Eugène Mordret, L'An mil, par M. Eugène Mordret (1854)
“ Libre, mon Dieu ! moi libre !. Ah ! plutôt, noble comte, Redoublez, s'il se peut, mon servage et ma honte; Rivez-moi pour jamais au joug de la douleur, Mais faites que je vive, ô mon noble seigneur ! Je n'ai jamais connu que souffrance et misère : Je fus vendu tout jeune au comte votre père, Et depuis ce temps-là, sur la glèbe d'Anjou J'ai langui, pauvre serf, le collier sur le cou; Je vivais sous vos pieds comme un chien à la chaîne; Je me cassais les reins à labourer la plaine, Et, voyez-vous, Messire, à la chaleur du jour, Le sillon était dur et le soc était lourd ”
