“ Procurez-moi, je vous en supplie, quand le temps sera venu, le pardon de la susdite Emma Woodhouse, pour laquelle j’ai tant d’affection fraternelle, et tant de considération, que je désire de tout mon cœur la voir aussi fortement éprise que moi d’un amant digne d’elle. ”
Emma Woodhouse
Définition et enjeux
Emma Woodhouse, personnage central du roman Emma de Jane Austen (1815), incarne une héroïne atypique : belle, intelligente et riche, elle domine son entourage avec une assurance souvent excessive. Les auteurs comme Léonie Villard et Kate Rague mettent en lumière ses traits contradictoires — vanité et générosité, indépendance et vulnérabilité — ainsi que son parcours initiatique, marqué par des erreurs et une prise de conscience progressive.
Austen, à travers ses réflexions, dépeint une jeune femme en quête de maturité, dont les erreurs maladroites finissent par révéler sa capacité à se réformer, dans une recherche d'amour et de respect mutuel.
Citations sur “Emma Woodhouse”
Léonie Villard, Jane Austen, sa vie et son œuvre
“ Emma Woodhouse est intelligente et autoritaire ; par caprice d’enfant gâtée plutôt que par une fantaisie de jolie femme — elle est heureuse d’être jolie mais n’a pas de coquetterie — elle s’avise de vouloir gouverner la destinée et régenter les inclinations des gens qui l’entourent. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Emma Woodhouse, belle, bien faite, riche, pleine d’heureuses dispositions, et dans une maison agréable, semblait réunir tout ce qui peut rendre l’existence heureuse. Elle avait déjà passé dans ce monde près de vingt et un ans, sans avoir non-seulement éprouvé de malheurs, mais même sans avoir eu presque aucun sujet de chagrin. ”
“ Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d’un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l’existence ; elle allait atteindre sa vingt et unième année sans qu’une souffrance même légère l’eût effleurée. ”
Léonie Villard, Jane Austen, sa vie et son œuvre
“ Elles sont des créatures faites pour le bonheur et qui d’instinct savent le créer. Elizabeth, sans autres distractions que celles de la société de Meryton, trouve à se divertir et à réfléchir devant les ridicules d’un Sir William Lucas ou d’un Mr. Collins. Emma Woodhouse, auprès d’un père âgé et doucement maniaque, sans une amie de son âge, se juge pleinement heureuse et ne conçoit pas une existence plus agréable. ”
“ Emma Woodhouse,la plus riche héritière de Highbury, a été, toute jeune, maîtresse de maison, par suite du décès de sa mère, du mariage de sa sœur aînée et de l’état de santé de son père. Admirée et gâtée par son entourage, elle a une haute opinion d’elle-même, et n’admet ni la critique ni l’opposition. Seul, Mr. Knightley, un vieux garçon de trente-six ans, dont le frère a épousé la sœur aînée d’Emma, ose quelquefois ne pas être de son avis. ”
“ Peut-être, pourtant, ai-je quelquefois pensé qu’Henriette ne pouvait pas oublier les égards que l’affection doit inspirer. Cet appel aux sentiments d’Henriette fut en partie couronné de succès. L’idée de manquer de reconnaissance et de considération pour Mlle Woodhouse, la rendit tout à fait malheureuse : — Vous ayez été pour moi la meilleure des amies ! Personne ne vous vaut ! Je n’aime personne autant que vous ! Je sais combien j’ai été ingrate, Mlle Woodhouse ! Ces protestations appuyées de la plus tendre mimique touchèrent le cœur d’Emma. ”
“ Madame Weston ne jouait pas la comédie, ne déguisait pas ses sentimens sur un pareil événement. Elle avait été extrêmement surprise, lorsqu’Emma lui en parla pour la première fois ; mais elle n’y vit qu’un surcroît de bonheur pour tous, et n’eut pas le moindre scrupule de presser monsieur Woodhouse à donner son consentement. Elle avait tant de considération pour M. Knightley, qu’elle crut que lui seul était digne d’Emma, et ce mariage était si convenable à tous égards, qu’il lui semblait qu’elle n’aurait jamais pu faire un choix plus avantageux que celui-là. ”
“ Emma s’aperçut que son bonheur n’était pas exempt de tout alliage : il restait deux sujets de préoccupation : son père et Henriette. Elle avait conscience de leurs titres. Relativement à son père toute hésitation eût été coupable : elle ne le quitterait jamais ! Elle se sentait émue à cette seule pensée. Aussi longtemps que M. Woodhouse vivrait, elle ne pourrait former qu’un engagement dans ces conditions : son père trouverait peut-être un réconfort à savoir sa fille fiancée. Au point de vue d’Henriette, la solution n’était pas si claire. ”
Léonie Villard, Jane Austen, sa vie et son œuvre
“ Emma Woodhouse, qui par sa situation est au-dessus de toutes les considérations d’argent, ailleurs d’un si grand poids, n’admet cependant le célibat que lorsqu’il est voulu et choisi par une femme riche. Le mariage n’apporterait à celle-là aucun des avantages qu’il procure aux jeunes filles pauvres ou de fortune médiocre. ”
“ M. Woodhouse partit enfin ; mais M. Knightley, au lieu de partir aussi, se remit sur sa chaise, paraissant avoir envie de causer. Il commença par parler d’Henriette, et il en parla avec plus de louanges qu’à son ordinaire, ce qui surprit Emma. « Je ne mets pas un si haut prix que vous à sa beauté, dit-il : mais c’est une jolie petite créature, et je suis porté à croire qu’elle a d’heureuses dispositions : son caractère dépend des personnes qu’elle fréquente ; mais en bonne main, elle deviendra une excellente femme. » ”
“ Tout en causant, Emma observait M. Weston : celui-ci ne cessait de jeter à la dérobée sur leur groupe des regards où perçaient sa satisfaction et son plaisir et lors même qu’il s’efforçait de ne pas regarder, il prêtait l’oreille à leurs propos. Quant à M. Woodhouse il n’avait pas le moindre soupçon du complot tramé contre son repos ; il désapprouvait chaque mariage annoncé, mais ne ressentait jamais aucune appréhension d’un mariage possible : avant d’avoir la preuve de leur complicité, il n’aurait jamais voulu faire à deux personnes l’injure de leur prêter des intentions matrimoniales ! ”
“ Emma, à ce moment-là, était toute disposée à goûter la modestie et la simplicité et il lui paraissait que toutes les grâces qui devraient attirer l’amour étaient l’apanage d’Harriet et non le sien. Harriet ne se plaignait pas ; elle jugeait que l’affection d’un homme tel que M. Elton eût été disproportionnée avec son mérite, et elle pensait que personne, sauf une amie telle que Mlle Woodhouse, n’aurait jugé la chose possible ”
“ Oui, une proposition de mariage ; et une très-jolie lettre, du moins elle le croyait. Il écrivait comme s’il aimait véritablement. Elle ne savait qu’en penser ; c’est pourquoi elle était venue en hâte demander à mademoiselle Woodhouse ce qu’elle devait faire. Emma fut presque honteuse de voir son amie balancer entre le plaisir et le doute. « Sur ma parole, s’écria-t-elle, si ce jeune homme ne réussit pas, ce ne sera pas faute de demander ce qu’il désire ; il veut contracter une bonne alliance, s’il le peut. » ”
“ Emma sentit que ce sarcasme était dirigé contre elle, ce qui la mit en colère tout de bon. Ce n’était pas pour faire un compliment à Jeanne Fairfax qu’il montrait tant d’indifférence et d’indignation, ce n’était pas d’après les sentimens de cette belle qu’il désapprouvait le bal, car elle désirait ardemment qu’il eût lieu ; cet espoir la rendit confiante, animée ; elle s’écria volontairement : « Oh ! mademoiselle Woodhouse, j’espère qu’il n’arrivera rien qui puisse empêcher le bal ; que je serais trompée ! J’attends cet heureux moment avec le plus grand plaisir. » ”
“ Emma vit l’anxiété de son père et pour l’apaiser elle dit avec une sincérité évidente : — C’est une créature si élégante qu’il est impossible de ne pas prendre plaisir à la regarder. Je l’admire sans cesse et je la plains de tout mon cœur. M. Knightley hésita un instant ; il ne trouvait pas de mots pour exprimer sa satisfaction et, avant qu’il eût pu répondre, M. Woodhouse dont la pensée était occupée par les Bates reprit : — C’est un grand malheur que leurs moyens soient si restreints, un grand malheur ! ”
“ « Mademoiselle Woodhouse fait la coquette avec M. Frank Churchill. » Ils s’y étaient exposés, aussi on le sut à Maple-Grove, par les soins d’une personne, et en Irlande par ceux d’une autre. Ce n’est pas que la gaîté d’Emma vînt d’une félicité réelle ; c’était, au contraire, parce qu’elle se sentait moins heureuse qu’elle ne s’était attendue à l’être. Elle riait d’avoir été trompée dans ses espérances ; et quoiqu’elle lui tînt compte de ses attentions, et les crût bien placées, soit comme marques d’amitié, de passion, ou d’amusement, cela ne faisait aucune impression sur son cœur. ”
“ « Mademoiselle Woodhouse a donné à son amie la seule beauté qui lui manquait, lui observa madame Weston, ne soupçonnant nullement qu’elle s’adressait à un amoureux. L’expression des yeux est très-correcte ; mais mademoiselle Smith n’a pas de pareils sourcils, ni de pareils cils. Sa figure est cause qu’elle ne les a pas. » « Vous le croyez ? répliqua-t-il, je ne suis pas de votre avis. Ce portrait me paraît de la plus exacte ressemblance. De ma vie je n’en ai vu une semblable. Il faut compter pour quelque chose l’effet des ombres. » « Vous l’avez faite trop grande, Emma, dit M. Knightley. » ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ M. Knightley avait pourvu à l’amusement de M. Woodhouse, le mieux qu’il lui avait été possible ; il avait fait mettre dans la salle, des cartons de gravures, des médailles, des camées, des coraux, des coquilles, et tout ce que contenait son cabinet de plus curieux, pour faire passer le temps à son vieil ami, et il avait parfaitement réussi. Madame Weston lui avait montré toutes ces curiosités, et il voulait les faire voir lui-même à Emma. Heureux de n’avoir d’autre ressemblance à un enfant, que celle de n’avoir aucune espèce de goût ; car il était lent, constant et avait de l’ordre. ”
“ Ce qui a gâté Emma c’est d’être la plus intelligente de sa famille ; elle a toujours fait preuve de vivacité d’esprit et d’assurance : Isabelle, au contraire, était timide et d’intelligence moyenne. Depuis l’âge de douze ans, c’est la volonté d’Emma qui a prévalu à Hartfield. En perdant sa mère, elle a perdu la seule personne qui aurait pu lui tenir tête. Elle a hérité de l’intelligence de Mme Woodhouse, mais le joug maternel lui a manqué. ”
Léonie Villard, Jane Austen, sa vie et son œuvre
“ Woodhouse, avec aussi peu d’esprit que de santé, mais une bonté et une courtoisie parfaites, n’est pour Emma ni un ami ni un guide. Il est tout simplement un vieil enfant dont il faut supporter les petits travers ou les douces manies. Par la faute de son père. Emma qui a grandi presque sans direction morale, manque de jugement et croit qu’il suffit d’avoir un esprit vif et des qualités brillantes pour bien gouverner sa propre vie et même celle des autres. ”
“ Mettant sans tarder ses projets à exécution, Emma encouragea la jeune fille à venir souvent ; elle avait de suite compris combien il serait agréable d’avoir quelqu’un pour l’accompagner dans ses promenades, car M. Woodhouse ne dépassait jamais la grille du parc. Du reste, à mesure qu’Emma connaissait mieux Harriet, elle se sentait de plus en plus disposée à se l’attacher. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais retrouver une amie comme Mme Weston : pour cette dernière elle éprouvait une affection faite de reconnaissance et d’estime ; pour Harriet, au contraire, son amitié serait une protection. ”
“ Mais en l’occurrence je ne songeait pas à la critiquer. — Allons, dit Emma toute disposée à ne pas insister, je vois que vous voulez avoir des nouvelles du mariage ; je serai heureuse de vous en donner, car nous nous sommes tous comportés d’une façon charmante : pas une larme ; c’est à peine si on voyait un visage défait. Nous avions conscience que nous allions vivre à une demi-lieue les uns des autres. — Ma chère Emma est si courageuse, dit M. Woodhouse, mais en réalité, M. Knightley, elle est très affectée. ”
“ Emma le comprit, et tandis qu’elle s’amusait avec lui à rire, il était aisé de voir à la contenance de Jeanne qu’elle l’écoutait aussi, quoiqu’elle fît semblant d’être sourde. « Ce rêve était bien étrange ! s’écria-t-il, je ne puis y penser sans rire. Elle nous entend, mademoiselle Woodhouse ! elle sourit et fait tous ses efforts pour froncer le sourcil. Regardez-la. Ne voyez-vous pas qu’elle a le passage de sa lettre devant les yeux. Qu’elle ne peut faire attention qu’à ce que je dis, quoiqu’elle paraisse prêter l’oreille ailleurs. » ”
“ Ce mauvais temps affecta singulièrement M. Woodhouse ; et les tendres soins de sa fille suffirent à peine pour le rassurer : jamais ces attentions ne coûtèrent tant à Emma. Cette soirée lui rappella celle du jour des noces de madame Weston, qu’elle passa en tête-à-tête, en partie avec son père ; mais alors M. Knightley vint à son secours, et dissipa la tristesse qui allait s’emparer d’elle. Mais, hélas ! ces preuves de l’attraction d’Hartfield pour lui étaient à la veille de cesser. ”
“ Eh bien ! Emma, intervint M. Woodhouse. Comment avez-vous trouvé mon excellente amie et sa fille ? Je suis sûr qu’elles ont été très touchées de votre visite. Je crois vous l’avoir dit, Monsieur Knightley, ma chère Emma arrive de chez Mme Bates : elle est toujours si attentionnée ! Emma rougit à cet éloge immérité et, en même temps, elle se tourna vers M. Knightley en souriant. L’effet fut instantané : il lut dans le regard de la jeune fille les sentiments de contrition et les bonnes intentions qui l’animaient. ”
“ Sans prétentions, sans art, cette jeune fille serait préférée, par un homme de sens, à une femme comme madame Elton. J’ai trouvé Henriette plus sensée que je ne m’y attendais. » Emma ressentit une joie inexprimable de l’entendre parler ainsi. Ils furent interrompus par M. Weston, qui appelait tous les danseurs. « Allons, mademoiselle Woodhouse, mademoiselle Otway, mademoiselle Fairfax, que faites-vous ? Allons, Emma, montrez l’exemple à vos compagnes. Tout le monde est paresseux : on dort. » « Je suis prête quand on voudra, dit Emma. Avec qui comptez-vous danser, demanda M. Knightley. » ”
“ Oh ! mademoiselle Woodhouse, que n’aurais-je donné pour éviter cette rencontre, et pourtant j’ai éprouvé quelque satisfaction à le voir agir avec tant de courtoisie et de bonté, ainsi qu’Elisabeth. Je vous prie, Mademoiselle Woodhouse, parlez-moi pour me réconforter. Emma, eût très sincèrement désiré tranquilliser son amie, mais elle se sentait elle-même un peu troublée, et il lui fallut quelque temps pour se ressaisir : la conduite du jeune homme et celle de sa sœur semblait avoir été inspirée par un sentiment élevé et elle ne pouvait pas nier la délicatesse de leur procédé ”
“ « Un homme vif, portant son cœur sur la main, comme M. Wetson, et une femme raisonnable et sans affectation comme mademoiselle Taylor, peuvent être abandonnés à eux-mêmes, et sont en état d’arranger leurs propres affaires. Il est probable que vous vous êtes fait plus de mal en vous en mêlant, que vous ne leur avait fait de bien. » Emma ne pense jamais à elle-même quand elle peut faire du bien aux autres, répliqua M. Woodhouse, qui n’avait compris qu’une partie de la dernière phrase de M. Knightley ”
“ Le caractère confiant de M. Weston lui a fait honneur dans toutes ses entreprises. Il a réussi, parce qu’il a toujours été juste et honorable ; il n’a pas joui des douceurs de la vie avant de les avoir méritées. C’est bien vrai, il n’est venu qu’après mademoiselle Fairfax. « Je n’ai pas oublié, dit Emma, combien vous étiez persuadé qu’il aurait pu venir avant ce temps-là, s’il l’eût jugé à propos. Il est beau à vous de ne rien dire sur cet endroit de sa lettre. Vous aviez bien raison. » Lorsqu’il parvint à l’article qui concernait mademoiselle Woodhouse, il le lut tout haut en entier. ”
“ Au même instant, M. Cole s’approcha, pour prier mademoiselle Woodhouse de leur faire l’honneur de l’essayer ; Frank Churchill, qu’elle avait perdu de vue, dans la chaleur de sa conversation avec madame Weston, excepté un moment qu’elle l’aperçut assis à côté de mademoiselle Fairfax, suivit M. Cole pour joindre ses sollicitations aux siennes : et comme en tout, Emma aimait à être la première, elle accepta de bonne grâce. Elle connaissait parfaitement l’étendue de ses talens ; et elle était trop habile pour essayer d’aller au-delà de ses forces. ”
