André Suarès,
Sur la mort de mon frère
(1904)
“ Le Samaritain. — C’est lui, c’est ton frère, que j’aime en toi. Viens dans ma maison, Jean de Noz : Il t’y attend. Lui-même t’en prie. Le Mourant. — Lui ? Ha, que dis-tu ? Le Samaritain. — Je sais l’âme des frères. Comme une moitié du cœur, se mettant à haïr, ferait du mal à l’autre, entre tous les hommes, les frères ennemis se haïssent le plus. Et les frères qui s’aiment, s’aiment le plus. Cette tendresse n’a point d’égale. Elle est l’amour que la vie se porte à elle-même, sans borne et sans calcul : elle ne se prouve point ; elle ne se connaît même pas. Ainsi, l’œil aime l’œil ”
