“ Qui sait ? qui sait ? monsieur, ne désespérez pas ; la solitude éveille souvent des regrets : puis dans la solitude toutes les paroles ont de l’écho. Ce n’est pas là votre grand monde qui brouille tout dans ses tourbillons, et dans lequel un souvenir ne vient jamais sans que mille autres ne l’effacent. Oh ! monsieur, enlevez ma maîtresse à cette vie monotone qui la mine lentement ; aimez-la, monsieur, c’est le meilleur moyen ! aimez mon enfant et elle vous aimera, je vous en réponds, moi, sa nourrice, qui la connais bien : elle aime tout ce qui l’aime... ”
Anna Kléber
Résumé
“Heures du soir”, est une œuvre de Anna Kléber. Des thèmes tels que Théodore, Rosemberg ou Brigitte y sont abordés.
Citations de Heures du soir (Anna Kléber)
“ Ce n’était pas que la mort les lui enlevât ; c’était pis, disait-il : c’était le mariage ; et un ami marié est si différent d’un ami célibataire qu’il ne pouvait pas se cacher que ce n’était même plus un ami. On le recevait encore quelquefois, mais en grande cérémonie ; mais la maîtresse de la maison était toujours encadrée dans une société nombreuse ; c’était à travers un rempart de grands parens que son mari la laissait entrevoir, et ce jour-là il retrouvait toute son amitié pour Théodore, à tel point qu’il ne le quittait pas un instant et que Théodore ne pouvait plus s’en débarrasser. ”
“ Ainsi, le monde ne pouvait m’offrir que d’horribles souffrances ; j’y vivrais dédaignée ; mon cœur n’aurait pas où se répandre ; il lui faudrait étouffer tous les germes que l’amour pourrait y jeter, sous peine d’un éternel malheur. Alors j’ai préféré cette solitude à celle où il m’aurait fallu vivre au milieu même de la société ; du moins, ici, je n’aurais pas de dangers à craindre : j’aimerais ma nourrice qui m’aime, mes oiseaux qui me connaissent, mes fleurs que je cultive, et qui m’envoient leurs parfums en retour de mes soins. ”
