“ M. Elton s’estima heureux de lui obéir. Henriette écoutait et Emma dessinait en paix ; elle fut néanmoins obligée de lui permettre de temps en temps de venir donner un coup d’œil. On ne pouvait pas le trouvera redire dans un amoureux, et sitôt que le pinceau s’arrêtait, il faisait un saut pour venir regarder et admirer. Il était impossible de se fâcher contre un homme aussi encourageant, car son admiration lui faisait discerner une ressemblance avant qu’elle fût visible. Emma, quoiqu’elle n’approuvât point sa sagacité, rendait intérieurement justice à son amour et à sa complaisance. ”
Emma
Définition et enjeux
Le concept d’« Emma » incarne, dans la littérature, une figure féminine idéalisée, souvent liée à la vertu, à la beauté et à l’amour. Dès le XIXe siècle, des auteurs comme Eugène Sue ou Jane Austen l’ont abordé à travers des récits où elle apparaît comme une jeune femme dont la candeur est touchante, entourée de tensions sentimentales.
Auguste Brizeux la poétise, tandis que Jacques Boucher de Perthes la sublime en vision céleste. Ces approches, variées et riches, soulignent la pérennité du thème dans la culture littéraire, illustrée par des œuvres comme Mathilde ou La Nouvelle Emma.
Citations sur “Emma”
Auguste Brizeux,
Œuvres de Auguste Brizeux
“ J’évoque dans mon cœur la chaste poésie Qui dans un vers limpide a soudain reflété Ta jeune et douce Emma, sa candeur, sa gaîté, Entre sa mère et toi ton enfant qui se penche, Et ta charmille en fleur près de ta maison blanche. ”
Jacques Boucher de Perthes,
Emma, ou Quelques lettres de femmes…
(1852)
“ Emma, me disiez-vous, vous êtes belle ainsi, merveilleusement belle; mais promettez-moi de ne plus détacher votre chevelure; on peut vous voir, et l'homme qui vous verra, quel qu'il soit, vous aimera ou deviendra insensé, car vous ressemblez à une vision céleste ou à une apparition terrible. Oui, devant vous ainsi, il faut mourir d'amour ou d'effroi. ”
“ Procurez-moi, je vous en supplie, quand le temps sera venu, le pardon de la susdite Emma Woodhouse, pour laquelle j’ai tant d’affection fraternelle, et tant de considération, que je désire de tout mon cœur la voir aussi fortement éprise que moi d’un amant digne d’elle. ”
Eugène Sue,
La coucaratcha (II/III)
“ Le matin, Emma ignorant ce cruel départ,—Emma qui s'était endormie bercée par un doux rêve,—Emma se leva, plus heureuse, plus souriante que jamais,—tant elle comptait sur l'influence de ce baiser qu'elle avait presque ravi au chaste Albert.Oh! qu'il y avait de joie puissante et intime épanouie dans l'âme de cette jeune fille qui aimait et qui se savait aimée;—comme elle grandissait à ses yeux,—comme elle méprisait ses compagnes qui n'en étaient peut-être encore qu'à l'amour filial,—comme elle répétait avec fierté ces jolis mots:—mon amant!—comme elle était plus belle. ”
Nicolas Martin, Poètes contemporains en Allemagne
“ De la craintive Emma les pleurs alors redoublent Et sa douleur éclate en sanglots ; puis soudain Un rayon dissipant les ombres qui la troublent : — Dieu m’inspire ! c’est moi qui ferai le chemin ! Puisqu’au besoin l’amour soulèverait les pôles, Emma doit bien pouvoir porter son Éginhardt ! ”
Eugène Sue,
Mathilde, Mémoires d’une jeune femme
“ Qu'éprouves-tu pour Emma? Les plus hautes, les plus touchantes aspirations... Elle meurt d'amour pour celui que tu chéris... tu vas arracher ce pudique secret à ses lèvres défaillantes... tu renonceras toi-même en sa faveur à ton rêve d'or, à ton ciel... et tu n'as pour Emma que des larmes de tendresse et de pitié. ”
Eugène Sue,
Mathilde, Mémoires d’une jeune femme
(1841)
“ Emma est un ange de bonté, de beauté, de candeur et de grâce... Elle mérite un cœur qui n’appartienne qu’à elle. Si je ne vous avais pas rencontrée dans ma vie, s’il m’était possible d’aimer une autre personne que vous, son amour eût été mon plus cher trésor... ”
Jacques Boucher de Perthes,
Emma, ou Quelques lettres de femmes…
(1852)
“ EMMA A JULES. 0 bonheur ! je suis ta fiancée ! Qu'on ne m'appelle plus Emma l'orpheline, je ne la suis plus. Fière et heureuse, bientôt je porterai ton nom. Mon ami, toutes les difficultés sont aplanies : dans six mois catholique , et dans un an ta femme. Oui , ta femme de droit et de coeur, puisque, je la serai devant ton église comme je la suis devant Dieu et toi. Que ce délai, mon ami, ne te semble pas trop long; pour moi, il ne l'est pas. Si nous n'habitons pas sous le même toît, ne nous verrons-nous pas tous les jours? A toute heure , à tout instant ne penserai-je pas à toi? ”
“ Mais, Emma, considérez la distance qu’il y a de vous à elle ; elle est très-pauvre ; elle est déchue de l’état de prospérité dans lequel elle était née, et si elle vit long-temps, son sort deviendra encore plus malheureux. Sa situation devrait exciter en vous de la pitié. En vérité, vous vous êtes mal conduite. Vous, qu’elle a vue enfant ; vous, qu’elle a vu croître lorsque ses attentions vous honoraient, vous venez maintenant, par étourderie, par un orgueil mal entendu, de vous moquer d’elle, de l’humilier devant sa nièce et devant des gens dont quelques-uns imiteront votre exemple. ”
Mat, Emma, par Mat (1884)
“ Emma sentait ses idées de rébellion se dissiper à chaque pas que Jules faisait vers elle, et redevenait la toute petite fille que vous savez ; mais, cette fois, ce n'était plus cette obéissance passive qu'il venait réclamer ; ils changeaient de rôle, et c'est lui qui suppliait. « Emma, voulez-vous maintenant me dire pourquoi vous ne jouez jamais devant moi? Ou, si vous aimez mieux, pardonnez-moi ma folie d'hier en venant dans votre boudoir vous mettre au piano, pour moi, pour moi tout seul. » ”
“ Que d’obligations nous lui avons ainsi qu’à son père ! « Oh ! s’écria Emma, je sais qu’il n’existe pas dans le monde une meilleure créature qu’elle ; mais vous savez aussi que la bonté et le ridicule forment la base de son caractère. » ”
“ Et moi, M. Knightley, je suis très-certaine que ni l’une ni l’autre n’auront lieu de s’en repentir. Avec tous les petits défauts qu’on reproche à ma chère Emma, c’est une excellente personne. Où trouverez-vous ; une meilleure fille, une sœur plus affectionnée, une meilleure amie ? Non, non, elle a des qualités sur lesquelles on peut compter, elle ne peut jamais donner de mauvais conseils, ni commettre de fautes essentielles ; si Emma se trompe une fois, elle a en revanche raison cent fois. ”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ EMMA ET SAINT-AUBIN, ou Caractères et scènes de la vie privée, 3 vol. in-12, 1813. — La mère d’Emma, trompée par un libertin qui l’abandonne en essayant de lui faire croire que son mariage est nul, meurt dans l’indigence. Après la mort de sa mère, Emma, alors âgée de dix ans, est conduite chez son aïeule, où elle est l’objet des plus tendres soins. À l’âge de seize ans, Emma était un chef-d’œuvre de grâces et de beauté ; aimée et chérie de tous ceux qui l’approchaient, elle aurait été heureuse si l’amour n’eût troublé sa tranquillité. ”
“ Jean aime Emma d’une affection raisonnable qui par conséquent n’est pas aveugle, et Isabelle adopte toujours l’avis de son mari, excepté en ce qui concerne la santé et les soins de ses enfants. Je connais d’avance leur opinion. — Je suis convaincue que vous l’aimez tous trop sincèrement pour être injustes ou sévères ; mais permettez-moi, Monsieur Knightley, — je me considère, vous le savez, comme ayant un peu le privilège de parler au nom de la mère d’Emma, – de vous suggérer les inconvénients qui pourraient surgir de la mise en discussion parmi vous de l’amitié d’Emma pour Harriet. ”
André Tibal, Hebbel, sa vie et ses oeuvres de 1813 à 1845… (1911)
“ Emma m'a donné une rose ; elle est fanée et repose dans un tiroir de ma table de travail, mais elle répand pour moi un parfum plus suave que tout un parterre. Ce que c'est pourtant que l'amour ! Le monde se résume dans cette jeune fille ; ses lèvres brûlantes sont le centre de toutes les voluptés possibles et imaginables, et la soif dévore l'homme. ”
Eugène Sue,
Mathilde, Mémoires d’une jeune femme
(1841)
“ Je me défierais de mon sentiment pour Emma s’il était plus vif qu’il ne l’est à cette heure ; tel qu’il est, il suffit à la joie, au bonheur de cette adorable enfant, et il doit nécessairement grandir encore. ”
“ Emma sympathisa avec lui de tout son cœur ; il en fut si enchanté, que sa tête s’exaltant de nouveau, il s’écria. « Ah ! à propos. Puis, baissant la voix, et d’un ton plus sérieux, il dit : Je me flatte que M. Knightley est en bonne santé. Il s’arrêta. Emma rougit et se mit à rire. Je sais que vous avez vu ma lettre ; et je pense que vous n’avez pas oublié les vœux que je formais pour vous. Permettez-moi de vous féliciter à mon tour : je vous assure que j’ai appris cette nouvelle avec le plus vif intérêt. C’est un homme que je ne me crois pas digne de louer. » ”
“ Toute autre nous apparaît Emma. C’est la jeunesse même avec son exubérance et son étourderie. C’est l’enfant gâtée, joyeuse, écervelée, pleine de bonnes qualités qui la font aimer de tous, de caprices que chacun supporte en souriant, bon cœur et mauvais caractère, intelligente mais ne faisant que des sottises. Elle nous amuse, nous réjouit, nous enchante par sa vivacité ”
“ Eh bien ! Emma, intervint M. Woodhouse. Comment avez-vous trouvé mon excellente amie et sa fille ? Je suis sûr qu’elles ont été très touchées de votre visite. Je crois vous l’avoir dit, Monsieur Knightley, ma chère Emma arrive de chez Mme Bates : elle est toujours si attentionnée ! Emma rougit à cet éloge immérité et, en même temps, elle se tourna vers M. Knightley en souriant. L’effet fut instantané : il lut dans le regard de la jeune fille les sentiments de contrition et les bonnes intentions qui l’animaient. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Poésies
“ Et maintenant, hélas ! que les ans sont venus, Que vos attraits s’en vont au vent qui les dévore, Inimitable Emma, vous nous charmez encore : Vous semblez par instants la même qu’autrefois ; Vos yeux encor sont doux et jeune est votre voix ”
Ernest Pinard,
Madame Bovary : moeurs de province…
(1879)
“ Emma ressemblait à toutes les maîtresses; et le charme de la nouveauté, peu à peu tombant comme un vêtement, laissait voir à nu l'éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Emma a été gâtée, parce qu’elle était la plus instruite de la famille : à dix ans, elle avait le malheur d’être en état de répondre à des questions qui auraient embarrassé sa sœur à dix-sept. Elle a toujours été vive et décidée, et Isabelle lente et réservée. Et depuis l’âge de douze ans, Emma a été la maîtresse de la maison et de vous tous. ”
“ Emma seule pouvait se livrer à son naturel, et se montrer aussi heureuse qu’elle l’était réellement. C’était pour elle un vrai plaisir que de se trouver avec monsieur et madame Weston. Elle aimait beaucoup le mari, et il n’y avait personne au monde à qui elle s’ouvrit avec moins de réserve qu’à sa femme : personne à qui elle pût raconter, avec la conviction d’être écoutée et comprise, toujours intéressante et intelligible, ses petites affaires, ses arrangemens, les peines qu’elle souffrait et les plaisirs qu’elle goûtait auprès de son père. ”
“ Emma fut tellement surprise de ce manque de tact qu’elle ne sut que répondre ; du reste Mme Elton se hâta de continuer : — Étant au courant de cette circonstance, je fus un peu étonnée de la trouver si comme il faut : c’est vraiment une femme du monde. — Les manières de Mme Weston reprit Emma ont toujours été parfaites : leur élégance, leur simplicité, leur discrétion peuvent être données comme modèle à une jeune femme. ”
“ Sans prétentions, sans art, cette jeune fille serait préférée, par un homme de sens, à une femme comme madame Elton. J’ai trouvé Henriette plus sensée que je ne m’y attendais. » Emma ressentit une joie inexprimable de l’entendre parler ainsi. Ils furent interrompus par M. Weston, qui appelait tous les danseurs. « Allons, mademoiselle Woodhouse, mademoiselle Otway, mademoiselle Fairfax, que faites-vous ? Allons, Emma, montrez l’exemple à vos compagnes. Tout le monde est paresseux : on dort. » « Je suis prête quand on voudra, dit Emma. Avec qui comptez-vous danser, demanda M. Knightley. » ”
“ « Vous ne pouvez trop parler des perfections de madame Weston, dit Emma, si vous pouviez soupçonner qu’elle n’ait que dix-huit ans, je vous écouterais avec plaisir ; mais elle se fâcherait sérieusement si elle savait tout ce que vous avez dit d’elle. Gardez-vous de lui laisser imaginer que vous avez dit qu’elle était jeune et jolie. » ”
“ Le reste de la journée, et la nuit suivante, Emma s’abandonna à ses réflexions. Tout ce qu’elle venait d’apprendre provoquait une grande confusion dans son esprit. Chaque moment avait amené une nouvelle surprise et chaque surprise était une nouvelle humiliation. Elle s’asseyait, marchait, montait dans sa chambre, se promenait dans le parc, et ne trouvait de repos nulle part. Elle s’efforçait de voir clair dans son propre cœur. ”
“ « C’est-à-dire, répartit M. Knightley, qu’elle la gâtera encore plus qu’elle ne vous a gâtée, et ne croira pas l’avoir fait. Voilà toute la différence. » « Pauvre petite ! dit Emma, s’il en est ainsi, que deviendra-t-elle ? « N’ayez pas peur, elle aura le sort de beaucoup d’autres. Elle sera désagréable dans son enfance, et se corrigera en grandissant. Je perds toute la mauvaise humeur que j’avais contre les enfans gâtés, ma chère Emma : puisque je vous dois tout mon bonheur, ne me rendrais-je pas coupable d’une horrible ingratitude, si j’étais sévère contre eux ? » ”
Eugène Sue,
Mathilde, Mémoires d’une jeune femme
(1841)
“ Dans les premiers temps de mon mariage je désirais qu’un sentiment plus vif se développât en moi, maintenant je le regretterais ; il ôterait à l’attachement que j’ai pour Emma ce caractère qui fait, qu’il ne ressemble à aucun autre. — Vous avez raison, mon ami ; l’espèce de culte profond qu’Emma ressent pour vous, exclut pour ainsi dire de votre part tout retour galant. Que votre modestie ne s’alarme pas de cette comparaison ; mais les dieux, si bons qu’ils soient, n’aiment pas de la même manière qu’ils sont aimés. ”
“ Emma cherchait à se rendre compte de l’état de son propre cœur. — Je dois certainement être amoureuse, se dit-elle ; cette sensation de fatigue, d’ennui, ce dégoût de m’asseoir et de m’appliquer à une tâche quelconque, ce sont là tous les symptômes de l’amour. ”
“ Elle doit avoir trouvé la soirée amusante, n’est-ce pas, M. Knightley, parce qu’Emma était avec elle. » « C’est vrai, Monsieur, et Emma, parce qu’elle avait mademoiselle Fairfax. » Emma voyant son anxiété, et voulant l’appaiser au moins quant à présent, dit avec une sincérité qu’on ne pouvait révoquer en doute. « C’est une personne si élégante, qu’il est impossible d’ôter les yeux de dessus elle. Je suis toujours occupée à la regarder pour l’admirer, et je la plains de tout mon cœur. » ”
“ Emma hésita un moment et répondit : — Oh oui, certainement, une très aimable jeune femme. — Je la trouve très jolie. — En tout cas elle est fort bien habillée ; elle avait une robe très élégante. — Je ne suis pas étonnée le moins du monde qu’il en soit tombé amoureux. — Rien n’est moins surprenant : une jolie fortune qui s’est trouvée sur son chemin. — Certainement, reprit Henriette avec un soupir, elle doit avoir un grand attachement pour lui. — C’est possible ; mais tous les hommes n’ont pas le bonheur d’épouser la femme qui les aime le plus. ”
Eugène Sue,
Mathilde, Mémoires d’une jeune femme
(1841)
“ Emma lut ce qui suit : « Madame, « C’est une infortunée qui vient à vous avec espoir et confiance, bien sûre que vous accueillerez la prière d’une malheureuse femme victime de sa faiblesse et de son cœur, et qui n’a d’excuse que dans la force de la passion coupable qui l’a égarée. » Emma s’interrompit et regarda madame de Richeville et l’abbé. — Peut-on trouver une plus pauvre excuse ! — dit celui-ci en haussant les épaules ; — autant se plaindre des ravages du feu lorsque l’on a soi-même allumé l’incendie... N’est-ce pas, madame la duchesse ? ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Pauvres M. et mademoiselle Woodhouse, s’il vous plaît ; mais je ne saurais absolument dire, pauvre demoiselle Taylor ! J’ai le plus grand respect pour vous et pour Emma ; mais quand il s’agit de la dépendance ou de l’indépendance ! Quoi qu’il en soit, il vaut mieux n’avoir à plaire à une seule personne qu’à deux. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Ma chère Emma, ayez la bonté de dire, soit par votre contenance, soit par vos discours, tout ce qui pourra le mettre à son aise sur ce mariage. C’est ce qu’il y a de mieux à faire. L’on ne peut rien dire contre mademoiselle Fairfax. ”
