Résumé

Émile Montégut Les Confidences d’un hypocondriaque

Aujourd’hui l’ennui règne plus qu’autrefois ; mais ce n’est plus un noble tourment, c’est une maladie, lourde, fatigante, monotone ; il ne se contente plus d’enivrer l’âme, il la tue. L’ennui n’est plus une inquiétude, comme au temps de Goethe et de Rousseau, c’est une négation ; ce n’est plus ce scepticisme qui rougissait de lui-même et osait à peine s’avouer, c’est l’athéisme qui s’avoue sans fausse honte, froidement et franchement. Nous allons vite en vérité, dans le siècle où nous vivons, vite comme la cavalcade sinistre de la ballade de Burger.
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Émile Montégut Les Confidences d’un hypocondriaque

Nous marchons d’un pas rapide et hardi dans le chemin de la mort. Tout s’en va, tout se décolore et s’abâtardit, même le désespoir, même l’ennui. On dirait que l’âme humaine a atteint la limite de volupté, de pensée, de curiosité, qu’elle ne peut franchir sans se paralyser ou s’hébéter. Lasse d’espérer, fatiguée d’attendre, veuve depuis trop longtemps des sentimens qui donnaient un but à son activité, elle se tient accroupie au fond de l’organe que les philosophes lui ont assigné pour séjour, et contemple d’un air hagard les sens qui simulent encore les grimaces de la vie.
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Émile Montégut Les Confidences d’un hypocondriaque

C’est, après l’amour, la plus grande volupté dont l’âme humaine soit capable ; seulement je la crois plus délicate que l’amour, plus exquise, plus distinguée, comme on dit aujourd’hui, moins à la portée de la foule grossière, moins conforme aux instincts du vulgaire. On dit que ceux qui ont aimé une fois cherchent à aimer jusqu’à leur mort ; ceux qui ont méprisé une fois ne se guérissent aussi que par la mort de cet aimable poison. Le mépris est l’auxiliaire le plus actif de la mort ; c’est celui qui, de tous nos sentimens, nous fait le mieux prendre la vie en dégoût et l’humanité en pitié.
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