“ « J’ai bien peur, dit-il, en composant l’air de son visage, j’ai bien peur, ma chère Emma, que l’envie de rire ne vous passe quand vous les apprendrez. » « En vérité ! Et pourquoi ? Je ne puis m’imaginer qu’une chose qui vous amuse, ne fasse pas le même effet sur moi. » « Il existe un objet, un seul sur lequel nous ne pensons pas l’un comme l’autre. » Il s’arrêta un moment, la regarda fixement en souriant. « Ne doutez-vous pas quel peut être cet objet ? Ne vous souvenez-vous plus d’Henriette Smith ? » ”
Résumé
Jane Austen, dans La Nouvelle Emma, explore les enjeux sociaux et affectifs à travers le parcours d’Emma Woodhouse, jeune héritière dont le jugement est souvent trompeur. L’œuvre, marquée par les thèmes du mariage, de la classe sociale et de la bienveillance, suit ses relations conflictuelles avec Henriette Smith, Frank Churchill et Miss Fairfax, révélant ses fautes et ses progrès.
Les dialogues et les réflexions intérieures mettent en lumière l’importance de la sincérité et des relations humaines, tandis que les tensions entre ambition sociale et authenticité structurent l’intrigue. L’analyse des citations souligne l’équilibre entre ironie et profondeur morale, illustrant la maturité de la protagoniste.
Citations de La Nouvelle Emma (Jane Austen)
“ Quel dommage que M. Weston ait jamais pensé à elle ! » « Je ne suis pas de votre avis, papa, vous savez que je ne le puis. M. Weston est un si aimable homme, si bon, d’une humeur si joviale, qu’il méritait bien d’avoir une excellente femme ; et vous ne pouvez désirer que mademoiselle Taylor demeurât toujours avec nous et supportât ma mauvaise humeur, lorsqu’il était en son pouvoir d’avoir une maison à elle. » « Une maison à elle ! Mais à quoi bon d’avoir une maison à elle ! celle-ci est trois fois plus grande que la sienne. Et vous n’êtes jamais de mauvaise humeur, ma chère Emma. » ”
“ On a vu des mariages plus disproportionnés qu’entre M. Frank Churchill et moi ; et il semblerait, d’après vous, qu’on a vu de ces mariages. Si j’étais assez fortunée... Si M. Knightley voulait... S’il n’avait aucun égard à la disparité... J’espère, mademoiselle Woodhouse, que vous ne vous opposerez pas à mon bonheur : vous n’y mettrez pas d’obstacles. Vous êtes trop bonne pour le faire. » Henriette était debout à une des fenêtres. Emma, consternée, se tourna vers elle, et dit avec vivacité : « Croyez-vous que M. Knightley réponde à la passion que vous avez pour lui. » ”
“ Le plus grand malheur d’Emma, à la vérité, était d’avoir trop de liberté et de trop présumer d’elle-même ; c’est ce qui pouvait un jour porter obstacle au bonheur de sa position. Le danger néanmoins était quant à présent si peu imminent, qu’on ne pouvait en appréhender aucun malheur réel. L’affliction arriva. Une douce affliction, mais elle ne venait pas par sa faute. Mademoiselle Taylor se maria. Ce fut sa perte qui causa le premier chagrin qu’Emma eût ressenti. Le jour des noces de cette bien-aimée compagne Emma resta, pour la première fois, long-tems absorbée dans de tristes pensées. ”
“ « Je n’ai jamais eu trop bonne opinion de Frank Churchill. Il est possible que je ne lui aie pas rendu justice, l’ayant fort peu connu. Et si, jusqu’ici, je ne la lui ai pas rendue, il pourra néanmoins devenir homme de bien. Avec une pareille femme on peut l’espérer. Je n’ai aucune raison pour lui vouloir du mal ; et à cause de sa femme, dont le bonheur dépendra de son caractère et de sa conduite, je lui voudrai toujours du bien. » « Je ne doute nullement qu’ils ne soient heureux ensemble, dit Emma ; je crois qu’ils sont mutuellement très-attachés l’un à l’autre. » ”
“ « Mademoiselle Woodhouse a donné à son amie la seule beauté qui lui manquait, lui observa madame Weston, ne soupçonnant nullement qu’elle s’adressait à un amoureux. L’expression des yeux est très-correcte ; mais mademoiselle Smith n’a pas de pareils sourcils, ni de pareils cils. Sa figure est cause qu’elle ne les a pas. » « Vous le croyez ? répliqua-t-il, je ne suis pas de votre avis. Ce portrait me paraît de la plus exacte ressemblance. De ma vie je n’en ai vu une semblable. Il faut compter pour quelque chose l’effet des ombres. » « Vous l’avez faite trop grande, Emma, dit M. Knightley. » ”
“ De pareilles expressions, accompagnées de tout ce que pouvaient leur donner de force les yeux et le geste, firent sentir à Emma qu’elle n’avait jamais tant aimé Henriette que dans ce moment, et qu’elle n’avait jamais attaché tant de prix à l’affection qu’elle lui témoignait. Il n’y a pas de charme égal à la tendresse de cœur, se dit-elle en elle-même : un cœur tendre et chaud est de beaucoup préférable à l’esprit ; il est plus attrayant. C’est la bonté du cœur qui fait que mon cher papa est adoré de tout le monde, ainsi que ma sœur Isabelle. ”
“ Emma sentit que ce sarcasme était dirigé contre elle, ce qui la mit en colère tout de bon. Ce n’était pas pour faire un compliment à Jeanne Fairfax qu’il montrait tant d’indifférence et d’indignation, ce n’était pas d’après les sentimens de cette belle qu’il désapprouvait le bal, car elle désirait ardemment qu’il eût lieu ; cet espoir la rendit confiante, animée ; elle s’écria volontairement : « Oh ! mademoiselle Woodhouse, j’espère qu’il n’arrivera rien qui puisse empêcher le bal ; que je serais trompée ! J’attends cet heureux moment avec le plus grand plaisir. » ”
“ Mais comment Henriette avait-elle eu la présomption de porter ses vues si haut ? Comment pouvait-elle se figurer d’être aimée d’un pareil homme sans qu’il le lui eût assuré ? Henriette n’était plus si humble que par le passé ; elle n’avait pas tant de scrupules ; elle ne sentait presque plus son infériorité, tant morale que physique. Elle avait reconnu que M. Elton s’abaisserait en l’épousant, et elle ne semblait pas croire qu’on pût faire le même reproche à M. Knightley ! Hélas ! à qui Emma pouvait-elle s’en prendre sur un tel renversement d’idées ? À elle seule. ”
“ Il s’imaginait que vous aviez découvert son secret. Très-naturel. Son esprit était si plein d’intrigues, qu’il en supposait également aux autres. Des mystères, des finesses. Comme cela pervertit le jugement ! Ma chère Emma, tout ne prouve-t-il pas de plus en plus la beauté de la vérité et de la sincérité qui doivent présider à toutes les transactions que nous avons les uns avec les autres ? » Emma fut de son avis ; et avec une rougeur qui lui monta à la figure, en pensant à Henriette, et dont elle ne voulait pas donner l’explication, elle dit : « Vous feriez mieux de continuer. » ”
“ « Mal, très-mal, supposé qu’on puisse dire qu’une jeune dame ait mauvaise mine. Une pareille expression n’est pas permise, n’est-ce pas, madame Weston ? Les dames n’ont jamais mauvaise mine. Et sérieusement parlant, mademoiselle Fairfax est naturellement si pâle, qu’elle a toujours l’air malade. Il est bien malheureux qu’elle n’ait pas du tout de teint. » Emma ne fut pas de son avis, et commença à défendre vivement le teint de mademoiselle Fairfax. ”
“ Il est impossible que la perte d’une telle compagne n’affecte pas Emma, dit M. Knightley ; nous ne l’aimerions pas autant que nous l’aimons, si nous pouvions le supposer. Mais elle sait combien ce mariage est avantageux à mademoiselle Taylor ; elle sait combien il doit être agréable, à l’âge qu’elle a, d’être établie dans sa propre maison, et combien il lui importe de s’être assuré un douaire qui ne lui laisse aucune crainte de l’avenir ; ainsi je pense qu’Emma doit ressentir plus de plaisir que de peine. Tous les amis de mademoiselle Taylor doivent être charmés de la voir si bien mariée. ”
“ Jeanne Fairfax, mademoiselle Woodhouse, est toute charmante. J’en suis folle. Elle est si douce, si gentille, elle a tant de talens. Elle joue du piano comme un ange. Les connaissances que j’ai en musique me permettent d’en parler d’une manière positive. Oh ! elle est toute charmante. Vous allez peut-être vous moquer de la chaleur que je mets à parler d’elle ; mais en vérité je n’ai que Jeanne Fairfax dans la tête. Sa position est capable d’affecter qui que ce soit. Je pense, mademoiselle Woodhouse, qu’il est de notre devoir de lui être utile, nous devons la pousser dans le monde. ”
“ Frank Churchill s’était mal conduit envers elle-même, très-mal de toutes manières ; mais ce n’était pas tant la conduite de Frank que la sienne propre, qui la mettait en colère contre lui. C’était l’embarras dans lequel elle se trouvait par rapport à Henriette, qui rendait son offense plus noire. Pauvre Henriette ! Elle allait être pour la seconde fois dupe des fausses espérances qu’elle lui avait données. M. Knightley avait été prophète lorsqu’il lui dit : « Emma, vous n’avez pas été l’amie d’Henriette Smith. » Elle eut peur de ne lui avoir rendu que de mauvais services. ”
“ Outre cela je dois vous donner un avis, Frank ; il faut éviter ici avec beaucoup d’attention, de lui manquer d’égards. Vous l’avez vue avec les Campbell, lorsqu’elle était l’égale de tout le monde dans la société qu’ils voyaient : mais ici, elle vit chez une pauvre vieille grand’mère qui a à peine de quoi exister ; si vous lardez à y aller, elle croira que vous la dédaignez. » « Je lui ai entendu parler de vous comme d’une personne de connaissance, dit Emma, c’est une jeune et élégante demoiselle. » Il en convint, mais d’une manière si peu marquée, qu’elle douta de son assentiment. ”
“ Emma le comprit, et tandis qu’elle s’amusait avec lui à rire, il était aisé de voir à la contenance de Jeanne qu’elle l’écoutait aussi, quoiqu’elle fît semblant d’être sourde. « Ce rêve était bien étrange ! s’écria-t-il, je ne puis y penser sans rire. Elle nous entend, mademoiselle Woodhouse ! elle sourit et fait tous ses efforts pour froncer le sourcil. Regardez-la. Ne voyez-vous pas qu’elle a le passage de sa lettre devant les yeux. Qu’elle ne peut faire attention qu’à ce que je dis, quoiqu’elle paraisse prêter l’oreille ailleurs. » ”
“ Mais, Emma, considérez la distance qu’il y a de vous à elle ; elle est très-pauvre ; elle est déchue de l’état de prospérité dans lequel elle était née, et si elle vit long-temps, son sort deviendra encore plus malheureux. Sa situation devrait exciter en vous de la pitié. En vérité, vous vous êtes mal conduite. Vous, qu’elle a vue enfant ; vous, qu’elle a vu croître lorsque ses attentions vous honoraient, vous venez maintenant, par étourderie, par un orgueil mal entendu, de vous moquer d’elle, de l’humilier devant sa nièce et devant des gens dont quelques-uns imiteront votre exemple. ”
“ Alors la joie s’empara de son cœur, il n’avait jamais cru Frank digne d’Emma, il sentit qu’il l’aimait passionnément, et ne put rester plus long-temps à Londres. Malgré la pluie il monta à cheval, et immédiatement après son dîner, se rendit à Hartfield, pour voir comment la plus douce, la meilleure des créatures, la plus accomplie malgré ses défauts, supporterait cette découverte. Il la trouve agitée, abattue. Frank Churchill est un monstre. Elle lui déclare qu’elle ne l’a jamais aimé. Frank n’est pas si noir. Emma est à lui de parole et de fait. ”
“ Je ne puis être d’aucun secours à madame Weston. Elle s’en tirera parfaitement toute seule. Une vérité, quoique désagréable, sera adoucie en sortant de sa bouche. Mais moi, je suis l’homme du monde le plus maladroit à dire poliment une chose que je ne crois pas vraie. » « Je ne crois rien de tout cela, répliqua Emma ; je suis persuadée, au contraire, que quand l’occasion s’en présente, vous êtes aussi peu sincère que vos voisins. Mais il n’y a pas de raison de supposer l’instrument médiocre, si j’ai bien entendu l’opinion de mademoiselle Fairfax. » ”
“ « Oui, il semble que tout dépend de l’humeur bonne ou mauvaise de madame Churchill ; c’est ce qu’il y a de plus certain dans le monde. » « Ma chère Emma, répliqua, en riant madame Weston, quelle certitude y a-t-il dans un caprice ? Et se tournant vers Isabelle, qui venait d’entrer. » « Vous saurez, ma chère madame Knightley, que nous ne sommes pas si assurés de l’arrivée de M. Franck Churchill, que son père semble l’être. Elle dépend entièrement du bon plaisir de sa tante, enfin de son caractère. À vous, à mes deux filles, je puis confier la vérité. » ”
“ Emma sympathisa avec lui de tout son cœur ; il en fut si enchanté, que sa tête s’exaltant de nouveau, il s’écria. « Ah ! à propos. Puis, baissant la voix, et d’un ton plus sérieux, il dit : Je me flatte que M. Knightley est en bonne santé. Il s’arrêta. Emma rougit et se mit à rire. Je sais que vous avez vu ma lettre ; et je pense que vous n’avez pas oublié les vœux que je formais pour vous. Permettez-moi de vous féliciter à mon tour : je vous assure que j’ai appris cette nouvelle avec le plus vif intérêt. C’est un homme que je ne me crois pas digne de louer. » ”
“ Madame Weston ajoutait qu’il n’avait que le temps d’aller prendre congé des personnes d’Highbury, qui lui avaient montré quelque intérêt ; que de là il irait à Hartfield. Ce malheureux billet mit fin au déjeûner d’Emma. Ce ne fut, après l’avoir lu, qu’exclamations et jérémiades. La perte du bal, celle du jeune homme, et tout ce que le jeune homme devait sentir ! c’était en vérité bien malheureux ! Quelle délicieuse soirée on aurait passé ! tout le monde aurait été si heureux ! et elle et son partenaire eussent été les plus heureux de tous ! Je l’avais prévu. Ce fut là sa seule consolation. ”
“ De son côté, il y avait long-temps que la jalousie le tourmentait, elle datait de l’arrivée anticipée et réelle de Frank Churchill. Il avait été amoureux d’Emma dans le même temps qu’il était jaloux de Frank Churchill, ou pour mieux dire la jalousie lui avait fait découvrir qu’il aimait. C’était encore elle qui l’avait forcé à s’absenter de chez lui. La partie qui avait eu lieu à Box-Hill, l’avait forcé à prendre cette résolution. Il ne voulait pas être témoin des attentions très-marquées qu’on avait pour Emma, et du consentement qu’elle semblait donner à une pareille conduite. ”
“ « Je désirerais de tout mon cœur le savoir, dit doucement madame Weston. « Elle déclare positivement qu’elle ne se mariera jamais, ce qui naturellement ne signifie rien du tout. Mais je ne crois pas qu’elle ait encore vu un homme qui lui convienne. Il lui serait avantageux de prendre de l’amour pour un homme qui ne laissât rien à désirer. Je voudrais voir Emma amoureuse, et incertaine si l’objet aime répond à sa passion, cela lui ferait du bien ; mais il n’y a personne dans les environs qui puisse l’attacher, et puis elle sort si rarement. » ”
“ « Pensez à moi demain, vers les quatre heures, » fut l’injonction que donna madame Weston à Emma, en partant. « Quatre heures ! soyez sûre qu’il arrivera à trois, » fut l’amendement de M. Weston. Ainsi finit cette agréable rencontre. Emma, tout à fait contente, se retrouva dans son assiette ordinaire. Tout pour elle avait changé d’aspect. Jacques et ses chevaux n’étaient pas de moitié si paresseux qu’auparavant. Regardant les haies, elle pensa que le sureau aurait bientôt des feuilles, et se tournant vers Henriette, elle vit aussi une apparence de printemps, un tendre sourire. ”
“ Madame Weston ne jouait pas la comédie, ne déguisait pas ses sentimens sur un pareil événement. Elle avait été extrêmement surprise, lorsqu’Emma lui en parla pour la première fois ; mais elle n’y vit qu’un surcroît de bonheur pour tous, et n’eut pas le moindre scrupule de presser monsieur Woodhouse à donner son consentement. Elle avait tant de considération pour M. Knightley, qu’elle crut que lui seul était digne d’Emma, et ce mariage était si convenable à tous égards, qu’il lui semblait qu’elle n’aurait jamais pu faire un choix plus avantageux que celui-là. ”
“ On ne verrait plus M. Knightley venir passer les soirées à Hartfield ; on ne l’y verrait plus entrer à toute heure, à tout moment avec cet air amical, qui annonçait qu’il aurait volontiers abandonné sa maison de Donwell pour celle d’Hartfield ! Comment supporter tout cela ? Et si sa perte était occasionnée par son amour pour Henriette ; s’il trouvait en elle tout ce qu’un homme désire dans une femme ; si toutes ses affections étaient concentrées en elle ; s’il croyait avoir trouvé dans Henriette l’amie, la femme qui seule pouvait le rendre heureux, à qui pouvait-elle s’en prendre ? ”
“ « Mademoiselle Woodhouse fait la coquette avec M. Frank Churchill. » Ils s’y étaient exposés, aussi on le sut à Maple-Grove, par les soins d’une personne, et en Irlande par ceux d’une autre. Ce n’est pas que la gaîté d’Emma vînt d’une félicité réelle ; c’était, au contraire, parce qu’elle se sentait moins heureuse qu’elle ne s’était attendue à l’être. Elle riait d’avoir été trompée dans ses espérances ; et quoiqu’elle lui tînt compte de ses attentions, et les crût bien placées, soit comme marques d’amitié, de passion, ou d’amusement, cela ne faisait aucune impression sur son cœur. ”
“ Ce qui lui avait causé les plus vives douleurs, ce fut de la trouver dans le pitoyable état où elle est ; il n’avait pas la moindre idée qu’elle fût malade. Oh ! ma chère Emma, il a horriblement souffert. » « Et vous êtes bien persuadée que cette affaire a été conduite de la manière la plus secrète, et que les Campbell et les Dixon n’ont eu aucune connaissance de leur engagement ? » Emma ne put prononcer le nom de Dixon sans rougir un peu. « Personne au monde. Il a assuré qu’âme qui vive n’en a jamais rien su qu’eux deux. » ”
“ « Qu’elle est spirituelle ! Quelle mémoire ! Jeanne, si l’on nous amalgamait, on ferait de nous deux une créature parfaite. Mon enjouement et votre esprit solide produiraient une femme parfaite. Je ne veux pas dire qu’il n’existe pas quelque part des gens qui croyent que vous ne la soyez. Mais, chut ! Pas un mot de plus. » La précaution était inutile. Jeanne avait envie de parler ; mais ce n’était pas à madame Elton, c’était à mademoiselle Woodhouse, à laquelle, malgré son intention, elle ne pouvait exprimer ses sentimens que par ses regards. ”
“ Emma sentit que ce qu’elle avait de mieux à faire, c’était de s’en retourner à la maison. Il était très-probable qu’il l’attendait ; et qu’en s’en allant à Hartfield, elle empêcheraît M. Knightley de se brouiller sérieusement avec M. Elton, et peut-être même avec Larkins. Elle fut charmée, en prenant congé, de trouver mademoiselle Fairfax prête à l’accompagner, non seulement hors de la chambre, mais même jusqu’au bas de l’escalier. Cela lui donna l’occasion qu’elle désirait trouver ; et elle en profita sur-le-champ pour dire. ”
“ « C’est-à-dire, répartit M. Knightley, qu’elle la gâtera encore plus qu’elle ne vous a gâtée, et ne croira pas l’avoir fait. Voilà toute la différence. » « Pauvre petite ! dit Emma, s’il en est ainsi, que deviendra-t-elle ? « N’ayez pas peur, elle aura le sort de beaucoup d’autres. Elle sera désagréable dans son enfance, et se corrigera en grandissant. Je perds toute la mauvaise humeur que j’avais contre les enfans gâtés, ma chère Emma : puisque je vous dois tout mon bonheur, ne me rendrais-je pas coupable d’une horrible ingratitude, si j’étais sévère contre eux ? » ”
“ Mais, mademoiselle Smith, en vérité ? Oh ! mademoiselle Woodhouse, qui pourrait penser à mademoiselle Smith, quand on a le bonheur de vous voir ? Non, sur mon honneur, il n’y a point de légèreté dans mon caractère. Je n’ai jamais pensé à d’autre qu’à vous. Je proteste n’avoir jamais eu d’attentions pour qui que ce soit. Tout ce que je fais, tout ce que je dis depuis quelque temps, n’a pour but que de vous prouver que je vous adore. Il est impossible que vous en doutiez. ”
“ « Ah ! dit-il, c’était bien-là l’action d’un très-jeune homme, trop jeune pour considérer si l’inconvénient de faire un pareil présent ne surpasserait pas le plaisir qu’il causerait. C’était un enfantillage ! Je ne conçois pas comment un homme peut donner à une femme une preuve d’affection qu’elle refuserait, si elle en était la maîtresse. Il savait bien qu’elle se serait opposée à l’envoi de ce piano, si elle l’avait pu. » Après cela, il lut assez long-temps sans s’arrêter. La confession que fait Frank Churchill de s’être conduit honteusement, mérita son attention. ”
Termes fréquents
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