communique'e à l'homme. T o B. Selon cefte diffinition i 1 fen trouuera cjuifont vra donc peu qui foyenthommes. т нe. Il neycmenthom fen trouuera point que les vrais Chreftiens,& Ies vrais feruiteurs de Dieu. т o. Selon ta diffi nition donc, il n'a point efté de vrais hommes, que les Patriarches &Ies Prophetes, les Apo ftres & difciplesdeiEsvschrisт,&сеих qui à I'exéple d'eux,ont mis leur fiance en Dieu, &ontvefcuenIacrainted'iceIuy.”
“Parquoy Dieu a euidemment de móftré qu'il n'auoit pas creé l'homme pour eftre loup à l'homme, ou à fin que les vnsdefchira£ fent les autres, & qu'ilz fe deuoraflent comme beftes : mais à fín que l'homme forme à l'image L'hômc nay de Dieu, fuft comme vn autrç Dieu à rhomme:àpalx* & qu'à l'exemple de luy,il trauaillaft à fon bien, & à la coferuation du genre humain,& qu'il laïf lz”
“I luy qui parle èn telle maniére ; n'ous conghôi ! ílròns que cefte querelle & complainde qu'il faict dè la fragilité huhiainé, n'eft autre chofe, : qu'vne murmuration contrè Dieu, íaquelle pro : cedèd'ihfídelité,&defaute de le congnbiftrè: comme bien áppèrt par fes parolles. Car foubz I le riom de nature,il fe plainâ deDieu,comme iil auöit faiâ grand tort à I'homhiè.Et pôùrtant dit I il,àùànt qu'entrer au propos que tu as recité,par í Iant dè riiómme:qu'oh ne fauroit bien iuger ,û I naturè luy 'à point efté plus crùelle máráíl.rê”
“P - ф*°У nousoilt voulu monftrer quellee ftoit la nature & les meurs des baftardz, & filz: de putains . Car ilz fuyuent volontiers la nature . desperes&meres,quilesont engendrez, pour ; tefmoigner qu'ilz font du fruid de fornication ; & d'adultere.' Et d'autre part.pourçe qu'ilz ne : font point naiz en Ioyal mariage, felon J'ordre de Dieu.on n'en tient point iî grand conte, que ' des autres.Parquoy auec la peruerfité de nature, DE L A MBTAMOR; f#5 quî eíl defia en eux, il y a encore ce mal k qu'on' ne met pas grand peine apres eux, pour lès enfei gner & les inftruire à vertu.”
“Car il n'y a perfonne quii ne iuye le labeur. Et çeux qui ne peuuent tenir train de gentilhomme, fefForcent de paruenir,, pour le moins,à quelque degré prochain. Tous deuiennent maintenant,par de ca,publicains,fer miers,receueurs ou admodiateurs,ou commiffai res:& n'y a prefque plus nul qui n'àit vergoigne d'exercer le meftier & l'art duquel fon pere l'a nourry & a entretenu fa famille. C'eft vne gen tileíTe toute nouuelle. Au lieu que les publicains & fermiers eftoyent enexecration au peuple de lfrael,maintenant c'ëft vn meftier qui eft prefe ré à tous les autres.”
“Car la nature d'vn peupïe eft d'eftre peupic. îngrat,fafcheux,difFicile à feruir,cruel, enuieux, ignorant,& fans experience,attendu qii'il eit cô pofc de tant de membres vilz & abieâz, & que BeluaипНо e'eft vne befte à tant de teftes. Parquoy,celuy rum capitum. ne peut eftre que trop miferable, qui a affaire à luy:& d'autant plus,que plus il a de charge. Car en quel eftat ont plusfouffert tous les plus preux, nobles,vaillans &vertueux hommes,qu'ence ftuy? Quia'perfecuté,banny &chafle, &finale ment mis à mort les Prophetes,les bonsjpafteurs flcurs.”
“Mais Ies cheuaux bbncz qui y peuuent eftre, ne font blancz,que à comparaifon des autres, qui font plus felons.ainfi qne la tyrannie des Baby loniens a efté clemence,à eomparaifon de celle des tyransqui ont regné apres eux. Ia foit donc que ces cheuaux blancz ne ib.yent pas tant hy deux,ne dangereux & cruelz que les autres, tou teffoys fi ont ilz encore des arcz, pour naurer à la mort,le peuple de Dieu.Mais il y a beaucoup plus de cheuaux roux, qui font de Ia couleur du dragô,pource qu'ilz font tòus fanglatz,du fang 'des martyrs & des innocens.Ce font cheuaux de guer !”
“S'il y en a au cune qui ait efté laflee , ou qui fe foit d'auenture fouruoyée, tellement qu'elle n'a pas peu fuyure la bende, elle Ie pourfuit à l'odeur. En quelque lieu qu'il mette fon iiege, elles mettent toutes leur oft & leurs tentes. Quand Ieur roy & leur capitaine eft prins, toute la bende eil detenue: quand il eíl perdu,elle eft debiíFée,& fen vont à d'autres.Car elles ne peuuent eftre fans roy. Et iî quelcun luy faitdefplaifîr.il n'efchappera pas îeuraiguilIon.Pourtant peignoyent lesEgypti ens des abeilles,quand ilz vouloy ent íígnifíer vn peuple obeiflant à fon Prince: comme dit Orus.”
“Puis donc qu'il efl: du tout inutile à tous les vfages de la vie humaine,& qu'il ne fert 3 rien,qu'à la panfe,il eil bien aduis que Dieu ne luy ait baillé I'ame qu'il a, que pour contregar der de corruption le corps & la chair d'iceluy, •iufquesàccqu'onI'euft tué,pourIe manger. Et pourtant elle luy fert durant fa vie, ainíi que le fel apres fa mort.”
“Prenons auíTi Iè meilleur efprit du monde,&Ie plus Iaborieux,& qu'on leface moyne.il degenerera tellementdé fa nature,qu'il ne fera rié plus inutil.S'il y a quel que bié en luy il fera couerty en mal.S'il y a du mal il croiftra & augmentera.il ne tiendra riert de la formis,íínon que ainíí que les formis font larronnelTes,≠ ceiîent iamais de defrober les labéurs d'autruy^pourlesporrer enleurgreniers, auífi.font ceux cy.”
“Voila vne trefcruelle befte.En quel pays eft elle ? ц ιτ.. Egypte en eil tout plein, àcaufe qu'il abonde fort en eaue. Mais ie-te demande,filz font tous en Egypte? II ne te faut pas demander ou telles beftes habitent.Car ily en a plus entre nous^que d'hommes. Il y a auffi vn poiiTon merueilleufe ment petit, qui fappelle en grec Echeneis, & en ш latinRemora: c'eii à dire, retardement,pource qu'il eft de telle nature, que.comme tefmoignfjt ceux qui en ont efcrit, ilarreilera fermevne na uiré,pour groiTe qu'elle foit, & quelque ventöu tempeíle qui foít fur la mer.”