“ Pourquoi ce vœu de mort dans ce frisson de vie ? Oh ! dis-moi, ce conflit, ta suprême antithèse. S’il résoud mon angoisse en sa dualité. N’est-il donc l’élément qui servit ta genèse. Norme du rêve unique et de la vérité ? Car pour qui l’ont connu seulement une fois. D’une grâce touchés semblable à la folie. Dans l’ordre impénétrable où s’échangent tes lois, L’amour après l’amour n’est que mélancolie ! Et dès l’heure où la chair exaltant sa croyance. L’être à l’être enlacé s’est grisé d’un transport. ”
Citations de Adolphe Lacuzon
“ Par la vertu du rythme où j’empreindrai mes rimes, J’en veux transfigurer la révélation ! Car mon vers qui se nombre et mon chant qui s’éploie Dans la splendeur d’un songe éternel où j’ai pu, Mon front dressé dans l’ombre à l’appel entendu, Suivre avec le destin le monde sur sa voie ; Ma vie et sa ferveur, mon geste et sa fierté, Et tout ce qu’avec eux j’enseigne et balbutie, Ne sont que pour grandir jusqu’à la prophétie, Le règne tout puissant de mon vœu de beauté ! L’œuvre sera conçu si le frisson m’en gagne. ”
“ Le don du Poète est une condition psychique supérieure, comme l’héroïsme. Son existence ne correspond, chez l’individu, à aucun signe extérieur, et jamais ne justifia ces singularités d’attitude auxquelles la légende est si complaisante et les farceurs si fort enclins. L’homme à qui l’a dévolu le destin n’est pas un visionnaire halluciné qui butte aux réverbères comme aux arbres de la route. Il ne va point par la ville et la campagne, une main sur son cœur et les yeux au ciel. C’est un être comme chacun de nous, et les notions de l’existence sont en lui pareilles à celles de tous les mortels. ”
“ Car ton âme a vibré dans l’espace et le nombre. Et la vie et ton rêve ont été confondus. Durant ce spasme immense où les temps suspendus T’ont montré l’infini — sur qui fuyait leur ombre. Et monte ta croyance avec ton vœu de vivre ! La conscience règne où le mystère a lui. Et sensible à ta foi l’immanence se livre Au grand rythme éternel qui la dérobe en lui ; Au rythme, expansion première, et loi des causes. Genèse, norme et vie, et resplendissement De l’aurore et des nuits au clair des firmaments, — Qui régit ton poème impliqué dans ses clauses. ”
“ L’œuvre du poète a plus de transcendance. Surélevée selon de telles acceptions, la Poésie n’apparaît plus comme un jeu d’enfant, répreuve ordinaire du déniaisement intellectuel des jeunes hommes de lettres, une flânerie de songe-creux, ou l’un de ces petits talents de société honorés dans les salons du monde où l’on s’ennuie. Non plus qu’un métier visant au lucre, elle ne saurait rester la pâture des histrions plus ou moins déguisés et conscients de la vanité sociale à qui la politesse des uns et l’incompétence des autres accordent souvent des encouragements déplorables. ”
“ Et c’est la nuit toujours sans aspect et sans tache. Nul souffle n’a frémi ; ni le temps ni le lieu N’ont d’issue ou de terme en cette ombre qui cache La puissance effroyable ou le sommeil d’un dieu. Le mystère éternel au Verbe s’initie. Le destin n’est encor que méditation. Et l’incommensurable intègre l’inertie. Il fait nuit, nuit de mort, ou de création... ”
“ De ce qu’apprît l’étude ou que le rêve écoute. Et si tu ne veux pas d’un mot te livrer toute. Au Poète inspiré confie un talisman ! Qu’au lieu d’une imposture il découvre un prodige. Et que ton règne arrive ainsi prophétisé. Puisque le mal en eux, puisque le mal, te dis-je. Le mal n’est que l’erreur d’un cœur désabusé ! Qu’un ébloui ssement d’en haut les rassérène. Car dans l’ombre où sans fin tournent leurs pas pesants. Puisqu’ils ne savent rien du destin qui les mène. ”
“ J’ai dit ce soir d’amour, de rêve et de prière : La nuit venait vers nous, lente et consolatrice, Ton étoile au lointain se levait la première, Et je baisais tout bas tes mains d’inspiratrice... Et le ciel tout à coup fut plein d’efflorescences, Et sitôt il plana, par quel vœu du destin, Tant de mansuétude et de pardon divin, Tant d’oubli favorable à nos résipiscences, Que dans nos cœurs troublés jusqu’à se croire impurs. ”
“ Dans l’expression des sentiments humains, dans l’expression lyrique notamment (et celle-ci n’est pas toujours obligatoirement du domaine de la musique et de la littérature) , il est comme le graphique immatériel des motions intérieures qui les ont exaltés. D’abord obscure, la pensée s’y ordonne, et s’y déploie, et le frisson du monde passe en elle. Dans l’œuvre du Poète, le rythme est le geste de l’âme. ”
“ Le ciel mystérieux et la nuit légendaire, Et la mort nous parler comme à deux grands enfants... Mais toi, pauvrette, toi, qui d’un souffle tressailles, Et qui même sans cause, à tout moment peureuse T’effaçant dans mon bras y renverses la taille Pour savoir à mes yeux si tu dois être heureuse, L’épreuve t’accabla dans ta ferveur de femme Où tout est vœu terrestre et prompte effusion, Et détresse à ton cœur quand s’exaltait ton âme, En contraignit l’élan dans une obsession. ”
“ Comme dans un linceul au tombeau de ta foi. Mais, ô réveil du sang dans ma chair la plus forte ! Et bientôt, ma joie âpre, et cette émotion De vouloir davantage en t’imaginant morte, Me faire ainsi du mal avec l’illusion ! Tu souris... et ce fut, dans ton minois pâli. Toute ton âme en pourpre au joli de tes lèvres. Qui renaissante à moi se fit la fleur d’oubli. Pour le pardon divin de tes beaux yeux sans fièvres. ”
“ La Poésie est immanente à la nature, et dès qu’en nous l’état d’âme requis se manifeste, la correspondance eurythmique s’établit, elle est, Conséquemment toujours, la Poésie écrite est cet état d’âme inscrit dans un symbole. Et désormais, tous les obscurs problèmes du rêve et de la pensée se trouveront résolus dans une immense extase de conviction, par cette merveilleuse formule d’enchantement, par ces troublantes paroles d’évangélisation dont les rituels ne sont autres que les œuvres de génie. ”
“ La solitude réhabilite l’homme en sa grandeur native ; elle le recrée à lui-même. C’est là qu’il se sent occuper le centre de l’univers, et que toute chose, selon la parole du philosophe, lui apparaît sous l’aspect de l’éternité; c’est là qu’il se trouve face à face avec cette Causalité formidable dont le tressaillement le pénètre, et dont aucune science humaine ne prétendra jamais le désabuser, mais dont tout à l’heure, au contraire, lorsqu’il redescendra vers ses frères, il croira emporter comme la parole donnée, soudain transfiguré, illuminé par la foi ! ”
“ Vois, elle atteint au pied d’un céleste cortège Qui se déroule et vient, en robe de clarté. Sur un nuage d’or, d’azur tendre et de neige. Vers la détresse humaine et vers l’humilité ! Les siècles d’avenir semblent tout vêtus d’aube... Vois des prophètes, vois des dieux, vois des martyrs. Qui d’en haut, le lys d’or pour symbole ou le globe. Font un geste d’espoir à tous les repentirs... Et là-bas, sous ce vol séraphique et ces palmes. Si triste dans son nimbe où ses yeux semblent clos. ”
“ Devant la question qu’il s’est proposé de résoudre, l’homme de science médite, puis, soudam, après des tâtonnements plus ou moins longs, s’arrête à une conception qui, a priori lui paraît répondre à la vérité. S’autorisant d’elle comme d’un fait acquis, il remonte la série des mentalités successives par où ladite vérité semble avoir pu venir s’imposer à sa conscience, il en établit le déterminisme, et, finalement, retombe aux termes de son énoncé. Il s’est prouvé à lui-même qu’il avait pensé juste. Le poète ne fait jamais autre chose. ”
“ Mais que les jeunes gens (il y en a de tous les âges) , ne soient ici leurrés : la Poésie n’est point ce débordement de sentimentalité sans placement dont l’origine remotite à l’avènement plus ou moins lointain de leurs aptitudes à la tendresse effective. Il y a de ces découvertes qui n’apprennent rien à personne... Suivant les ressources de chaque langue, la poésie s’est approprié une prosodie spéciale dont les règles se modifient suivant l’évolution de chacune, mais toujours elle a le rythme pour condition absolue. Or, qu’est le rythme ? ”
“ J’ai dit inventeur y au sens originel du mot, parce que la création n’appartient qu’au poète seul dont l’œuvre n’emprunte pas à l’art son unique condition d’existence. L’art peut s’affirmer suivant des données généralement acquises, et parfois n’être qu’un simple lieu commun, agréablement adorné pour le plaisir intellectualisé d’un de nos sens ou de plusieurs. La poésie est toujours révélatrice ”
“ Quoi qu’il en soit — et toute conception de la Divinité n’étant que l’affirmation imagée d’une causalité première — la poésie semble devoir, d’ores et déjà, se soustraire au conflit en ramenant le problème à une simple question de point de départ dans la recherche de la condition de l’âme et de la conscience. ”
“ Vois sa croix comme un phare éclairer l’étendue. Et des vallons d’angoisse où lui dut sangloter. Entends, jusque son ciel, vers sa douleur tendue, La prière éternelle au fond des nuits monter... Mais vois, — l’ombre chancelle aux horizons invers, Et tout de pourpre et cuivre, et par lueurs soudaines, De grands embrasements tiennent les cieux ouverts, Et l’ombre a reculé ses lignes incertaines... ”
“ Le rythme impose en nous des sensations générales que le langage ordinaire ne parviendrait pas à éveiller. C’est ce qui explique qu’à la récitation de certains poèmes, des gens d’humbles ressources intellectuelles, et peu familiarisés avec la prosodie et même avec la totalité des vocables qu’ils entendent, se trouvent, sans aucune auto - suggestion, profondément émus, d’une émotion aussi pure que celle des plus purs lettrés. A vrai dire, il n’y a que la conception exclusivement artistique qui requiert un public de connaisseurs préalablement initiés à toutes les difficultés de sa réalisation. ”
“ C’est que, par l’excès même de son zèle et ses innombrables ressources de divulgation, elle est impuissante à maintenir longtemps l’illusion sur un talent suspect dont chacun s’est trouvé à même, comme malgré soi, de constater l’insuffisance ou la médiocrité. Démasqué par elle, l’homme du jour s’effondre s’il n’est l’homme d’une œuvre. ”
“ L’affluence pourrait créer la discorde, car, après tant de poèmes versifiés péniblement, suivant un lacis de phrases compliquées, accablées de mots rares autant qu’impropres, l’on pensera qu’il est bien aisé d’être simple et sincère, et qu’il suffira d’un balbutiement attendri sur la nature, l’amour et les hommes pour satisfaire à ce nouvel entendement de la poésie. ”
“ Avec ses dieux brisés, ses héros et ses temples. Toute l’antiquité, fatale, et corrompue !... Les cycles, comme un tourbillon, s’évanouissent, Et sous des pans d’azur pacifique et d’oubli, La terre puérile, aux nuits qui refleurissent, Exhale comme un songe en elle enseveli. ”
“ Oh ! non pas la foi d’un quelconque dévot d’une non moins quelconque religion, mais la foi qui nous atteste à nous-mêmes ; la foi qui nous identifie à la nature ; la foi qui nous impartit quelque chose de la puissance éternelle, celle qui assure la victoire au conquérant, et l’enthousiasme des foules à l’orateur de génie ; la foi qui accomplit desv miracles ; la foi qui donne à l’homme un point d’appui dans l’infini ; la foi qui est l’orgueil pur ”
“ Ai-je besoin d’ajouter maintenant que le poème Éternité n’a pas été composé dans le but d’étonner ou de séduire les esthètes contemporains par l’étrangeté de sa teneur, la fluidité de ses concepts, l’évanescence de sa phonétique ou autres subtilités d’un aloi douteux. Toute une intellectualité sur laquelle il n’y a déjà plus à compter, mais dont l’intérêt rétrospectif n’est cependant pas à désavouer, s’est épuisée, parmi toutes espèces de préoccupations prosodiques, à la recherche de ces futilités. ”
“ D’artiste, l’auteur devient artisan. Mais, hélas ! à ce compte, il y a aussi l’art du potier, de l’émailleur, de l’orfèvre et du couturier. L’art du poète n’est-il pas autre ? Peut-être, entends-je railler. ”
“ La simplicité qui en découle, et tant invoquée, encore que si souvent confondue dans l’opinion publique avec l’indigence du vocabulaire ou la vulgarité de l’expression, n’est donc pas ce qu’en pourront penser les mauvais poètes. ”
“ L’œuvre qui doit s’accomplir en son nom est d’un labeur plus ardu que la recherche de toutes les préciosités littéraires, et ce qui est simple ne s’improvisa jamais. L’esprit contemporain est tout à la fièvre, et nous prenons souvent pour du travail et de l’entreprise ce qui n’est que de l’agitation. ”
“ Inspiration, intuition, cérébration inconsciente, don du poète, tels sont les mots qui nous servent couramment pour exprimer ce phénomène dont l’existence est indéniable, et dont il serait vain de vouloir rechercher l’essence, attendu que l’on aboutirait au problème de la conscience elle-même. ”
“ Mais dans l’état actuel des esprits, les solutions ne s’imposent pas avec autant de sérénité que dans le cerveau d’un penseur. Et la crise morale comme le désarroi social d’à présent ne reconnaissent peut-être pas d’autre cause, ou tout au moins d’élément de dissension plus actif, que cet antagonisme ardent, entretenu et exploité par les factions sociologiques, à la faveur de l’ignorance populaire, entre la philosophie dite moderne, et, à titre général, positive, et l’ancienne métaphysique dans ses modalités diverses et surtout religieuses. ”
“ Dès lors, elle se trouve être la réalisation de ce miracle : l’expression de l’ineffable ; elle devient le rapport émotionnel qui existe entre notre individualité pensante et la Création universelle à laquelle nous prêtons, si nous n’y reconnaissons d’emblée l’œuvre d’un Dieu, les attributs d’Infini, d’Absolu et d’Éternité. ”
“ La vie et l’humanité l’exaltent. Les grandes causes sociales d’aujourd’hui et de tout à l’heure propagent par le monde une inquiétude où la vitalité et l’énergie intellectuelles sont éperdûment sollicitées. ”
“ En fait, toute antinomie serait absurde ; il n’y a qu’antilogie, et c’est au génie des siècles futurs qu’il appartiendra sans doute de réconcilier tous les systèmes, désormais réduits aux principes d’une science unique, embrassant aussi bien le cosmos visible que le cosmos spirituel. ”
“ Certes, c’est dans le savoir et ses spéculations que le génie lui-même entretient ses moyens d’existence ; c’est dans les capitalisations de la mémoire et du labeur que le talent a ses coefficients occultes. ”
“ Il n’est pas non plus le rêvasseur ignorant, amant de la lune, dont parle quelquefois la ’chronique ; le chercheur de rimes dont l’ingénuité confine à la niaiserie. Homo sum, et nihil humani a me alienum puto. ”
