Résumé

Jean Arbousset Le livre de "Quinze grammes", caporal (1917)

Dans la boue et dans le sang, sur la terre grise, un vieux cheval agonise et lance à chaque passant l'appel désespéré d'un regard impuissant, dans la boue et dans le sang sur la terre grise.
II se raidit, mais aussi par instants frissonne.
Comme des feuilles d'automne
au vol triste et imprécis, il pleut des souvenirs sur son cœur endurci.
Il se raidit, mais aussi par instants frissonne.
— C'est le pays, l'ancien temps et c'est la lumière, les rêves sur la litière
chaude, et le hennissement, tout de joie et d'amour, des lointaines juments.
Source : Gallica

Jean Arbousset Le livre de "Quinze grammes", caporal (1917)

La terre est brune et dans le soir pâle, la lune fait peine à voir.
La lune éclaire, au loin perdus, des trous d'obus emplis d'eau claire.
Au fond d'un trou, une chaussure bâille et murmure avec dégoût.
De la chaussure, frêle et troublant, sort un os blanc aux lignes pures.
Il a dansé le menuet au temps jadis, Ninon la brune, le menuet
d'amour, aux heures où la lune diminuait l'ombre des peupliers fluets aux roses de nuit opportune.
Source : Gallica

Jean Arbousset Le livre de "Quinze grammes", caporal (1917)

De loin en loin, un arbre, innocente victime, tend ses pauvres moignons noirs et déchiquetés vers son vrai dieu, dieu de clémence et de bonté, comme pour implorer la fin de tous ces crimes.
Tel un falot douteux au matin se consume, la lune va mourir au bout du parapet, jaune, — et lugubre avec son visage coupé qu'elle traîne à travers le ciel, sans amertume.
Source : Gallica

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