Georges Rodenbach,
Le Miroir du ciel natal
“ Les cygnes dans le soir ont soudain déplié Leurs ailes, parmi l’eau qu’un clair de lune moire ; On y sent se lever un frisson qui va croître, Comme le long du feuillage des peupliers. Frisson pareil à ceux d’un grand vent dans les arbres ; C’est comme une musique, en pleurs d’être charnelle ; Musique d’une harpe qui serait une aile, Car les ailes de cygne ont la forme des harpes. Ces harpes tout à coup ont déchiré la brume ; Les nénuphars lèvent leurs voiles de béguines ; Tout se recueille ; tout écoute les beaux cygnes Qui dressent sur l’eau morte un arpège de plumes. ”
