“ Je parlais de la mort des hérissons... ÉGISTHE. – Une minute, voulez-vous. Nous parlons des dieux. LE MENDIANT. – Comment donc !... C’est une question de préséance : les dieux d’abord, les hérissons ensuite... Je me demande seulement si je me rappellerai. ÉGISTHE. – Il n’est pas deux façons de faire signe, président : c’est se séparer de la troupe, monter sur une éminence, et agiter sa lanterne ou son drapeau. On trahit la terre comme on trahit une place assiégée, par des signaux. Le philosophe les fait, de sa terrasse, le poète ou le désespéré les fait, de son balcon ou de son plongeoir. ”
Jean Giraudoux
Résumé
"Électre" de Jean Giraudoux, tragédie moderne inspirée du mythe grec, explore les enjeux de la vengeance, de la famille et de la moralité à travers les personnages d'Électre, Oreste, Clytemnestre et Égisthe. Les thèmes de la haine, du mensonge et des liens maternels s'inscrivent dans un contexte de conflits politiques et de révélations troublantes.
Le récit, ponctué de dialogues percutants, interroge la justice humaine et les forces obscures qui guident les humains. L'œuvre, publiée dans un style à la fois poétique et troublant, révèle les ambiguïtés d'une vengeance qui déchire une lignée.
Citations de Électre (Jean Giraudoux)
“ Qu’ils ont ordre de ne laisser d’Argos que pierre sur pierre. CLYTEMNESTRE. – Montrez-vous, Égisthe, et ils fuient ! ÉGISTHE. – J’ai peur que cela ne suffise plus, reine. LE CAPITAINE. – Ils ont des complices dans la ville. On vient de voler les tonneaux de poix en réserve, pour incendier les quartiers bourgeois. Des hordes de mendiants s’assemblent autour des halles, prêts à piller. CLYTEMNESTRE. – Si la garde est fidèle, qu’y a-t-il à craindre ? LE CAPITAINE. – La garde est prête à se battre. Mais elle murmure. Vous le savez : elle n’a jamais obéi de bon cœur à une femme. ”
“ ÉGISTHE. – Merci... D’autre part, président, il est incontestable qu’éclatent parfois dans la vie des humains des interventions dont l’opportunité ou l’amplitude peut laisser croire à un intérêt ou à une justice extrahumaine. Elles ont ceci d’extrahumain, de divin, qu’elles sont un travail en gros, nullement ajusté... La peste éclate bien lorsqu’une ville a péché par impiété ou par folie, mais elle ravage la ville voisine, particulièrement sainte. La guerre se déchaîne quand un peuple dégénère et s’avilit, mais elle dévore les derniers justes, les derniers courageux, et sauve les plus lâches. ”
