“ Nous ne sommes pas maîtres d’avoir des habitudes ou de n’en pas avoir. Elles sont la suite de notre organisation régulière, qui nous rend sans cesse, malgré nous, les mêmes désirs, les mêmes besoins, les mêmes sensations. La nature, toujours sage et prévoyante, nous a donné, il est vrai, la faculté de plier nos habitudes à la nécessité, et quelquefois à notre volonté ; mais, outre que cette facilité est bornée, elle n’est qu’illusoire ; car nous ne renonçons à une habitude que pour en contracter une autre, et nous revenons ainsi, par un chemin différent, au point d’où nous étions partis. ”
Résumé
“Pensées”, est une œuvre de Constance de Salm. Des thèmes tels que cesse, sensations ou sentiments y sont abordés.
Citations de Pensées (Constance de Salm)
“ Tout est positif et net dans ce siècle ; rien n’y est donné à l’hésitation, à l’illusion, on pourrait dire au sentiment. On classe, on divise à l’instant les idées et les attributions ; on juge, on ramène à leur véritable valeur les grandeurs, l’éclat et le pouvoir. En philosophie comme en politique, les principes et leurs conséquences sont saisis, développés ; résumés sans effort, sans passion, et cela, non-seulement par l’homme sage et éclairé, mais par tout homme jeune ou vieux qui a l’esprit droit et le sens juste. ”
“ C’est dans ce cas qu’elle est fougueuse, et d’autant plus intolérante qu’elle est irritée de ne se rien tolérer à elle-même. La dévotion véritable est tout autre chose : elle n’est que le besoin d’une âme tendre et expansive pour qui les affections humaines sont en quelque sorte trop grossières ; elle n’a rien à combattre, ni à se refuser ; elle n’a aucune balance à établir entre l’instinct du mal et l’amour du bien ; elle se fond pour ainsi dire dans le besoin d’aimer, la mollesse et le charme des sentiments, et elle rend sans cesse l’homme meilleur et plus indulgent. ”
“ La pédanterie est un défaut à part, une modification du caractère, moins fâcheuse d’ailleurs que toute autre, et à laquelle le savoir doit d’autant moins mener, que la première chose qu’il nous prouve est l’immensité de ce que nous avons à apprendre, et le peu d’étendue de nos moyens. La crainte de voir l’amour de l’étude éloigner les femmes des devoirs intérieurs n’est pas moins illusoire ; c’est l’amour du monde et des plaisirs qui les en éloigne, et non l’habitude d’une vie sédentaire et occupée. ”
“ Un des dangers de la dévotion exagérée, et telle que la faiblesse humaine nous la fait comprendre, c’est de porter l’esprit de celui dont elle s’est emparée dans une sphère où tout est étranger à ses véritables devoirs ; de mêler à ses moindres actions un espoir de récompense, un orgueil d’approbation divine qui lui fait trouver insipides et sans but réel les simples vertus de l’humanité, et de l’élever tellement à ses propres yeux qu’il lui devient impossible de faire le bien pour l’amour seul du bien, sans se croire dans une sorte de déchéance. ”
“ L’instinct est une de nos facultés les plus admirables ; c’est par lui que ce qui frappe nos sens arrive à notre esprit et à notre imagination. Trop subtil pour être analysé, il nous fait pressentir à notre insu le mal, le bien, le danger, les événements même que notre raison ne peut encore concevoir ; Moins nous sommes éclairés et mieux il nous guide, parce qu’alors il agit librement en nous sans être altéré par d’autres combinaisons d’idées, et sans que notre orgueil s’oppose à cette espèce de domination. LXXIV. On n’agit jamais contre son instinct sans avoir à s’en repentir. ”
“ La mère désolée qui perd un enfant chéri mêle, malgré elle, aux regrets sous lesquels elle succombe, l’image des objets qui l’environnaient dans le fatal moment, et tant qu’elle existera, sa douleur les lui rappellera, et ils lui rappelleront sa douleur. L’homme que transporte la colère, celui qui échappe à un grand danger, ont vu, sans le savoir, tout ce qui s’offrait à leurs regards dans l’instant où la passion ou la crainte paraissait seule les agiter. ”
“ Le bon esprit est une qualité toute particulière. Ce n’est ni la résignation, ni la gaieté, ni la complaisance, ni la bonté ; c’est tout cela et plus que cela. C’est une maniéré simple et naturelle d’être satisfait de sa situation, d’en tirer toujours le meilleur parti possible ; de voir sans exaltation les choses du côté utile ou agréable ; de ne point se déplaire avec des gens qui semblent ne rien offrir d’aimable ; d’aimer ce que l’on a sans enthousiasme ridicule ; de désirer ce qu’on n’a pas sans se faire un tourment de la privation. ”
“ Quand la marche régulière de la nature se manifeste dans le moindre objet qui frappe nos regards, quand tout naît, croît, s’avance, se détruit et se renouvelle sans cesse, quand l’histoire même nous montre dans ces espaces de temps dont nous avons fait des siècles, et qui ne sont peut-être que des points dans l’immensité, cette chaîne infinie de peuples qui, tour à tour, s’élèvent et retombent pour faire place à d’autres qui subissent les mêmes lois, comment ne pas voir que le temps où nous vivons n’est en tout que la suite de celui qui l’a précédé, et l’annonce de celui qui va le suivre ”
“ Le sang-froid avec lequel un homme qui veut en tromper un autre observe les sensations qu’il fait naître en lui par ses discours ou ses actions, les fausses joies, les fausses douleurs, les fausses espérances qu’il éveille dans son âme, ce sang-froid a quelque chose d’affreux, et place en cela l’homme fort au-dessous de l’animal le plus féroce qui au moins attaque ouvertement, et ne cède dans sa fureur qu’à la loi du besoin, ou à l’instinct que lui a donné la nature. ”
“ Quand nous désirons vivement une chose qui doit amener un changement dans notre situation, toutes nos idées se portent vers ce point, et il ne nous reste plus de sensations pour goûter le bonheur qui est en notre possession. Sommes-nous rassurés sur l’objet de nos souhaits, avons-nous la certitude de l’obtenir, nos cordes morales et physiques se détendent, chaque faculté reprend sa place, et nous retrouvons autour de nous une foule de jouissances que nous avions méconnues, et qui souvent nous deviennent une source de regrets dans notre nouvelle position. ”
“ Si l’on veut séparer un instant de l’amour le charme idéal dont il nous enivre pendant quelques années de notre jeunesse, on trouvera que, loin de contribuer au bonheur, il est la source de presque tous les désordres qui affligent l’humanité. Son premier effet est d’envahir ou de comprimer les affections de la nature ; de nous isoler de tout ce qui jusque-là a rempli notre âme et occupé notre esprit ”
“ L’impossibilité absolue d’y rien changer nous ôte la force de nous éclairer sur ce qui manque à notre bonheur ; nous parvenons même à nous persuader que nous sommes à peu près satisfaits ; mais le combat qui se fait en nous influe sur notre humeur, notre santé ; nous devenons tristes, sombres, fâcheux, et ce n’est que lorsque le hasard nous affranchit de ce qui posait, à notre insu, sur notre âme, que nous commençons à comprendre la cause de tout ce que nous avons souffert. ”
“ Rien de ce qui est contraire aux lois de l’honneur, de l’humanité, de la nature, ne peut, quelles que soient les apparences, avoir une heureuse fin, parce que ces lois sont la base éternelle et nécessaire de l’ordre et du maintien de la société ; que celui qui les transgresse se place en cela hors de la société ; et que, de ce moment, dût-il échapper à la justice des hommes, il se trouve par la force des choses, dans une fausse position qui ne lui permet plus de faire un pas sans rencontrer un nouvel écueil. ”
“ Celui qui sait le plus est nécessairement celui qui se conduit le moins mal, et il est évident que les défauts, les travers qu’on leur reproche, tiennent à ce qu’elles ne savent pas assez, et non à ce qu’elles savent trop. Toute opinion contraire n’est qu’un sophisme absurde dont la base est l’envie des ignorants, ou l’insatiable, orgueil d’un petit nombre d’hommes instruits qui, blessés déjà d’avoir tant de rivaux dans leur sexe, ne peuvent supporter la pensée de trouver aussi des rivales dans le nôtre. ”
“ La source en est en général la sécheresse du cœur, l’envie, l’orgueil, l’absence de sensations nobles, et surtout ce profond égoïsme qui ne connaît ni ménagements ni bornes. Celui qui a ce défaut voit tout, entend tout, calcule tout, s’approprie tout presque sans s’en apercevoir ! Si c’est un homme du monde, il devine à l’instant les liaisons, les projets, les intrigues cachées, et il use de ces lumières suivant son caractère ou son intérêt. ”
“ Nous trouvons dans bien peu d’amis cette intensité de sensations et de sentiments qui leur donne la possibilité de se mettre véritablement à notre place quand nous sommes dans le malheur ; de nous dire, de nous conseiller justement ce que nous devons faire, et de nous prouver par là qu’ils sentent nos peines comme nous-mêmes. LII. Un des plus grands chagrins que l’on puisse éprouver, est de voir que l’on n’est pas compris, ou que ce que l’on dit est mal interprété par quelqu’un à qui, dans l’agitation de la douleur, on ouvre son âme tout entière. ”
“ En un mot, nous, ne pouvons que nous soumettre à cette première condition de notre existence ; et si, en effet, il était possible à l’homme de s’y soustraire, celui qui y parviendrait ne serait plus qu’un être malheureux et isolé sur la terre, parce qu’il serait sans cesse en opposition avec lui-même et avec les autres, et parce qu’ayant pris l’habitude de n’en pas avoir, l’ordre nécessairement établi dans les relations, les devoirs, les plaisirs même de la vie sociale, la lui rendrait insupportable. ”
“ Le principe de l’ordre est établi par la nature. Il est dans le mouvement des astres, la marche des saisons, la renaissance des végétaux, dans l’organisation et l’existence de l’homme ; il est dans notre goût et dans notre instinct : c’est de lui que nous vient l’habitude, qui n’en est qu’une conséquence. Sa nécessité se fait sentir à chaque instant dans la vie intérieure, et depuis le gouvernement des États jusqu’à la bonne tenue de la chaumière. ”
“ Lorsqu’une femme sensible et dont l’âme est généreuse a pour un homme un véritable attachement, soit d’amour, soit d’amitié, elle sent en elle, dans toutes les relations qu’elle a avec lui, quelque tendre qu’il puisse être, une supériorité de sensations et de dévouement qui le rabaisserait extrêmement à ses propres yeux, s’il lui était possible de s’en faire une juste idée. ”
“ Cependant le cercle des idées, des vues, des connaissances se rétrécit ; on voit moins, on compare moins, on juge moins, et après s’être abandonné pendant quelques années à ce charme apathique, on trouve une déchéance réelle dans ses moyens et ses facultés. Il faut donc se défier, non-seulement des plaisirs tranquilles que peut offrir la solitude, mais du repos et du besoin du repos qui augmente en nous avec l’âge ; et si des circonstances impérieuses nous éloignent de la société, il ne faut négliger aucun des moyens qui nous sont offerts pour nous en rapprocher. ”
“ Les hommes sont toujours séduits par la douceur des femmes, et ils confondent cette qualité avec la bonté, qui est tout autre chose, et qui en est même l’opposé : l’une se montre au dehors, l’autre agit au dëdans ; telle femme, douce en apparence, est réellement fâcheuse et acariâtre ; telle autre, fière et emportée, est au contraire bonne et généreuse. La douceur n’est qu’une qualité négative, une mollesse de facultés qui permet au besoin une entière abnégation cle soi-même, mais qui n’a point d’autre influence sur nous. ”
“ Une foule de malheurs, de circonstances extraordinaires, prouve sans cesse cette vérité, dont l’histoire même offre plus d’un exemple, et on doit en conclure, comme je crois l’avoir démontré, que loin qu’il faille se jouer des pressentiments, il faut au contraire se hâter de les approfondir ; qu’ils reposent toujours sur une cause quelconque, et qu’ils ont leur source dans un instinct d’autant plus sûr, qu’il agit en nous lorsque notre esprit n’est pas encore assez troublé par la crainte, ou par la passion, pour nous ôter la rectitude de notre jugement. ”
“ Quand nous sommes vieux, nous devons cacher avec soin à la jeunesse la force de nos sensations ; car si elle nous respecte, et nous croit supérieurs à elle, c’est parce qu’elle nous suppose au-dessus des agitations qu’elle éprouve, et cette illusion détruite emporte avec elle toutes les autres. CLXVI. Les passions peuvent nous agiter à tout âge ; mais la nature a voulu que l’amour appartînt exclusivement à la jeunesse : c’est pourquoi il rend la vieillesse si ridicule. ”
“ La nature, dont la marche est régulière en tout, a voulu que la mesure de la netteté ou de la confusion des idées fût celle du jour et de la nuit. Le soir, quand la clarté diminue, elles prennent déjà une autre teinte, et la nuit, quoiqu’elles paraissent souvent grandes, et l’on pourrait dire lumineuses, elles ont toujours quelque chose d’exalté et d’incohérent qui tient de l’obscurité dans laquelle on se trouve, et de l’impossibilité où l’on est de voir ou d’apprécier les objets autrement que par la pensée. ”
“ On ne peut attribuer cet heureux résultat de tant de causes qui devaient produire un effet contraire, qu’à cette espèce de respect humain qui saisit, sans qu’il se l’avoue, le cœur, l’esprit de celui qui peut tout, et qui, n’étant jamais irrité par la résistance, finit (s’il n’est point une exception à la règle générale) par s’abandonner à l’instinct du bien qui est aussi un des éléments de la raison humaine. ”
“ Sans parler des crimes affreux qu’il a fait commettre dans ce siècle d’emportement et d’oubli de soi-même, la désobéissance à des parents qui n’ont vécu que pour nous, le chagrin, souvent mortel, dans lequel on les plonge, la fortune perdue, l’avenir empoisonné, ne, suffisent-ils pas pour que l’ivresse de cette folle passion ne devienne une source inépuisable de maux et d’erreurs ? ”
“ Lorsqu’un sentiment que nous ne pouvons expliquer nous fait craindre quelque malheur pour nous, ou pour les personnes qui nous sont chères, et lorsqu’en effet cette crainte n’est point sans fondement, une suite de petits incidents qui ne sont rien pour les indifférents, mais qui se rattachent à ce qui préoccupe nos esprits, nous cause, par cette raison, des émotions vagues et de pur instinct, qui n’ont pas assez de poids pour que nous les raisonnions, mais qui sont trop réelles pour ne pas nous faire une impression quelconque. ”
“ Notre destinée n’est pas dans les événements, elle est dans notre caractère ; dans l’entraînement involontaire de nos esprits ; dans une volonté ferme et constante portée sur un seul point, et formée de la réunion de tout ce que nous éprouvons. Cet enchaînement est, en effet, une sorte de pouvoir contre lequel tout vient se briser. Raison, remontrances, intérêt personnel, rien n’arrête réellement ce torrent qui poursuit sa course à travers les écueils, comme poussé par un ascendant supérieur. C’est ainsi que l’on voit des gens se précipiter, malgré tout, à leur perte ”
“ Mais comme dans l’ordre établi par l’usage, et même par les lois, la volonté seule des femmes ne peut amener ce résultat ; que celui qui se laisse conduire par elles est toujours un homme sans caractère, et qu’il ne subit en cela que l’ascendant d’un esprit supérieur sur un esprit faible ou incertain, on doit, au contraire, penser qu’il est trop heureux d’être guidé dans la route épineuse de la vie par une femme éclairée, et que, quand elle consent à prendre sur elle la responsabilité de ses actions, ce n’est pas lui, mais elle qu’il faut plaindre. ”
Termes fréquents
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