Anatole France

Anatole France

Résumé

Portrait de Anatole France Anatole France Thaïs

L’ombre d’une ombre suffit à un amoureux doué d’une si vive imagination.
Paphnuce pleura dans la nuit ; et, quand vint l’aulne, il exhala une prière plus douce qu’une plainte :
Jésus, mon Jésus, pourquoi m’abandonnes-tu ? Tu vois le danger où je suis. Viens me secourir, doux sauveur. Puisque ton père ne m’aime plus, puisqu’il ne m’écoute pas, songe que je n’ai que toi. De lui à moi, rien n’est possible ; je ne puis le comprendre et il ne peut me plaindre. Mais toi, tu es né d’une femme, et c’est pourquoi j’espère en toi. Souviens-toi que tu as été homme.
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Portrait de Anatole France Anatole France Thaïs

Crois-moi : sois libre. C’est par là qu’on est homme.
— Comment peut-on être libre, Eucrite, quand on a un corps ?
— Tu le verras tout à l’heure, mon fils. Tout à l’heure tu diras : Eucrite était libre.
Le vieillard parlait, adossé à une colonne de porphyre, le front éclairé par les premiers rayons de l’aube. Hermodore et Marcus, s’étant approchés, se tenaient devant lui à côté de Nicias, et tous quatre, indifférens aux rires et aux cris des buveurs, s’entretenaient des choses divines. Eucrite s’exprimait avec tant de sagesse que Marcus lui dit :
— Tu es digne de connaître le vrai Dieu.
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Portrait de Anatole France Anatole France Thaïs (1890)

Paphnuce, agenouillé, l’enlaça de ses bras noirs.
— Ne meurs pas, criait-il d’une voix étrange qu’il ne reconnaissait pas lui-même. Je t’aime, ne meurs pas ! Écoute, ma Thaïs. Je t’ai trompée, je n’étais qu’un fou misérable. Dieu, le ciel, tout cela n’est rien. Il n’y a de vrai que la vie de la terre et l’amour des êtres. Je t’aime ! ne meurs pas ; ce serait impossible ; tu es trop précieuse. Viens, viens avec moi. Fuyons ; je t’emporterai bien loin dans mes bras. Viens, aimons-nous. Entends-moi donc, ô ma bien-aimée, et dis : « Je vivrai, je veux vivre. » Thaïs, Thaïs, lève-toi !
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